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 Last Fly - Wayden #19

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MessageSujet: Last Fly - Wayden #19   Lun 6 Mar - 22:27
Citation :
Et les douleurs. Et les douleurs dans le dos. Et les douleurs dans le dos qui l'empêchaient d'aller à l'école. Une ex-croissance qui le gênait de plus en plus. Non, il ne comprenait pas ce qui lui arrivait, ce qui se passait dans ce corps de pré-adolescent. Un jour, il s'enferma dans la salle de bains, se contorsionna et aperçut les excroissances osseuses qui avaient fait pleurer la chair et la peau de quelques larmes de sang. C'était douloureux mais il ne voulait pas en parler à ses parents, pas les inquiéter. Il prit sur lui de supporter la douleur. Ce n'était pas possible, pas lui. Et tout s'accéléra en quelques semaines à peine. Les premières plumes. Au début, Warren fut à la fois effrayé et dégoûté par ce corps qui changeait trop brutalement, ce corps qui ne lui appartenait plus vraiment. D'abord peu enclin à affronter seul ces changements anormaux, il décida de s'en prendre directement au problème.

C'est ce matin, je le sais. J'ai attendu que Rachel se lève pour aller prendre une douche froide. Ce que j'appelle mon humérus mutant – contrairement à l'os humain – me fait encore souffrir, membre fantôme parmi le reste. Souvent, je sens une douleur latente qui vient du bout de l'aile et vient se glisser contre les os absents pour rejoindre mon dos. Une vibration infernale, un craquement immonde qui me rend sourd. Un bruit qui résonne dans ma tête, qui résonne contre mon corps. Le bruit d'une lame sur l'os, qui me donne la nausée. La sensation de tout perdre... La lourdeur de mes plumes qui s'imbibent et se tournent tristement vers le sol. La claquement de gouttes dans une flaque sur le sol, et pourtant quand je les déploie, elles demeurent invisibles à mes yeux embrumés. Je reste un moment sous l'eau froide, essaie de me réveiller. J'essaie parfois de me dire que ce n'est qu'un cauchemar, mais aucun réveil n'efface la cicatrice, mes paupières se lèvent sur l'inévitable. Sur le pathétique chemin que je prends. Fermer les yeux, je sais le faire. Je ne me soucie pas des conséquences, je ne l'ai jamais fait ! Je me suis laissé porté par mes sentiments, par l'espoir que tout s'arrangerait ! J'avais tort ! J'ai toujours eu tort ! Alors je traîne, je prends mon temps. Et pourtant, je n'ai plus de temps. J'ai retourné ce sablier il  y a déjà plusieurs jours. C'est une clepsydre qui s'est vidée.

Je n'aurais pas dû prévoir ça dans le dos de Rachel, j'aurais dû lui en parler, lui laisser entendre qu'on ne doit plus se voir. Elle aurait peut-être moins souffert d'un salaud que d'un lâche. Mais je n'y arrive pas. Déjà quand c'est arrivé, je ne pouvais pas imaginer son regard mais j'avais besoin de la chaleur de ses mains contre mon visage. J'avais besoin de la savoir près de moi, égoïstement. Comment aurais-je pu lui laisser croire qu'elle ne m'intéressait pas ? Qu'elle n'avait été qu'une passade, qu'un jeu de séduction... Et je ne voulais pas lui donner raison, faire naître en elle cet éclair de peur, ce brasier de haine... Je voulais qu'elle ait toujours ce regard joueur, je voudrais qu'elle ait toujours le sourire. Au moment où je sors de la douche, je me penche contre l'évier, je regarde mon reflet. Je revois ce petit garçon qui se dépêchait d'arracher ces ailes qui me font maintenant défaut. Mais il n'y a personne qui tambourine à cette porte. Juste le bruit de l'eau qui goutte sur le sol, juste l'écho lointain de ma respiration. Que puis-je faire maintenant ? Je serre les dents, prends le risque de me saisir d'un miroir et de faire volte face. J'observe à travers le miroir touché de buée par endroits. J'observe comme si ce n'était pas moi. Ce n'est pas moi. Je regarde les os saillants ramper sous ma peau, inutilement. Ils rampent, roulent et tirent sur la peau qui s'est couverte de cicatrices maintenant roses. Bêtement ! Séché, je refais maladroitement mon bandage. Même si la blessure a bien cicatrisé, je refuse que quiconque... puisse la voir. Kayden est le seul qui a eu à subir ce spectacle et Rachel... je voudrais qu'elle oublie ça. Je voudrais tout arracher, tout faire disparaître. Mais ce sera le cas, bientôt.

Parce que moi-même, elle manque de m’écœurer quand je me rappelle que ces cicatrices sont sur mon propre corps. Je m'habille. Le tissu frotte contre ma peau, c'est une sensation étrange à laquelle je suis pourtant parvenu à m'habituer. Je ne flotte plus dans ces vêtements, je ne croise pas de regards intrigués sur ces plumes qui dépassent. Ces regards-là, je les cherche, parfois. Je prends n'importe quoi, peu importe. J'enfile un sweat au-dessus. Marche doucement, essayant de ne pas basculer en avant. Je descends dans la rue et rejoins le fleuriste à pieds en dépit de la distance et du temps plutôt frais. Quelle heure est-il, déjà ? Je me sens maladroit, tellement maladroit. Je me cogne dans un homme, manque de tomber par terre, peine pour me remettre droit sur mes jambes. J'ai dans la gorge ce goût désagréable et un mal de crâne qui me ralentit. Je ne sors plus que rarement seul. D'abord parce que j'ai peur. J'ai peur de retomber sur l'un d'entre eux, d'abord. Et parce que ce Warren-là, il m'insupporte. Il me tape sur les nerfs, comme il doit le faire avec tous ceux qui comptent pour lui. Si je pense à eux, si je me raccroche à eux, je ne pourrai pas le faire. Je sais que c'est une erreur. Je ne pourrai pas commettre cette erreur.

Je m'appuie contre le bord d'un kiosque à journaux. Est-ce que je suis bien sûr de vouloir faire ça ? Est-ce vraiment la seule solution qui soit envisageable ? Je lève les yeux au ciel. Et je reste cloué au sol. Je regarde les oiseaux voler au-dessus de nos têtes sans que personne n'y prête plus attention. Je les regarde planer librement, je voudrais donner deux coups d'aile et les rejoindre. Sentir cette liberté envahir mon corps, je voudrais être seul dans l'infinité du ciel, monter jusqu'à sentir le froid glacer mes doigts et bleuir mes lèvres. Monter si haut que plus personne ne saurait m'atteindre. Là-bas, où le bruit n'existe pas. Je voudrais voler le plus vite possible, faire disparaître les maisons, les rues, les gens, voir tout ça de loin. Je voudrais m'envoler, à cette seule pensée, un fin sourire naît sur mes lèvres. Mais bien vite, il s'envole, et me laisse seul. Je baisse finalement le visage vers le bitume, résigné. Comme privé du seul univers où je me sente bien. Vivant. Je rejoins le fleuriste en longeant le trottoir, je frotte mes yeux, je me sens épuisé, complètement vidé. À cela s'est ajouté la peur de finir en cage, enfermé au District avec les autres mutants, ceux qui n'ont pas pu trouver refuge. Où sont Alec, Piper, Maddy ou Kurt, maintenant ? Mes mains tremblent quand je repense à cette nuit-là, les fantômes de la douleur semblent creuser de nouveaux sillages humides sur mes joues. Je n'ai pas peur, parce que je ne représente plus une menace à leurs yeux, je n'ai pas peur qu'ils reviennent... pour moi, j'ai simplement mal. Arrivé à quelques mètres de ma destination, je m'accroupis près d'une autre vitrine en gardant le dos bien droit. Bientôt, bientôt... Je caresse la silhouette d'un nuage du bout des doigts, attendez-moi une seconde, j'arrive. Attendez-moi, orages lointains qui se reflètent sur la surface trouble de l'Hudson, attendez-moi, brûlants rayons de soleil sur les toits des buildings, attendez-moi, pluies diluviennes sur la statue de la Liberté qui veille sur New York. Attendez-moi, juste un peu plus longtemps, juste quelques heures. Je reviendrai.

J'inspire un bon coup, pénètre chez le marchand et lui prends simplement un bouquet de roses. Douze. En sortant, j'y plonge mon visage, profite de leur doux parfum. J'essaie de rompre tout lien avec la réalité, je ne me dis pas que je peux être contrôlé par une sentinelle. Il me reste si peu de chemin à faire avant d'être libre. Si peu d'efforts avant de planter ici ce monde devenu malade.

Je lève mes yeux bleus sur le soleil qui commence à vraiment émerger. Un homme siffle en avançant les mains dans les poches. Des enfants jouent ensemble, des cartables tassés les uns sur les autres sur le trottoir. Une femme enceinte crie au téléphone, garde une main sur son ventre. Le taxi ralentit près d'elle, elle se précipite pour saisir ses sacs. Un homme se met à courir vers le véhicule, pensant prendre sa place. Pris d'un réflexe inattendu, je l'attrape par le col et l'amène vers l'arrière, laissant le temps à cette inconnue de monter dans son taxi. Alors je regarde le bouquet et avant qu'elle ne claque la portière, je lui en donne une. Elle me sourit. Je lui souris. Je suis confiant. Je reprends mon chemin et abandonne quelques nouvelles roses sur le chemin. J'en laisse une à Mme Renée, cette nourrice qui se promène chaque jour avec une flopée d'enfants qui lui obéissent au doigt et à l’œil. J'en laisse une à cette policière qui fait traverser les gamins pas loin de l'appartement de Rachel, tous les jours quand ils se ruent sur la route pour aller découvrir le monde. Je rentre. Rachel n'est pas là, je pose mes neuf roses sur le lit. Pourquoi ? Quel intérêt ? Avoir bonne conscience ? Me convaincre qu'il y a de belles choses... ici-bas ? Je le sais, oh oui je le sais. Du moins je l'ai su. Rachel fait partie de ces rencontres inattendues qui vous retournent la tête. Je ne suis pas supportable, j'en suis conscient. Et pourtant, je n'ai pas la volonté de changer, pas celle de me battre. C'est une décision mûrement réfléchie, pas un caprice, pas une lubie, pas une envie subite. Dayle dirait que je suis idiot, c'est vrai. Kayden le dirait aussi.

