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 Reagan ♦ Toc toc toc... C'est le grand méchant Loup...

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    N'allez pas vous associer avec des incroyants : ce ne sont pas des partenaires qui vous conviennent. Comment, en effet, ce qui est juste pourrait-il avoir à faire avec ce qui est mauvais? Comment la lumière pourrait-elle être unie à l'obscurité ? Comment le Christ pourrait-il s'entendre avec le diable ? Ou bien, qu'est-ce qu'un croyant peut avoir en commun avec un incroyant ? Comment le temple de Dieu pourrait-il s'accorder avec des idoles païennes ? Car nous sommes le temple du Dieu vivant, comme Dieu lui-même l'a dit : "Je demeurerai et je marcherai avec eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple". C'est pourquoi le Seigneur déclare : "Vous devez les quitter et vous séparer d'eux. Ne touchez à rien d'impur, et moi je vous accueillerai. Je serai un père pour vous et vous serez des fils et des filles pour moi, dit le Seigneur tout puissant".

    Je prends une longue inspiration. Il me regarde, il ne me quitte pas du regard, il me juge, il me jauge, il me considère. Ce reflet dans le miroir, défiguré par la buée dans la salle de bains. Je passe un doigt doucement sous mon œil droit. Le jugement divin ne s'est pas abattu sur moi, je pense que c'est bon signe. Je m'habille rapidement, je dois passer à l'Église rapidement avant de partir, en espérant que Lewis sera présent. Ou qu'il ne sera pas là. Je chausse mes rangers, une lame le long de la fermeture éclair. Je passe ma ceinture, prends mon arme. Un automatique. J'ai un revolver auquel je suis attaché – cadeau du Colonel – mais je le garde dans mon sac en général. Quand je rejoins ma chambre, la Bible repose près de mon lit. Je n'ai pas fait d'erreur, tout se déroule comme c'était prévu. Alors pourquoi j'ai envie de vomir ? J'avale ma salive, sens ma mâchoire se serrer. La cuisine, je prends un petit couteau qui n'est pas rangé avec les autres. Du bout de la lame, je caresse mon bras doucement. Je suis un homme, je ne l'ai pas oublié. J'ai prié pour chaque personne morte, mais nous n'avions pas le choix. Non. Je n'avais pas le choix. Je ne suis qu'un homme, c'est le monde qui ne tourne pas rond, je ne fais que suivre la volonté divine et à long terme je sais que leur sacrifice n'a pas été vain. Il n'a pas été vain. Je plante le couteau dans le plan de travail, j'y regarde à nouveau mon reflet. Je suis toujours le même, pas vrai ? Je ne suis pas un monstre. Quand je mets ma main autour de la lame, j'ai mal, je saigne, alors je ne suis pas un monstre. Je lâche brutalement, regarde la fine ligne rouge qui se dessine.

    Je passe simplement ma main sous l'eau, attrape mon sac et le mets en bandoulière. Je reste interdit quelques instants en face de la porte close. Je prends une nouvelle inspiration, j'affiche soudain un grand sourire. Je suis sûr de moi. S'il faudrait même marcher sur les 3214 cadavres brûlants des attentats, je le ferais. Je serre les poings. Il ose me dire que je suis en vie parce qu'il le veut bien, il ose me dire que je ne peux pas être sauvé ! Heureusement, j'ai déjà plusieurs longueurs d'avance sur lui. Je dois l'avoir à l’œil, et pas seulement pour le bien des Watchers mais pour le sien. Je n'ose imaginer dans quelle bonne cause il croit devoir se lancer mais il y perdra des plumes. S'ils découvrent qu'il transgresse les règles, qu'est-ce qui empêchera les Watchers de le traiter comme le traître qu'il est ? Est-ce que je peux le protéger ? Est-ce que je veux le protéger ?

    Face à la porte, j'ai l'impression d'être sans cesse au purgatoire, à remettre en question les choix, les décisions, les stratégies... les sentiments. Je sais que je les aime, tous les trois, différemment mais c'est tellement difficile avec Lewis. Je n'ai pas la force de le combattre, de le combattre continuellement. Je n'ai pas envie qu'il mette le doute dans ma foi et mon combat, parce qu'au fond de mon cœur je sais qu'il a simplement tort. Il ne saisit pas l'envergure de notre tâche. Je regarde ma main, je n'ai pas de sang sur mes mains parce que mon cœur est pur. J'ouvre la porte et passe rapidement par l'Église. Je reste assis quelques minutes face à l'autel. Un jour, un jour... il me faut quelques minutes de calme pour trouver la force d'y aller. Je ne sais pas encore ce que je vais lui dire. J'ai dit à Sarah que je viendrais parce que je ne veux pas qu'elle l’apprenne plus tard. Et bien, si Caïn je m'en vais voir, qu'il me tue et révèle sa vraie nature.

    Je sors le revolver, ôte toutes les balles sauf une. Je fais tourner le barillet. Est-ce que je suis un monstre ? Est-ce que j'ai vraiment tué des innocents ou ce ne sont que les soldats de ta juste croisade tombés au champ d'honneur ? Ils sont les martyrs qui feront les premières pierres d'une nouvelle société. Je mets le canon du revolver contre ma tempe. « Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. » Je me mords furieusement la lèvre inférieure. Si je suis coupable, Seigneur, punis-moi maintenant. Cesse de me mettre à l'épreuve. Mon index caresse la détente, je garde les yeux ouverts. C'est ainsi qu'ils me trouveront si... clic. J'expire doucement. Désolé... Dieu 1 – Lewis 0. Je passe la main sur mon visage, range tout ça. Je me rends chez mes frangin(e)s à pied. Je n'ai pas franchement peur de me faire agresser. Outre le fait que je sache me défendre contre la basse vermine, Dieu veut que je vive.