C'est vrai... Je m'assieds sur le bord du lit. Noie mon visage entre mes mains. Qui va veiller sur ma mère, maintenant ? Qui va veilleur sur Piper et qui portera le souvenir de cette fabuleuse école qu'était la X-Mansion ? Ce sont les petits détails qui font ce que nous sommes. Chacun d'entre nous espère apporter un changement dans la vie des autres mais le jour où nous disparaissons, j'ose imaginer que le monde s'adapte, tout simplement... Personne n'est indispensable. Personne. Et je ne le suis pas. Je mets mon téléphone dans ma poche, emporte dans l'autre poche un achat de la veille. Je m'en vais rejoindre celui qui se réjouit le premier de ce qui s'était passé. Il me donne envie de vomir, envie de le prendre et de le balancer dans le vide, comme pour reprendre le cours normal du temps.

Citation :
Les ciseaux. Les lames. Les dents. Contre la peau, contre la chair, contre l'os, contre ce qu'il était véritablement. Il se persuada que ce n'était pas possible et qu'il pourrait lutter contre ça, contre ce que son père qualifiait déjà de maladie curable à l'époque. Mais il savait que leur regard changeait, à tous les deux. Il ne voulait pas briser ce lien qui les unissait tous les trois, dans cette bulle de bonheur inébranlable. Les ciseaux. Les lames. Les dents. Contre la peau, contre la chair, contre l'os, contre ce qu'il était véritablement. Il serrait les dents, les plumes tombèrent les premières, victimes de la barbarie et des ravages de la peur. Elles se déposèrent sur le sol, ci-gît la confiance, ci-gît la paix, ci-gît le passé. Il appuyait, laissait les larmes couler sur ses joues, récupérer le passé, empêcher le temps et la génétique de faire leur œuvre. Il pouvait y arriver, il pouvait redevenir celui qu'il avait toujours été. Et la main sur la serrure lui fit prendre conscience de l'urgence. Pris de panique, il dégagea les instruments jusque dans l'évier. Il devait... ranger... cacher... retirer... Il devait...

Adieu l'école. Votre perte me tue. Adieu ma famille. Je n'ai pas été là pour vous, et j'en suis désolé. Adieu mes amis. Adieu mes élèves. J'ai arrêté l'ascenseur et j'observe mon reflet dans le miroir quelques instants. J'ai retiré le sweat, je me sentais coincé. Je porte un t-shirt surmonté d'un gilet, et pourtant j'ai l'impression de voir les bandages à travers tout ça. Parce qu'il n'y a plus que ça à voir, je n'arrive même pas à en vouloir à ceux qui m'ont fait ça, ils sont les propres victimes de leur fanatisme. Et ils ont gagné, ils ont gagné tout simplement. Je n'ai jamais eu le moindre ressenti ou mépris envers les gens qui ne manifestaient pas notre différence, je ne les ai jamais considérés comme des « homo sapiens » et nous des « homo superior » mais maintenant que je ne peux plus m'appeler Angel, je réalise que ce n'est pas ce que je désire être. Je ne peux pas être une copie allégée de ce que j'étais, j'ai mis des années à m'accepter tout entier, j'ai dû faire face aux visages décomposés de mes parents, aux diagnostics au sujet de cette « maladie », j'ai failli accepter d'être le sujet de cette injection... J'ai appris à voler, j'ai appris à aimer cette liberté infinie. Le ciel m'appartenait, je me suis posé sur le pont reconstruit, j'ai apprécié le silence qui m'entourait tard dans la nuit, quand les voitures ne devenaient plus qu'un lointain écho. J'ai ampli mes poumons de cette fraîche solitude qui me permettait de repartir plus fort. Ma place, elle est là-haut.

Que serais-je dans leur ville barricadée ? Un homme sans attaches ? Un homme qui attendra le jour suivant ? Un absent. Je suis dans l'immeuble, le sien. Papa. Pardonnez-moi, je suis lâche, c'est bien vrai. Je préfère ne pas exister que de n'être rien, je ne peux pas vivre comme un Warren mutilé, je n'y arriverai pas. J'ai essayé, croyez-moi j'ai essayé mais c'est trop difficile. Je ne peux que vivre, je n'arriverai pas à survivre. Je renonce à mes principes, je renonce à mes idéaux, je renonce à ma philosophie de vie. Je vous les lègue, je m'excuse de vous abandonner ainsi avec ces belles leçons de morale que j'arrache à la racine. Faites un bouquet des grands discours desquels j'ai voulu vous nourrir, faites-en un bouquet et jetez-le sur l'Hudson. Ça ne fera pas mal, ce n'est que la suite logique des choses. Je n'arrive pas à leur en vouloir, je ne peux même pas m'en vouloir à moi-même. Rien, qu'un grand vide. Je lève les yeux sur Warren, ce reflet prisonnier d'un grand miroir, dans l'ascenseur. C'est ainsi, maintenant. Je l'arrête. Je donnerais n'importe quoi, absolument n'importe quoi pour qu'on me les rende. Et j'en viens à imaginer ce qu'ont ressenti tous ces mutants sur lesquels on a tiré avec le serum et qui se sont crus définitivement privés de leurs pouvoirs. Je serre le poing. Ce ne sont pas les mutants les monstres, ce sont les hommes, tous les hommes. Nous sommes les monstres. Nous. Oui, nous, homo-sapiens, alors.

Pardonnez-moi, j'aurais dû me battre davantage. Mais je n'ai pas peur, cette idée m'apaise plutôt. Mon poing vient fracasser le miroir qui semble hésiter, craque et s'effondre en poussières sur le sol, accompagnant les éclats plus importants. Je ne serai plus là pour toi si tu as besoin de moi Dayle, mais je sais que tu es assez fort pour t'en sortir, tu as toujours été plus fort. Plus fort que leurs stratégies et leurs sombres projets. Je rallume l'ascenseur, il se remet en route dans un râle d'effort. J'appuie mon épaule contre l'une des parois, ne supportant toujours pas de m'adosser sans sentir cette pression contre ma peau. Quand je baisse les yeux, je ne vois plus rien. Je sors prudemment, fais quelques pas hésitants dans l'immense couloir décoré d’œuvres méconnues de mon père. Prenez chic, dit-il quand il s'agit de décorer. C'est sa seule directive. Je me mords la lèvre, compte les pas qui me séparent de lui et de cette discussion dont je ne veux pas. J'ai vu son regard changer, je l'ai vu s’emplir de fierté, celle d'avoir le fils qu'il rêvait d'avoir. L'espoir dans ses yeux est un nouveau coup qu'il me porte, je ne supporte pas son enthousiasme, je ne digère pas son bonheur, je vomis ses grands projets. Il ne dit plus « toi et moi », il dit « nous »... désormais. Je pose la main sur la poignée, je regarde mes doigts, ils tremblent. Dans ma poche, un poids. Il dit « nous ». Sur mon cœur, un poids.

Pardonnez-moi, je vous laisse avec « eux ». Je pousse la porte, entre sans plus d'introductions. Mon père est en ligne, il me sourit et me fait signe d'entrer davantage. Je suis venu ici si souvent que je saurais retrouver mon chemin les yeux fermés. Les meubles ont changé de style mais pas de place. Rien n'a changé dans le fond. Mes doigts caressent l'arrête du bureau et je m'approche de la vitre contre laquelle je pose mes mains à plat. Un soupir me lève le cœur, je regarde en contre-bas. Les gens sont petits et pressés, ils s'agitent comme des fourmis sans se préoccuper des autres, courent et vaquent simplement à leurs occupations. Je serre la mâchoire et un poing. Mon front vient se coller contre la paroi lisse et froide. Finissons-en, maintenant... Ma place est là-haut ! Je me retourne sur lui, le rejoins à pas de loup. Si bien qu'il sursaute quand il me remarque posté tout prêt de lui. Il abrège sa conversation, essaie d'en entamer une nouvelle avec moi, je tends la main... Il profite, au moment de me laisser les clefs, de joindre ses mains autour de la mienne. Il parle, il parle, je n'écoute pas. Il veut qu'on « arrange » mon recensement. Plus un mutant. Pourquoi est-ce qu'il me parle ?

Que veut-il me dire exactement ? …
Avenir. Nouveau départ. Cicatrisé. Un mal pour un bien.
Je m'approche du bureau après m'être dégagé de son emprise. Je bascule vers l'arrière, puis me courbe vers l'avant. Tais-toi... « un mal pour un bien », a-t-il vraiment osé prononcer ces mots ? « Tais-toi... » laisse-je échapper d'une voix brisée par la déception. Peut-il nous haïr à ce point ? Peut-il les haïr à ce point ? Nous n'étions qu'un membre malade sur un corps sain ? Un mal pour un bien ? Un putain de mal pour un foutu bien ? Tais-toi... cesse de parler. Tes affaires, tes avancées, tes projets, ton nom, garde tout ! Mais par pitié... « Tais-toi, papa ! Veux-tu te taire ! » Je pivote sur moi-même, l'empoigne violemment par le col et tourne sur moi-même, juste assez pour frapper le bas de son dos contre le bureau. Je l'oblige à se pencher vers l'arrière et le claque contre son propre outil de travail. Il s'écrase sur le sous-main, fait tomber la lampe qui se brise à mes pieds. Ses pieds quittent le sol. Ses yeux azur me fixent sans trop comprendre. D'une main sur sa ceinture et l'autre contre son épaule, je le fais tourner pour le mettre sur le ventre, le nez dans les stylos renversés. J'attrape un coupe-papier et appuie la pointe contre le haut de sa colonne vertébrale. « Un mal pour un bien ? Un mal pour un bien ? Tu veux que je te dise comment ils ont arraché mes plumes ? Comment ils ont brisé les os à coup de marteau ? Comment ils ont creusé la chair pour retirer cette monstruosité qui te faisait horreur et qui t'a pourtant sauvé la vie ? Le bruit de la scie m'arrache parfois de mon sommeil et je sens chacune de ses dents rogner mes os. On m'a scié, on m'a mutilé ! Un... un... » Ma voix se brise, mon corps tout entier se crispe... « Un mal ? Pour un bien ? Tu veux que je te décrive comment je les ai suppliés, implorés de ne pas faire ça ? Parce que j'avais peur, j'avais mal ! J'ai souffert, papa, et je ressens encore cette douleur dans ces ailes que je n'ai plus ! J'ai pleuré, j'ai supplié, et j'étais terrorisé ! Un mal pour un bien ? Les monstres comme toi ont massacré les miens ! » J'appuie le coupe-papier contre son corps, encore. Encore. Plus fort. Il gémit. « Mais je suis ton fils ! Ils m'ont fait mal ! J'ai eu mal papa, tellement mal. Ils m'ont brisé, ils m'ont cassé. Et tu dis un mal pour un bien ? Mais qui es-tu pour oser prononcer ces mots insupportables ? Mais quel père es-tu ? Tu ne prétends même pas me protéger ! Tu te frappes le ventre en félicitant la destinée de t'avoir enfin donné le fils que tu espérais. Fais ton deuil, papa ! Ton fils idéal, il est mort, il est mort avant d'avoir existé ! » Je le lâche et laisse tomber son coupe-papier au sol. Je frotte mon visage du dos de la main. « Tu es un ignare, c'est tout. C'est malheureusement ce que tu as toujours été... »

Il reste interdit, allongé sur le bureau. Je lui souffle que je lui rendrai son jouet et quitte le bureau. Je monte les escaliers vers le toit où m'attend l'un des hélicoptères de notre famille. Je m'installe, jette un œil vers la porte qui mène à la cage d'escalier. À défaut de la culpabilité, j'espère que je lui aurais appris quelque chose aujourd'hui. Je secoue la tête, pris d'un dépit écœurant qui me donne à nouveau envie de vomir. Je prends mon téléphone, je n'enverrai pas trente messages larmoyants, je n'attends pas qu'on me fasse changer d'avis, je n'attends pas qu'on me dise d'attendre, et je n'attends pas qu'on vienne me sauver. Quand le moteur se met à ronronner, je soupire de plaisir. Ici, je me sens bien. Je passe le casque sur ma tête. J'envoie juste un message à Kayden disant « On se reverra, je te le promets. » Je remets mon téléphone dans ma poche. Je retire ce qu'il y a dans l'autre. Les pose sur le siège à ma droite et je décolle à la verticale.

Un sourire naît sur mon visage. Ma place, elle est là-haut. Je vole un moment, admire la ville sous son plus bel angle. Je me sens bien ici, plutôt bien, mais je ne pourrais pas rester indéfiniment en hélicoptère ou dans le jet des X-Men... Du moins, je n'aurais pas pu. S'il y a des semaines que je pense au moment que je m'envolerais définitivement, je ne planifie l'envol que depuis des semaines. Je ne peux pas demander à Kayden de devenir mes ailes si depuis ma rencontre avec cette femme, il l'a tout de même été mais puis-je sacrifier sa liberté nouvellement acquise ? Ou est-ce que je me cherche une excuse supplémentaire ? Ce n'est qu'un acte égoïste mais Kayden a tellement à découvrir, à apprendre, tant de gens à rencontrer. Il n'est plus seul, et il ne le sera jamais. Je le lui ai promis, je tiendrai ma promesse. Où que je sois.

À aucun moment, je n'ai envisagé de retourner à la X-Mansion, je trouvais l'idée inconcevable parce qu'auraient pensé les enfants ? Je craignais qu'ils puissent voir le monde comme un danger et je ne voulais pas que leur imagination n'aille au-delà de la sécurité qu'offrait l'école. Beaucoup sont morts, j'aurais voulu être mort avec eux, là où se trouvait ma place. Je les ai abandonnés à leur sort alors que je savais qu'un danger menaçait.

Puis-je leur reprocher à ce jour de ne plus croire dans les « humains », dans la paix ? Moi-même je n'y crois plus vraiment. Et pourtant, Dieu seul sait que je trouve le projet de vie de Charles honorable, je l'ai toujours suivi. J'ai toujours cru que ce monde qu'il a vu sera possible mais aujourd'hui je n'en suis plus sûr. J'ai cru qu'ils avaient peur, j'ai cru qu'avec du temps, de la patience et du calme, ils comprendraient, comme on inculque à un jeune enfant à ne pas avoir peur de ce qu'il ne connaît pas. Mais j'ai aperçu leur visage, un masque de cruauté. Ils nous détestent. Maintenant ils veulent nous enfermer. Je coupe la radio, pour éviter qu'on ne vienne me parler pendant ma descente. Je saisis la paire de menottes qui se trouvent à ma droite. Je mets l'un des bracelets à mon poignet et j'accélère la descente jusqu'à l'Hudson. J'accélère. Je fronce les sourcils, mon cœur bat fort, si fort. Je me détache et expire longuement. Je prends le temps d'accrocher le second bracelet au levier qui se trouve entre les deux sièges. Je ne veux rien laisser au hasard. Rien. Je ne veux pas pouvoir changer d'avis. L'eau se rapproche. J'ai réfléchi, longuement réfléchi. C'est ce qu'il y a de mieux à faire. Je ne supporte pas ce que je suis devenu, et je ne pourrai jamais le supporter. Je serai Angel, mort ou vivant.

Pardonnez-moi, j'aurais dû me battre davantage. Mais je n'ai pas peur, cette idée m'apaise plutôt. Je me cale contre mon siège, ferme les yeux. Mon corps entier anticipe le choc contre l'eau. Finalement je rouvre les yeux au dernier moment. Et nous nous fracassons contre l'eau. Mon corps, aussi lourd que s'il était fait d'acier, est propulsé en avant et mon front vient fracasser la vitre avant d'être balancé à l'arrière. Le sang qui s'écoule de mon visage vient immédiatement se mêler à l'eau.

Ça y est, le temps s'est enfin arrêté, n'est-ce pas ? En tout cas, il n'y a plus de bruit après que les hélices aient, elles aussi, cessé de se débattre dans l'eau. Mes paupières me masquent le spectacle. L'inconscience ne me laisse qu'entrapercevoir ce bref instant de paix. Parfois, nous entendons dire que nous reverrons le film de notre vie au moment de mourir. Soit je ne meurs pas, soit le film n'était pas intéressant. Au moment où l'engin a touché l'eau, ma seule pensée a été pour Rachel. Parce que j'imagine qu'elle va rentrer, elle va me chercher, peut-être même, elle se demandera pourquoi les roses. Elle a bon cœur, et même si elle veut camoufler ses blessures passées et ses doutes présents sous d'épaisses couches de silences, je peux sentir que quelque part, il y a des plaies qui restent béantes. Je m'en veux de ne pas l'aider à toutes les panser.

Ça y est, le bruit s'est enfin arrêté, n'est-ce pas ? Je n'arrive toujours pas à leur en vouloir. C'est ma décision. C'est ma faute. J'ouvre les yeux, et aperçois simplement la vitre brisée sous mes yeux. Mon poignet blessé par la force de mon corps ayant voulu se dégager à l'impact. J'attends, j'inspire. Non, je ne peux déjà plus. Expirer. Je ne peux déjà plus. Je ne peux plus respirer. Je ne peux plus... Je...

* * *

Je me suis excusé, me suis éloigné et me voici désormais assis sur le rebord de la fenêtre. Mes jambes pendent dans le vide et je laisse l'air frais de la soirée caresser mon visage sans craindre ce froid. Il me rappelle la hauteur, le froid qui cherchait à s'accrocher à mes poumons sans jamais y parvenir, il me rappelle la solitude, dont j'ai quelques-fois profité avant d'avoir le bonheur de retrouver ceux auxquels je tenais. Désormais, je n'ai plus la liberté de me retrouver et de me perdre là-haut, et donc plus le plaisir de retrouver les miens une fois au sol. Il ne reste que le fantôme de celui que j'ai été.

Je me suis excusé, me suis éloigné et je me laisse tomber. Mes mouvements sont lents et quand j'ouvre les yeux, j'aperçois enfin le vide sous mon corps tout entier. Je n'ai pas eu la force d'affronter les événements, à peine l'ai-je eu de faire face à ceux que j'aime et aujourd'hui, je refuse. Je refuse simplement la « vie » qui s'offre à moi. Mes mouvements sont lents et mes poumons ne trouvent plus d'air. Le bleu du ciel s'est troublé et ne reste que la sensation de froid. Ce n'est pas grave, je ne lutte pas contre cette sensation et je l'embrasse au contraire. Un sourire se dessine sur mes lèvres et je me laisse aller à cette sensation de bien-être, ce silence abrutissant qui m'avait tellement manqué... C'est terminé. Les battements de mon cœur ralentissent, je le sens ; et même si mon organisme semble vouloir aller contre. Alors c'est ça, je serai un mutant envers et contre tout ? Celui dont les ailes ne disparaissent pas sous leur eraser mais à qui on peut les lui arracher, juste comme ça ? Alors je serai un mutant sans mutation ? Aurais-je dû l'être ? Bien sur que non.


* * *

Je me suis noyé.



Dernière édition par Warren Worthington III le Sam 11 Mar - 21:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Last Fly - Wayden #19   Sam 11 Mar - 21:26
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Je tournais en rond, depuis des jours je tournais en rond. Depuis qu'il était parti, depuis que j'avais révélé à Alan la vérité. Non il ne devrait jamais savoir, j'avais fais promettre Alan. Je lui avais fais jurer que jamais Warren ne saurait ce secret. L'ultime mensonge, l'ultime protection. Je tournais en rond, assailli de toute part. Je ne savais pas où il était, j'étais incapable de le trouver. Je n'étais même sur qu'il le veuille. J'avais appelé Rachel, j'avais appelé des connaissances communes. Je n'avais rien obtenu. Je n'avais fais que battre des bras dans le vide. A côté de ça, la loi du recensement des super-héros me passait au dessus. Recensez-vous, révélez votre identité, acceptez le pugilat. Non. Certainement pas. Mais j'accepterais ce pugilat tous les jours. Je voulais seulement savoir où il était. Je voulais lui parler, m'excuser. Je voulais seulement qu'il revienne à la maison. C'est tout ce que j'avais voulu. Oh dieu j'aurais dû traquer ces terroristes... J'aurais dû les retrouver et les faire payer, comme je le lui avais promis. J'avais passé toutes ces journées à ne penser qu'à ça, à ne pas savoir où chercher, à tenter de trouver le moyen de l'aider. Vous savez quoi? J'étais impuissant. Alan était revenu plusieurs fois pour ne trouver qu'une coquille vide. J'étais vide oui, mais ce n'était pas mon vide.

Je me morfondais, je me recroquevillais dans un coin du loft. J'avais trouvé ma place, le seul endroit dont j'étais digne. Le seul endroit loin des regards, loin des critiques et des commentaires. Le fond du lit. La chambre du fond. Le miroir brisé comme sol de salle de bain, la pénombre des rideaux tirés. Je m'étais retrouvé à ma place, à l'abris des couvertures. Je ne sais plus si je suis lui ou moi. J'avais perdu cette distinction depuis déjà bien longtemps mais son sens se faisait seulement maintenant. Seulement trop tard. Seulement alors que son absence la faisait surgir. Alan n'avait trouvé que son ombre, à chaque fois qu'il était venu. Et je le connaissais assez pour savoir qu'il ne comprenait pas, qu'il ne le concevait pas. Mais ça m'était égal. Je n'attendais pas de lui qu'il comprenne. Je voulais seulement qu'il me laisse à mes pensées, à cette pénombre. Sa pénombre. Je n'avais été que son remplaçant jusqu'à devenir son clone. J'avais senti les picotements après la douleur, j'avais senti l'angoisse après la peur, j'avais senti le vide après la peine. J'avais senti le désespoir après le vide. J'avais senti chaque parcelle de son être se défaire au rythme des gouttes de sang qui s'étaient jetées au sol dans un déluge d'horreur. J'avais entendu son cri vrillant mes oreilles, déchirant mes certitudes. Etre fort... Pourquoi?

Je m'étais déjà perdu, égaré dans de sombres contrées. Je m'étais déjà laissé avoir par la pénombre d'une âme, mon âme. J'avais connu ce chemin. Je le ressentais à nouveau. Ce n'était pas mon âme. Si je n'étais pas moi alors j'étais lui? Dieu que j'aurais aimé être lui. Prendre sa place. Souffrir ses tourments, endurer ses supplices. J'aurais aimé être lui. Je n'aurais pas survécu. Pas aussi longtemps. J'aurais sombré, j'aurais capitulé. Mais il aurait été à ma place. Vivant. Entier. En paix. Étais-je en paix? Non, mais j'apprendrais à l'être. Il le serait aussi. Comme moi, il serait enfin apaisé de toute cette douleur. Il serait enfin exempté de la souffrance et de la honte. Il m'épargnerait sa vue, sa compagnie détestable. Il m'épargnerait son gouffre et le précipice dans lequel il me poussait jour après jour. Il me sauverait. Il la sauverait elle. Il les sauverait eux. Il nous sauverait tous. J'ouvrais les yeux. Mes yeux étaient déjà ouverts. Mon regard observait mon reflet. Comment étais-je arrivé là? Dans ma salle de bain, l'eau coulait. Je fermais le robinet et le silence se faisait. Le silence. Mes oreilles le refusaient. Elles entendaient, elles, un battement. Rapide. Régulier. Fort. Mon cœur. Le sien. Autre chose. Je n'étais pas capable de faire la différence mais lorsque je posais mon index sur mon poignet prenais mon pouls je constatais la différence. Mon cœur était trop lent pour que ce son battement.

Mon estomac s'était tordu, comme il l'avait fais avant. Comme il l'avait fais des mois plus tôt. J'en connaissais la sensation, j'aurais aimé ne jamais la ressentir à nouveau. Je la redoutais. La colère vrillait mes sens, quelque chose n'allait pas. Je criais de rage, mon poing rencontrant le mur, le brisant sous mes phalanges couvertes de sang. Ma respiration se faisait forte et rapide, une urgence. La douleur de ma main m'était indifférente, c'était cette autre chose qui me tuait à petit feu. Je reculais, faisais deux pas en arrière pour me regarder dans le miroir. Me voir. Je ne me voyais pas. Je le voyais lui. Je le ressentais. Un vertige étrange. Une excitation pure. Il fallait me dépêcher. Vite. Monter. Rejoindre ma véritable place en espérant que la leçon soit retenue. Enfin la liberté. La liberté absolue. Je ne serais plus jamais esclave de cet homme que je n'étais plus. Je m'envolais. Je voyais sous moi les immeubles défiler au rythme des battements qui sonnaient à mes oreilles comme une libération. Le ciel à perte de vue, l'Hudson sous mon regard. Je sentais le métal froid contre mon poignet, le son du cliquetis qui resserrait les menottes. Les alarmes de l'appareil qui sonnaient alors que je précipitais ma descente. Enfin. Le dernier vol.

Sous mes yeux j'observais l'appareil plonger dans l'eau dans un bruit dérangeant. Le métal courbait sous l'impact et je volais aussi vite que mes pouvoirs me le permettaient jusqu'à ce qu'un détonation ne suive mon passage. Je sentais la douleur de mon front, la douleur de mon poignet. Non. Mon corps entier hurlait mais mon esprit était vague et paisible. Jamais. Je sentais la fraîcheur du liquide au contact de ma peau, la chaleur du sang rouler sur ma tempe. Je ne le permettrais pas. La brûlure de ma trachée lorsque l'eau s'y engouffrait. - Warren! - Je ne touchais pas le sol, ma conscience se déployait. Suspendu dans les airs au dessus des remous de l'eau sale je sentais chaque fibre de métal et les tirais vers le haut. Mon visage était fermé, rouge de colère et de détresse. Mes yeux refusaient de pleurer et ma mâchoire était si serrée que je me faisais souffrir. - Je te l'interdis. - Mes bras me faisaient un mal de chien et je les crispais plus encore au rythme de sa remontée. L'eau qui s'était engouffrée à l'intérieur le rendait plus lourd, plus dur à sortir de là et pire encore que l'effort. La sensation. Je ne le sentais plus.

NON! - Une vague de puissance se déployait et les eaux s'ouvraient sous moi. Tel un cratère, l'Hudson révélait ses entrailles sous la force de mes pouvoirs et je mettais à l'air libre l'appareil défoncé orné de la lettre W. Je grognais presque, puisais dans mes ressources. J'avais déjà utilisé ces pouvoirs à ce stade auparavant, mais la répulsion que je générais là était si forte qu'elle me repoussait aussi, de quoi rendre ma stabilité improbable. D'une main je maintenais la répulsion, de l'autre je remontais le métal. Un goutte de sang coulait le long de mon nez mais elle venait de plus haut. Mes yeux rouges. Ne voulaient-ils pas virer au blanc cette fois? Au moins cette fois? Ne voulait-il pas m'aider. Le sauver pour moi? Me rendre ce service? Pourquoi s'être manifesté pour mon père qui se sacrifiait pour moi et faire silence alors que la dernière ancre de mon existence croyait sombrer pour les bonnes raisons. Lorsque l'hélicoptère était assez proche de la surface je relâchais la répulsion et concentrais mes efforts pour l'extirper du fleuve avant de le laisser retomber avec une douceur approximative sur les docks les plus proches.

Lorsque je tombais à ses côtés, mes jambes fléchissaient, incapable de porter mon poids. J'essuyais les larmes de sang, nimbant mon visage d'un voile rouge, et tendais la main vers la coque de métal pour l'éventrer. Je le voyais, pendu au levier. Son poignet était brisé, vestige des menottes qui le restreignait. - Non... - Les menottes se brisaient sous mes ordres et son corps se déplaçaient hors de l'épave. Les larmes de sel striaient le sang de mes joues et je rampais jusqu'à lui avant de le surplombais. - Warren réveille toi! - Mes mains saisissaient son visage. Ses yeux étaient fermés, son corps inerte. Je le frappais, l'épaule, le plat de la main contre son corps. Je ne le sentais plus. Je n'étais plus lui. Il n'était plus lui. Mes mains se joignaient et je pressais sur son thorax. Ma bouche insufflait l'air et je pressais à nouveau. Mon corps tremblait, il tremblait à me donner la nausées. Il voulait m'abandonner. Se sacrifier? Et pourquoi faire! Je pressais à nouveau combattant l'eau par l'air. Me sauver? Sauver Rachel? Sauver les élèves de l'institut?! Il n'y avait plus d'institut à sauver! Rachel ne le supporterait pas! Je...

Son corps se secouait avant que de l'eau ne s'écoule de sa bouche. Sous mes doigts le battement reprenait. Mes mains tremblaient encore. Mon cœur ratait un battement. Je n'osais plus bouger. Je n'osais pas faire un geste de peur de perdre ce miracle. Ses paupières papillonnaient. Ma bouche entrouverte gouttait encore le gout de l'eau. Je voyais le bleu de ses yeux. Ma respiration reprenait son combat et ma main se posait sur son torse. Mon poing se serrait. Je le ressentais à nouveau. - Warren? - Mon ange. - Connard! - Mon poing s’abattait sur sa mâchoire et je me relevais d'un bond sous la douleur jumelée de mes phalanges endoloris et de l'écho dans ma propre mâchoire. - A quoi tu pensais bordel!
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MessageSujet: Re: Last Fly - Wayden #19   Sam 11 Mar - 21:27
L'eau est froide, elle n'a jamais été aussi froide. Elle ne m'a jamais parue aussi glaciale. À un moment donné, elle s'engouffre dans ma gorge quand mon corps essaie d'inspirer une ultime goulée d'oxygène. Qu'est-ce qu'elle est froide. Je ne la sens plus. Un frisson parcourt mon corps alors que les bruits reviennent petit à petit autour de moi. Lointains. Mais moi aussi, ne suis-je pas loin de tout ? Enfin. Je me laisse tomber dans le vide sans peur, je n'ai pas peur de ce que je suis en train de vivre. Je n'ai pas mal, je ne ressens rien qu'une sorte d'impatience latente, une satisfaction vide. Je n'entends plus mon cœur battre, j'attends simplement de tomber, de tomber ici bas. Et je n'attends pas qu'on vienne. Je ne désire pas que quiconque vienne. J'y ai réfléchi, je l'ai planifié, je l'ai organisé. C'est ma décision, aussi ridicule ou folle puisse-t-elle paraître. Toutes les autres solutions ne m'ont pas paru envisageable, j'aurais dû disparaître ce jour-là, et ne jamais refaire surface. Disparaître et ne jamais revenir, m'en aller loin, loin de tous ceux que je connaissais, chérissais mais les premiers jours, les premières semaines, n'ai-je pas alimenter ce fol espoir de redevenir moi ? Pourquoi tant de naïveté, encore et toujours ? J'ai fait confiance à ceux que je connaissais, et ceux que je ne connaissais pas encore, pour des solutions qui n'en étaient pas.

Il a parlé d'un mal pour un bien... Comme un moment désagréable à passer avant de pousser la porte d'une nouvelle vie, une vie saine, une vie plaisante, une vie parfaite. Je n'ai pas eu besoin d'être privé de mon gêne X pour profiter de mon adolescence, et alors qu'il a proféré ces insanités en face de moi, j'ai voulu lui faire mal, mais j'ai été écrasé par son ignorance. Dans ses yeux bleus, je n'ai vu que l'incompréhension, celle de l'homme dans l'erreur qui ne saura jamais quels dégâts il cause à chacune de ses décisions. Prendre des décisions pour les autres, c'est ce qu'il fait de mieux. C'est ce que le monde fait de mieux. J'ai cru que leur ignorance s'estomperait. Et au moment où il m'a parlé, il m'a conforté dans mon idée que ça n'arrivera pas. Cette boule glacée qui bloque ma respiration, c'est une rage que je ne peux pas laisser jaillir sur lui. Que ferais-je ? L’agripper par le col et lui offrir un dernier vol avec moi à travers l'immense baie de son bureau. Viens, je vais te montrer ce que tu aurais dû ressentir à Alcatraz, quand tu allais t'écraser. Quand ton corps allait se disloquer contre le sol après s'être débattu dans le vide. Que ferais-je de cette colère que je mets de côté depuis tous ces mois ? Je n'en ferais rien. Ce n'est pas moi. Ni avant, ni maintenant.

Pression. Pression. Pression.

Les bruits sont revenus, comme un écho lointain. Comme un réveil, un réveil pénible et lent. L'eau froide et sale qui remonte et me brûle la gorge. Mon corps lutte une dernière fois, alors que je ne pense à rien. Pas la force de penser que je dois fermer ou ouvrir la bouche, si je dois tendre la main devant moi ou resté allongé au sol. Ma chute s'arrête, ma chute s'est arrêtée soudain. L'eau remonte le long de ma trachée et mon corps s'éveille, seul, secoué des tressauts du vivant, qui ne veut pas l'être. Les bruits sont revenus, tout autour de moi. Tout revient péniblement, la chute s'est arrêtée et quand j'ouvre les yeux, l'obscurité rassurante et le flou reposant de l'eau ont totalement disparu, chassé par la lumière du jour qui m'éblouit. Je ne comprends pas immédiatement où je suis, je me contente de cracher, laissant tomber ma tête sur le côté pour chasser cette sensation désagréable. Comme une punition, mon corps me ramène à la réalité. La douleur de mon poignet que je ne peux pas bouger et le filet chaud encore présent sur mon visage.

La silhouette familière de mon frère, celui que j'abandonnais à ce monde triste et gris, m'apparaît à son tour. L'eau quitte doucement mon visage et je l'observe, comme ébahi de surprise. Mes yeux s'habituent à nouveau à la lumière, mon corps à son poids écrasant, ma conscience à mon échec. Et je le regarde ça, la peau teinté de rouge sans que je sache bien pourquoi. Ma bouche entrouverte cherche l'air tout autant qu'elle cherche les mots. Mon corps se couvre de chair de poule et je remarque soudain que je tremble. Je sursaute lorsque sa main vient se poser contre mon torse, comme un ultime rappel de ma présence sur la terre ferme. Au sol. Gisant au sol.

Pression. Pression. Pression.

Lorsque son poing vient frapper ma mâchoire, je laisse tomber ma tête en arrière. Ma tête me fait un mal de chien et je reste immobile un moment. Il se relève, brise le contact de sa main sur mon torse et je lance un regard sur l'hélicoptère ravagé par sa chute dans l'eau. Je pivote sur le côté, juste assez pour essayer de respirer normalement. Ma main valide se serre en un poing sans que je puisse tout de suite vraiment me redresser. Mon corps tremble toujours, mon menton douloureux tremble. [color:3a27=C75050]« A quoi tu pensais bordel ! » Un chuchotis, je ne peux que laisser échapper un chuchotis inaudible. Arrête. Arrêtez tous, tais-toi...

Mon poumons terminent de cracher l'eau alors que je tousse bruyamment. Je baisse le regard contre le sol des Docks avant que ma voix n'essaie d'exprimer ma colère, ma déception. Pourquoi a-t-il fallu qu'il fasse ça ? Il suffisait d'attendre quelques minutes, simplement quelques minutes. Qu'est-ce que tu as fait, Kayden ? Qu'est-ce que tu as osé faire ? Cette fois je retiens mes larmes, j'ai tellement envie de pleurer. Finalement, je lève les yeux sur Kayden, la voix cassée et hésitante malgré tout : « Mourir. » Je m'appuie contre mon coude, essayant de ne pas trop bouger mon poignet blessé sur lequel je baisse les yeux quelques secondes. « Mais qu'est-ce que tu as fait ? » lui demandé-je, comme s'il ne pouvait pas réaliser la bêtise qu'il vient de commettre. Qu'est-ce que tu as fait Kayden, tu te rends compte ?
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MessageSujet: Re: Last Fly - Wayden #19   Sam 11 Mar - 21:27
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« Mourir. » - NON! - Il n'avait pas le droit de me répondre ça. Il n'avait pas le droit de me dire ça. Pas maintenant. Pas à moi. Jamais. Je pressais ma main douloureuse contre moi. Je le sentais mais c'était diffus. C'était diffus mais c'était suffisant. Je faisais les cents pas pour me calmer. Deux fois. Deux fois dans une vie qui semblait bien trop longue j'avais volé jusqu'à lui, j'avais ressenti sa mort comme si c'était la mienne. Je ne voulais même pas imaginer le vide sans lui. Je ne voulais pas imaginer ce que ce serait parce que je savais que ce serait comme mourir moi aussi. - « Mais... qu'est-ce que tu as fait ? » - Qu'est ce que moi j'ai fais?! - Je désignais l'hélicoptère à côté. L'eau s'en écoulait encore. - Je t'ai empêché de faire une belle connerie! - Mon cœur accélérait la cadence et je tentais avec peine de calmer ma respiration. Je devais revenir à moi, retrouver mon calme même si je n'en voyais pas la fin. Je devais reprendre mes esprits pour qu'au moins l'un de nous deux soit capable de tenir un discours sensé. Et à l'évidence ce ne serait pas lui.

Il s'était un peu redressé, penché sur le côté pour en finir avec cette eau maudite qui obstruait ses poumons. J'avais mal, ma main, et je regrettais. Je regrettais ce geste et pourtant c'était trop tard. L'avait-il mérité? Oui, probablement. Je le regardais. Allait-il me détester pour ça? Oui, probablement. Est-ce que j'en avais quelque chose à faire? Certainement. Est-ce que son amitié était plus importante que sa vie? Non, et ça c'était une certitude. - Je t'aime, Warren. Je t'aime et je reste. Je ne vais nulle part. - J'avais retrouvé un ton presque posé, toujours teinté de cet énervement. - Tu te souviens de ça? Ou tu l'as jeté au fond de l'Hudson avec ton putain d'hélicoptère? - Il me regardait mais ne disait rien. Bien. - C'est ce que je t'ai dis à l’hôpital après ton coma. Tu t'en souviens? - C'était plus un ordre qu'une question. Il s'en souvenait. - C'était une promesse! La promesse de ne jamais t'abandonner, peu importe quoi! Parce que je savais que les temps à venir seraient durs. - J'avais cessé de marcher, je ne faisais que le regarder.

Je n'ai pas dis ça pour te rassurer, pour te donner l'illusion que tout allait bien se passer. Non, tout n'allait pas bien se passer. Je te l'ai dis parce que c'est la réalité. Ma famille a disparu, tu es mon frère, mon dernier pilier. Je t'ai promis de ne jamais t'abandonner parce que c'est ce qui se passe dans une famille! - Je levais les yeux vers l'hélicoptère, excédé. - Et toi tu fais quoi? Tu jettes l'éponge?! Tu m'abandonnes? Je te promet mon soutien indéfectible et tu le balance à la poubelle? - Je manquais de souffle, crachais mon ressentiment de tout ça à sa figure. - C'est à ça que j'ai droit? Ton égoïsme?.. - Ma voix se perdait, se brisait. - Je t'ai dis qu'on trouverait une solution...
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MessageSujet: Re: Last Fly - Wayden #19   Sam 11 Mar - 21:28
Mon regard clair suit son mouvement du bras jusqu'à l'hélicoptère. En soit, je m'en fiche de l'avoir mis dans cet état, je me doutais bien que ça arriverait. Mais alors que je regarde l'engin qui crache encore de l'eau, je ne vois pas pourquoi lui s'énerve. Il n'a pas le droit de s'énerver, il est là alors qu'il aurait dû être absent, je lui ai dit que je serai toujours avec lui, je le pensais vraiment mais il a brisé ma dernière décision. Il semble excédé, je suis moi dépité par son comportement, par son absence de compréhension. Je ne suis pas fier de ce que j'ai essayé de fier, mais je n'en ai pas honte non-plus et ma conviction n'a pas changé. Si ça pouvait changer quelque chose, sans doute me mettrais-je debout pour plonger à nouveau. Envers et contre... lui. Sa main abîmée ne l'a pas été contre mon visage, pas dans un premier temps mais je ressens un feu dans la joue et quand je baisse les yeux, je vois juste quelques gouttes de sang perler de mon front sur le sol. M'appuyant contre ma main la moins douloureuse, je n'essaie pas d'identifier la blessure, je m'en fiche.

Je l'observe, le regarde s'énerver puis se calmer sensiblement, je le regarde puis lance une oeillade au-dessus de son épaule, redoutant qu'on vienne suite à cet accident d'hélicoptère. Je ne peux pas rester ici, attendre bêtement... je ne sais même pas ce qu'il va se passer maintenant, je n'ai rien prévu pour l'après. Il n'y a pas d'après. Il a cessé de marcher devant moi, je prends appui sur ma valide et m'assieds tant bien que mal, je ramène mon bras droit contre moi. Mes yeux papillonnent à nouveau et je passe la langue contre mes lèvres une fois ou deux. « Je t'ai dit qu'on trouverait une solution... » « Et tu as eu tort »

Il l'a dit, ils l'ont tous dit. Il n'y a pas de solution, il n'y a plus de solution, je n'ai pas la force de me battre. Je suis épuisé, complètement épuisé et las. Mon corps a cessé de frissonner, mais mes mains tremblent toujours, je serre le poing avant de secouer la tête... « Quelle solution ? » Oui, quelle solution ? Quelle solution trouver ? Des subterfuges ? Qu'est-ce qu'on peut trouver comme solutions ? Elles ne repoussent pas d'elles-mêmes, et les médecins n'ont pas pu les greffer ni les empêcher de dépérir. Mes ailes se sont fanées pendant que je cherchais une solution justement et il ne reste plus rien ! « Je... » Je regarde vers l'hélicoptère puis secoue la tête. Je n'ai pas envie d'être en colère, pas contre Kayden... Je serre les dents, ravale mes mots puis noie mon regard sur l'Hudson : « Tu n'es pas recensé, pars avant que quelqu'un n'arrive... » Pars, avec tes solutions impossibles qu'on ne trouvera pas. Pars, les dégâts sont faits maintenant. Je lève les yeux au ciel et soupire doucement. « Je ne veux pas trouver de coupables, Kay. Je veux oublier que ça s'est produit, je ne veux pas me battre. Et je ne veux pas que tu te battes pour moi. » Je baisse les yeux sur lui, lui souffle : « Pars... »
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MessageSujet: Re: Last Fly - Wayden #19   Sam 11 Mar - 21:28
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« Et tu as eu tort. » - Je soupirais, pinçant l'arrête de mon nez entre deux doigts. Tort. De le sauver? De lui promettre qu'il survivrait? Avais-je eu tort de croire en lui? Et en ça? En une guérison? Croire qu'une solution pouvait être trouvée? Je savais que ce n'était pas lui qui parlait, je savais que c'était seulement son ombre. Mon Warren m'avait tenu hors de l'eau tout ce temps, même quand je pensais que c'était inutile. Mais mon Warren était mort ce jour-là. C'était à mon tour de le garder à la surface et... Je ne savais pas comment. Comment il avait fais. - « Je... » - J'attendais mais il ne disait rien de plus. J'avais lu son hésitation, j'avais vu son retrait et je fronçais les sourcils, intrigué mais pas surpris. - « Tu n'es pas recensé, pars avant que quelqu'un n'arrive... » - Ma langue claquait. Que quelqu'un n'arrive... Mais qu'ils viennent. Qu'ils arrivent, en nombre. J'avais de l'énergie à revendre et de bonnes raisons pour leur faire manger du métal. Il n'avait jamais voulu trouver les coupables. Il m'avait dis dés le premier jour qu'il ne pourrait pas se battre. Il m'avait dis qu'il n'en aurait pas la force et je lui avais promis d'avoir la force pour nous deux. -  « Pars... » - Non.

J'étais moins fatigué par notre vie que par son comportement. Son silence. Son isolement. Fatigué de ces non dit. Il avait dis être incapable de se battre. Il avait pleuré. Il avait tenté d'oublier. J'étais le premier à savoir que rien ne s'oublie, rien ne disparaît et surtout que rien ne se laisse oublier. Jamais. - Tu as écouté ce que je viens de dire ou tes oreilles sont encore bouchées par l'eau? Je ne vais nulle part. Et tu pourras râler et supplier autant que tu voudras, ça ne changera rien. Je t'ai fais une promesse, te soutenir quoi qu'il arrive. Toujours être là pour toi. Désolé de te l'apprendre mais inclus aussi les moments où tu voudrais que je m'en aille. - Je m'étais radoucis. Je savais que c'était inutile de lui crier dessus, je ne faisais que nourrir ma propre colère et ça n'avançait à rien. Alors je me rapprochais plutôt, tombait à genoux à côté de lui. - J'ai toujours su lire en toi. Tu as toujours été un livre ouvert pour moi. - Ma main passait contre son visage, mes doigts dans ses cheveux mouillés. - J'ai toujours su ce qu'il se passait dans cette tête. - Je retirais ma main. - Mais depuis que c'est arrivé je ne te comprend plus. Je sais ce que tu vas dire, ce n'est plus toi...

Je baissais le regard. - Sauf que si. Tu ne peux pas oublier, comme je suis incapable d'oublier l'expression sur le visage de mon père quand il s'est pris cette balle dans la tête. - J'aurais aimé pouvoir adoucir ce souvenir, l'obscurcir assez pour savoir sans avoir à visualiser son visage à chaque fois, mais non. - Tu t'es muré dans ton silence, tu m'as exclu de cette part de ta vie. Moi et tous les autres. - Ma main se posait sur sa cuisse pour attirer son attention, mon regard se relevant sur le sien. - Tu allais dire quoi tout à l'heure? Je sais que tu allais dire quelque chose. Je sais que tu retiens tout depuis des mois. - Je penchais la tête sur le côté. - Crois en quelqu'un qui n'a jamais rien sur faire d'autre que retenir. Si tu n'avais pas été là, j'aurais déchanté. - J'assurais mon regard dans le sien. - Aussi grave que ce soit, aussi violent, aussi profond ou blessant. Je peux l'entendre. Hurle si tu veux, frappe si tu en as besoin. Accorde moi ce privilège... - Ma main quittait sa cuisse pour gagner son torse et s'y posait au dessus du cœur. - Tu voudrais que j'arrête de me battre pour toi, mais je ne peux pas faire ça. J'en suis incapable. Je préfère encore sauter avec toi qu'abandonne.
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MessageSujet: Re: Last Fly - Wayden #19   Sam 11 Mar - 21:28
Un refus, un refus simple de s'en aller alors que je crains qu'on ne le trouve ici, qu'on n'abîme sa liberté, qu'on l'oblige encore et encore pour ses droits. Pour son droit à se tenir là, pour son droit à vivre comme il l'entend... C'est un refus, un refus cinglant qui ne me fait pas réagir.

Je relève les yeux sur lui, répondant simplement que si je suis là, c'est que je n'ai plus à râler ni à supplier. Et c'est vrai, tout ça je viens de le mettre derrière moi quand j'ai dit au revoir à Rachel, alors qu'elle dormait toujours, quand je l'ai laissée sortir sans la retenir. C'est vrai, pendant un moment je me suis senti libéré de tout ça, de ce que j'aurais dû, n'aurais pas dû, devrais ou ne devrais pas. Peut-être que c'est moi, moi qui me suis enfermé dans ces règles sorties de nulle part ou je ne veux pas qu'elles s'appliquent à moi. Je ne veux pas.

Le moment n'est plus au soutien, désormais, Kayden, voudrais-je lui dire mais je sens ma gorge encore douloureuse et j'ai la tête qui tourne. Je ferme les yeux pendant qu'il parle, le bout de mes doigts caressent le bitume doucement, m'habituant à l'idée que je n'en bougerais manifestement pas tout de suite... Ses genoux viennent heurter le sol et je rouvre les yeux sur lui. C'est vrai que depuis qu'on se connaît, Kayden a appris à interpréter mes silences, mes paroles, mes conneries et tout ce qui fait ce que je suis... J'aurais dû me douter qu'il se retrouverait là, comme il l'a toujours été.

« ce n'est plus toi... Sauf que si. » Je reste silencieux, l'écoutant. Je sursaute alors que sa mien vient se poser contre ma cuisse, je croise son regard. Je ne veux pas hurler, je ne veux pas crier, je voudrais ne plus rien entendre de tout ça. Et frapper ? Frapper qui ? Frapper quoi ? Je me redresse, m'appuyant contre l'épaule de Kayden puis tends mon bras dans sa direction pour l'aider à mon tour à se mettre debout. Je détourne mon regard de l'hélicoptère puis me rattrape à son avant-bras pour rester légèrement courbé vers l'avant. Je ne sais pas quoi dire... Est-ce que c'est le moment de dire ce que j'ai sur le cœur. Je regarde mon poignet qui semble virer au bleu et laisse pendre mon bras le long de mon corps. Devant nous, l'Hudson.

Qu'est-ce que je pouvais faire ? Porter plainte, je l'ai fait et il n'y a aucune réelle enquête parce que couper des ailes, qui ne sont pas sensées être là, j'imagine que ça n'a jamais été vu comme une mutilation. Essayer de reprendre le cours de ma vie, je n'y ai pas pensé ou du moins je ne l'ai pas envisagé car ma vie est vouée à l'école et même si j'ai souvent passé beaucoup de temps à l'extérieur, je n'aurais pas voulu qu'ils aient peur. Je voulais simplement qu'ils n'aient pas peur et maintenant, ils sont morts, ils sont perdus. Alors quoi ? Essayer de prendre ma revanche sur les Watchers ou sur cette folle qui agit peut-être même seule ? Je ne suis pas comme ça, je n'ai jamais voulu le devenir. Oh oui, j'ai pensé essayer de les retrouver. Ils ont des moyens, je peux, je pouvais, je pourrai en mobiliser aussi. Et après quoi ? Je ne veux pas devenir comme mon père, je ne veux pas m'étouffer dans mon dégueulis haineux comme il le fait depuis des années. Et je ne veux pas être associés à la Confrérie, parce qu'ils sont comme lui. Et j'en suis convaincu depuis qu'ils ont voulu le balancer depuis un toit à Alcatraz.

Ma dernière possibilité, avec Kayden, le convaincre. Je tourne mon regard contre lui, reste accroché à son avant-bras, je ferme les yeux une seconde, fronce les sourcils puis les rouvre sur lui. « J'étais en paix avec ma décision Kayden. J'ai choisi, choisi de ne pas vivre ma vie comme cette comédie qu'on a traversée tous les deux et je ne veux pas que le moteur de ma vie soit la vengeance. Je ne veux pas devenir cet homme. Jamais on ne trouvera de solution, alors laisse-moi disparaître rapidement avec ce qu'il me reste de dignité. »
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MessageSujet: Re: Last Fly - Wayden #19   Sam 11 Mar - 21:29
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Il s'appuyait sur moi pour se relever, doucement, son équilibre défaillant, et naturellement me tendait son bras pour m'aider à me mettre moi-même sur mes pieds. Même debout il ne lâchait pas mon avant-bras et ma main se posait sur son épaule alors qu'il observait l'Hudson. Non Warren, ce linceul gelé ne serait pas le tiens. Je cultivais ce silence, lui laissais du temps. Je ne voulais pas lui sauter à la gorge, pas encore. Je ne voulais pas lui extirper ses pensées à coup de poings, plus jamais. Je voulais seulement qu'il me laisse venir à lui, comme avant. Et même si avant était révolu, je savais par sa main agrippée à mon bras qu'il n'était pas perdu. Notre passé pouvait devenir notre avenir, encore une fois. Il pouvait survivre à ça, j'en étais persuadé. Et ce n'était pas par égoïsme, par volonté de le garder prêt de moi par pur besoin de sa présence. C'était par foi. Car j'avais toujours cru en lui, toujours en sa grandeur. Même s'il ne la voyait pas toujours. Il avait passé tant de temps à croire en la mienne... Alors qu'au final c'était la sienne la plus importante. C'était lui l'ange, pas moi. C'était.

« J'étais en paix avec ma décision Kayden. » - Pas moi. - « J'ai choisi, choisi de ne pas vivre ma vie comme cette comédie qu'on a traversée tous les deux et je ne veux pas que le moteur de ma vie soit la vengeance. » - J'ai abandonné la vengeance pour toi. - « Je ne veux pas devenir cet homme. » - Je ne l'aurais jamais permis. - « Jamais on ne trouvera de solution, alors laisse-moi disparaître rapidement avec ce qu'il me reste de dignité. » - Je ne savais pas quoi lui dire. Le vide se faisait dans mon esprit au moment précis où j'aurais voulu qu'il hurle. Je le fixais, sans ciller. Je n'avais plus la force d'être en colère contre lui. Je n'en avais pas envie. Moi aussi j'aurais aimé pouvoir oublier, mettre ça de côté, mais c'était impossible. C'était la réalité. Une réalité qui me dégouttait. Sa main quittait mon bras et il chancelait avant que je ne le rattrape, mes deux mains le tenant aux flancs. Son attention était captivée, il en oubliait son propre équilibre, et ses doigts venaient effleurer ma joue. Ma joue couverte de sang. Son regard scrutait le pourpre et je repoussais doucement sa main d'un mouvement de la tête. - C'est rien. - L'angle de mes yeux était encore rouge de sang. Mon sang. Celui que j'avais pleuré pour le sauver. Faible prix à payer.

Ma peau si pâle sous le voile rouge, je l'observais, suivais son regard qui arpentait les larmes de sang séchées. Mes mains le tenaient et elles étaient la salle retenue contre la chute. Un motif qui semblait un peu trop redondant. - Ecoute-moi, mon grand... - Mes mains lâchaient son torse pour venir tenir sa tête et forcer son regard à me trouver. Il ne tomberait pas, j'avais éliminé sa masse, assez pour qu'il ne risque plus rien, pas assez pour qu'il quitte le sol. - Tu m'as demandé de renoncer à les traquer. Tu m'as dis que tu ne voulais pas de ça et je t'ai écouté. J'aurais retourné cette foutue ville sur un simple mot de ta part, mais tu as choisi un autre chemin. - Un sourire fatigué étirait mes lèvres. - Tu as fais un choix difficile et tu as choisi la plus difficile des voies. J'aurais cédé, à ta place j'aurais explosé. J'aurais été incapable de me retenir. Mais pas toi. Toi tu as été capable de ne pas assouvir cette colère. - Une main quittait son visage pour se poser sur son cœur. - Je sais qu'en toi il y a cette rage. Je le sais, je ne l'ai jamais nié parce que ça aurait été naïf de penser le contraire. Mais Warren... - Je m'avançais, déposais un baiser sur son front. - Tu as déjà été plus fort qu'eux. Tu ne t'en rends pas compte mais tu l'as déjà fais à cause de ça.

Mes bras passaient autour de son torse, sous ses bras, et je le prenais contre moi. Même s'il était mouillé, même s'il était froid, même si je sentais sa crispation, ce simple contact me semblait nécessaire. Ma tête reposait sur son épaule et ma bouche parlait à son oreille dans un cocon intime que le monde autour ne pourrait jamais briser. - Etre faible aurait été de céder à la vengeance et à la rage. Ils ont été faibles. J'aurais été faible. Je t'ai promis d'être faible avant que tu ne me fasses changer d'avis. - L'une de mes mains venait se glisser sur sa nuque, rapprochant sa tête, lui parlant plus bas, comme une confidence. - Ça n'a jamais été être faible que d'être incapable de supporter ce poids par toi-même. - Je fondais mon visage dans le creux de son épaule et relâchais finalement mon étreinte pour pouvoir voir ses yeux. - Je t'ai dis de te reposer sur moi. Je ne m'attendais pas à ce que tu le fasses entièrement, je te connais trop bien pour ça... Mais regarde où t'en es rendu. Regarde le choix que tu as fais. - Je n'étais pas dupe. Je savais qu'il avait essayé de me convaincre, pour que je rejoigne son point de vu. Mais là je lui montrais ce qu'il avait voulu faire, je lui exposais, sans filtre, sans sa peine, sans sa peur ni sa souffrance, sans mon égoïsme. Je le présentais nu de toute détresse face à l'épave de sa tentative pour qu'il voit. Qu'il voit le fond du gouffre qu'il avait atteint. - Tu ne réalise pas à quel point tu as été fort jusque là, mais tu ne peux pas tout faire seul. Personne ne le pourrait. Je te le demande, mon grand. - Je fixais son regard. - Soit encore assez fort, juste un peu, laisse moi être là pour toi. - Ma main se reposait à nouveau sur son cœur, maintenait le contact. - Fais ce choix.
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MessageSujet: Re: Last Fly - Wayden #19   Sam 11 Mar - 21:29
Maintenant, la seule porte de sortie qui m'avait paru concevable jusqu'à maintenant est sur les docks, les hélices pliées, la vitre brisée et la carcasse tordue. La seule porte de sortie, celle que j'avais pris du temps pour accepter, pour emprunter, n'est qu'une ruine abîmée sur le bord de l'eau dont la surface s'est déjà apaisée. Il n'y a presque plus de traces, si bien que j'en viens à douter de ce qui vient réellement de se passer... Et pourtant, je le lui demande, je demande à Kayden de fermer les yeux, de fermer les yeux juste assez longtemps pour que ma main sur son bras devienne le souvenir d'une sensation, que ma silhouette près de lui devienne une ombre, pour que mon souffle gêné devienne un écho, pour que je devienne un souvenir.

Je lui demande parce que je ne veux pas que ma vie soit alimentée par un vœu de vengeance qui ne me ressemble pas. Ce serait si facile de laisser parler cette colère mais au fond de moi, il y a cette voix qui me dit que ce n'est pas la solution la plus facile qui se doit d'être choisie. Cette voix, c'est celle de Charles dont je souhaite de tout mon cœur qu'il soit en sécurité. Harper m'a dit qu'elle n'avait pas vraiment eu de nouvelles des élèves ou des professeurs, elle ne sait pas qui a pu réchapper de cette attaque... de cet assassinat de masse. Elle a envoyé quelques messages restés sans réponse jusqu'à maintenant.

Et ça, c'est ma réponse à moi. Je sens son regard se poser sur moi, je me tourne vers lui quand je prends conscience des traces sous ses yeux. Mes doigts lâchent son bras alors que mes doigts s'approchent de son visage, je manque de tomber, il me rattrape. Je passe ma main contre sa joue en essayant de comprendre silencieusement l'origine des sillons rougeâtres étalés contre son visage. Il fait un mouvement de la tête pour 'chasser' ma main mais mon index caresse le coin de son œil, près de l'arrête de son nez. « Écoute-moi, mon grand... » Tu m'as demandé si tu étais mort, si toi aussi je t'avais tué. Je n'ai toujours pas trouvé la réponse à ces maudites questions tu sais... Je sais combien tu les as en horreur ces questions, je devine combien tu les détestes ces questions mais j'essaie d'y trouver des réponses. Je ne peux pas accepter que tu préfères couler avec moi que m'abandonner à ce choix, et je n'ai plus rien à t'offrir. Peut-être que cette page devrait se terminer comme ça, et je devrais te laisser entre les mains de ceux qui peuvent prendre soin de toi. Parce qu'aussi fort que tu es, tu as besoin qu'on prenne soin de toi.

Ses mains viennent se poser contre mon visage, mon regard croise le sien. Quelques gouttes d'eau quittent encore mes cheveux pour passer contre ses doigts. Mon regard se fait fuyant un moment quand il me dit qu'il sait qu'au fond de moi, il y a cette colère... Je veux juste ne pas devenir comme ceux qui déchirent ce monde, est-ce trop naïf de me raccrocher à ça ? Ou est-ce trop pessimiste de croire qu'il ne suffira que d'une seconde pour basculer ? Je secoue la tête et me crispe quand je sens ses bras autour de moi, quand il se rapproche. Je fronce les sourcils mais l'écoute, l'écoute silencieusement. Et maintenant, qu'est-ce que je dois faire ? Cette question qui me taraude...

Je m'écarte de Kayden, je passe mon avant-bras droit contre mon front puis perds mon regard en direction des gratte-ciels, en direction de celui dont je suis arrivé même si je ne le distingue pas d'ici. « J'ai imaginé ce que je ferais... si je me retrouvais en face d'elle, en face d'eux. » Mon regard reste porté vers l'ailleurs, là-haut. Et j'arrive toujours à autant de scénarios que de mauvais choix. Je regarde ma main droite, grimaçant quand je bouge les doigts puis pivote vers Kayden pour lui annoncer, entre la détermination et la peur : « Je n'irai pas dans leur District, tu sais... et je ne veux pas qu'on magouille pour me faire passer pour ce que je ne suis pas. » « Je te souhaite une belle vie parmi les humains... Warren. » « Qui est-ce que je suis, Kay ? Qu'est-ce qu'il reste de moi ? »
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MessageSujet: Re: Last Fly - Wayden #19   Sam 11 Mar - 21:29
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« J'ai imaginé ce que je ferais... si je me retrouvais en face d'elle, en face d'eux. » - Je suivais son regard pour observer les grattes ciel du centre économique de la ville. Je n'osais pas briser son silence. J'avais l'impression d'avoir fissuré ses barrières mais je savais que sans subtilité, je ne ferais que le braquer plus encore. C'était malheureusement stratégique mais si je n'étais pas là pour le sauver, alors je pouvais bien recommencer à hurler. Son regard retrouvait son chemin vers moi. - « Je n'irai pas dans leur District, tu sais... et je ne veux pas qu'on magouille pour me faire passer pour ce que je ne suis pas. » - J’acquiesçais en silence, je ne lui donnerais pas tort sur ça. - « Qui est-ce que je suis, Kay ? Qu'est-ce qu'il reste de moi ? » - Oh Warren... - Une expression triste tirait mes traits, une expression que j'aurais préféré masquer, pour qu'il ne la voit pas, pour que'il ne la voit jamais. Mes doigts disciplinaient ses cheveux déjà ondulés par l'eau. Était-ce ça? Était-ce ce qui embrumait ses songes depuis tant de temps? J'aurais dû le savoir. J'aurais dû le comprendre. Ses ailes volés. Sa dignité envolée. Son corps souillé. Son identité brûlée. Angel.

Tu es mon frère. - Un sourire venait chasser la tristesse. - Peu importe ce qui se passe. Peu importe si le monde brûle ou peu importe ce qui peut nous arriver. Tu seras toujours mon frère. - Je lui souriais encore, il savait que je ne disais jamais ces choses avec légèreté. - Tu es Warren, tu es toujours là. - Ma main se pressait sur sa tempe. - Ton magnifique esprit est toujours dans cette petite tête, mon grand. - Ma main trouvait la sienne, celle encore valide. - Quand à ce qu'il reste de toi... - Je posais sa main sur mon cœur battant. - C'est juste là. - Ma main tenait la sienne contre moi mais mon regard ne lâchait pas le sien. - Ma survie. Ma vie telle qu'elle est maintenant... - Je haussais les épaules, affichant une innocence presque enfantine. - C'est toi. C'est à toi que je le dois. Si t'avais pas été là je serais encore perdu, sans repère pour me diriger. J'aurais perdu le combat contre la mafia, contre mes démons. - Je fuyais un instant son regard. - J'aurais été seul lorsque mon père aurait été tué, seul et impuissant. J'aurais été orphelin, sans aucune famille si tu n'avais pas été là avec moi.

Je le lui avais déjà dis, brièvement. Mais j'avais cette mauvaise impression, cette impression que dans son gouffre, dans la pénombre de ses pensées, il l'avait oublié. - Tu es mon frère. Si tu perds de vu ce que tu es ou qui tu es, alors raccroche toi à ça. Parce que ça ne disparaîtra jamais. Ce sera toujours là pour te montrer la voie. - Je relevais son menton. Sale manie de baisser la tête. - Tu es Warren, un homme incroyable, magnifique. Avec tant à offrir. Tant dont tu n'as pas conscience. Moi je le sais. Je le crois pas, je le sais. J'aimerais que tu puisses le voir toi aussi, que tu t'en souviennes. - Mon regard se tournait vers l'East river et la menace informe du district X. - Je ne te laisserais jamais te faire enfermer dans cette prison... - Mon regard revenait à lui, une détermination étrange l'animant. - ... et je sais qu'une vie de mensonge n'est pas pour toi. Alors pourquoi pas t'affirmer. Le monde nous hais, montrons lui que notre vie vaut la peine. - Un sourire fin étirait mes lèvres. - Tes élèves Warren.

J'ai compris, tu les as abandonné, je comprend ce que tu dis. Mais maintenant que le monde part à tort et à travers, tu ne voudrais pas les aider? Parce qu'en faisant ça... - Je désigne l'épave à côté de nous; - ... tu ne les aides pas. Là tu les abandonnes, encore. - Mes souvenirs remontaient. S'il oubliait, je serais sa mémoire. - Tu te souviens de Piper? Quand j'étais venu à l'institut l'an dernier. La jeune fille que tu avais fais courir pour l'aider à s'ouvrir? Tu l'as aidé Warren. Pas parce que tu volais, pas parce que tu courrais, mais parce que tu étais là pour elle. Parce que tu as su lui parler. Tu as su trouver les mots. - Mon index pressais sur son cœur. - Et ça c'était toi Warren. C'est ça ton pouvoir. Ça l'a toujours été. - Je lui souriais encore, faiblement, mais encore, le sang séché craquant sur ma peau. - Tu peux toujours les aider Warren. Différemment, mais tu peux toujours le faire. Je dis pas d'aller rejoindre la Confrérie, ou de t'enfermer avec eux. Mais je sais que tu as encore énormément à leur apporter. Ils peuvent apprendre, ils doivent apprendre. Et tu peux leur montrer. Tu peux leur montrer un homme qui a souffert mais qui a réussi à remonter la pente. Tu peux leur apprendre l'espoir, leur apprendre à s'accrocher, à tenir bon. Tu peux utiliser ta souffrance, la transformer en quelque chose de bon. En faire une force. Pas pour t'enliser dans la vengeance mais pour t'élever au-dessus. - Mon cœur s'ouvrait et j'étais incapable de le taire. A croire qu'il n'était pas le seul à avoir tu certaines choses. - Tu ne les as pas encore tous perdu, ils croient toujours en toi. Moi je crois toujours en toi.
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MessageSujet: Re: Last Fly - Wayden #19   Sam 11 Mar - 21:29
Quand on aura terminé de souffler sur les braises, que restera-t-il sinon des cendres ? J'ai voulu disparaître, d'abord au fond d'un lit en essayant de ne pas apprendre à découvrir, à redécouvrir cette ville que je connaissais si bien... depuis le sol. Je soupire, au pied du mur, une fois encore.

Puis je lève les yeux sur Kayden. « Peu importe si le monde brûle ou peu importe ce qui peut nous arriver. Tu seras toujours mon frère. » Un fin sourire se dessine sur mon visage à ses paroles. C'est ce que j'aurais pu lui dire, c'est sans doute ce que tout mon cœur lui a dit quand il a fait explosé cet immeuble et ce qu'il avait autour. Parce quels que furent les événements, j'ai toujours su qui était Kayden au fond. Qu'il se soit appelé Dayle ou pas, d'ailleurs.

Mon esprit... je ne suis pas certain de ce que je suis, ni de ce que je dois faire. J'ai peur des décisions qui vont s'imposer à nous dans ce monde qui ne veut plus de nous. Je laisse mon frère prendre ma main et la poser sur son cœur, je ferme les yeux et me contente d'écouter les battements du bout des doigts. C'est à cet instant, quelques secondes que je perds son regard avant de le retrouver, surtout aussi intense que mes paupières se lèvent une fois encore. Tout ce que j'ai envie de lui dire.. Qu'outre la force physique, qu'outre son pouvoir, qu'outre ses aliers, il est d'une force incroyable et il l'a prouvé ces derniers mois. Mais au lieu de l'encourager à profiter de sa nouvelle vie, je la lui ai polluée. Et je regrette...

« Si tu perds de vu ce que tu es ou qui tu es, alors raccroche toi à ça. Parce que ça ne disparaîtra jamais. Ce sera toujours là pour te montrer la voie. » Je sens une goutte chaude couleur de ma tempe contre ma joue et s'arrêter sur mon menton, je l'essuie d'un geste vague de mon avant-bras. Nos regards se confondent vers le District, son spectre plutôt. Le monde nous hait. Je serre les lèvres quand il mentionne alors « mes élèves ». Mes. Élèves. Mon corps. Mes élèves. Mes amis. Je ne comprends pas... que s'est-il passé depuis ces quelques jours ?

Je ne suis pas son mouvement désignant à me montrer l'hélicoptère, je sais très bien ce que j'ai fait. Je fronce les sourcils et tourne un regard curieux vers lui lorsqu'il mentionne Piper. La Confrérie ? Je ne compte pas rejoindre la Confrérie, effectivement,  parce qu'ils ont depuis bien longtemps choisi le chemin que je refuse de prendre. La Confrérie, les Watchers, Stryker... N'est-ce pas le même combat ? N'est-ce pas le combat qui n'aboutira à rien ? Je me souviens, quand Zadig me parlait de temps à autres de son frère, il avait la rage au bout des lèvres. Il attendait tellement de se perfectionner pour se venger, je ne pouvais que lui répéter ce diction que ma mère m'avait enseignée : « À œil pour œil, le monde deviendra aveugle. » Et si certains ont déjà perdu la vision du bien et du mal, la vision de la justice sur la vengeance, j'ai toujours cette hantise de la perdre moi-même... Apprendre l'espoir ? Comment pourrais-je leur apprendre l'espoir ?

La tête me tourne, je me penche doucement en avant. Je n'ai jamais eu envie d'exploiter cette souffrance, je voulais l'oublier. Faire qu'elle n'ait jamais existé que ce soit pour moi ou pour ceux qui m'auraient connu... Mais son discours me touche, il me touche particulièrement et en parler rend l'événement moins lourd. Je repense alors à Alec, qui pensait bien faire à Noël quand il a effacé, ou plutôt quand il a... « masqué » tout ce qui resurgit ici, maintenant. Et je lui ai dit plus tard qu'il n'avait pas le droit de faire ça, parce que j'avais eu l'impression que... tout simplement... il me refusait mon droit à avoir mal. Je regarde au-dessus de mon épaule. Un courant d'air glisse contre moi. Mon avant-bras gauche vient caresser celui de Kayden alors que mes doigts le saisissent au-dessus du coude. « Partons... »
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Last Fly - Wayden #19

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