    Je progresse, je me demande si je devrais faire demi-tour... Non... je prends une nouvelle inspiration. Je dois garder mon sang froid, ne pas m'énerver. Et pourtant j'ai comme envie de coller mon poing dans la gueule de Lewis... je fais craquer mes phalanges à l'avance, cette idée me fait plaisir. Je me colle une cigarette dans la bouche, il faut vraiment que j'essaie d'arrêter. J'en allume l'extrémité puis m'arrête devant chez eux. Mes yeux malades imaginent mes doigts autour de la poignée. Je me protège contre tout ce qui pourra être dit. Une bouffée. Je ne reculerai plus jamais, je ne serai plus jamais cet enfant qu'ils ont connu jadis. Ce poing a porté les premiers coups, j'ai senti les os d'un visage craquer et s'effondrer avant d'avoir le goût du sang. Et je frappais encore, encore. Je ne pouvais plus m'arrêter, jusqu'à la mort. Aujourd'hui je suis dans ce même combat. Je frappe de trois coups à la porte puis cale ma main sur la porte sans réellement m'appuyer, au cas où il voudrait regarder par le judas. Tu ouvriras petite merde, c'est tout. Les images des attentats me confortent soudain, elles tournent dans ma tête comme le couronnement de notre première étape. Plus rien ne nous arrêtera. Bon il ouvre ? Il est à poil ou quoi ? « Toc toc toc... C'est le grand méchant Loup... Ouvre... » Je retire ma main de la porte.
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Jeremiah défend encore une fois Aloysius et c’est trop, beaucoup trop. Alors Lewis pousse un grondement de rage et envoie voler son téléphone à l’autre bout de la pièce. L’appareil s’éclate contre un mur et retombe au sol, en morceaux. Il se laisse glisser sur une chaise et passe ses mains tremblantes dans ses cheveux. Il inspire, tente de retrouver son calme mais c’est peine perdue. Comment ont-ils pu en arriver là ? Qu’est-ce qu’il a loupé, qu’est-ce qu’il n’a pas fait ? Tu es parti, lui répond une voix sournoise qui ressemble étrangement à celle de Jeremiah et Lewis se frotte les yeux. C’est parce qu’il est parti, que son frère s’est réfugié auprès de Dieu et de Stryker ? Qu’il les a laissés lui retirer tout libre arbitre, toute capacité de réfléchir par lui-même, toute notion de bien et de mal ? C’est parce qu’il est parti que son frère jumeau est devenu un meurtrier ? Des canettes de bière vides sont alignées devant lui. Elles se sont peu à peu transformées en verres de whisky et la bouteille est désormais descendue d’une bonne moitié. Ecrire les derniers sms qu’il a envoyés à Jer s’est avéré plus compliqué après avoir descendu tout ça. Exprimer ses idées aussi. Alors au final, il a peut-être bien fait d’éclater ce maudit téléphone.
Il n’aurait même pas dû lire le premier message. A quoi s’attendait-il, sinon à la haine de son frère ? Après tout, n’est-ce pas la seule chose qui les relie désormais ? Depuis combien de temps, ça dure ? Depuis combien de temps s’imagine-t-il encore qu’ils se sont simplement éloignés alors qu’ils n’ont tout simplement plus rien en commun, plus rien à se dire ? Depuis combien de temps s’aveugle-t-il en pensant pouvoir aider Jeremiah et retrouver son frère, alors qu’il n’y a plus rien à aider, plus rien à retrouver depuis des années déjà ?

Depuis quand ?

Quand est-ce qu’il a cessé d’être Jer pour devenir cet être abject, aveuglé par sa foi, manipulé par Stryker, gonflé de haine et de folie ? Qu’est-ce qu’il n’a pas vu ? Ils sont jumeaux, mais Jeremiah a toujours été le petit frère. Plus fragile, plus sensible, mais aussi plus intelligent, plus doué. Il était celui que Lewis voulait préserver, pour qu’il fasse mieux, pour qu’il soit mieux. Il n’a jamais été fait pour les études, il n’a jamais eu de rêve particulier, alors il a laissé leur père faire de lui sa grande fierté, la relève. Il a appris à se servir d’une arme, à chasser, il a recraché tout ce qu’il lui a enseigné, comme un brave petit mouton, pendant des années.
Heureux de se dire que Jeremiah et Sarah pourraient échapper à la tradition familiale. Heureux de penser qu’ils pourraient accomplir leurs rêves, puisque lui n’en avait pas, ce n’était pas bien grave. Il a d’abord vu l’intérêt de Jeremiah pour la religion d’un bon œil. Après tout, même s’il ne comprenait pas vraiment comment il pouvait croire à ces conneries, son frère semblait heureux. Il se cultivait, se plongeait dans des textes censés lui enseigner l’amour de son prochain, la tolérance, la miséricorde. Jeremiah avait de quoi être brillant et si leur père ne voyait pas ça alors tant pis, parce que son frère le savait, n’est-ce pas ? Il le savait, qu’il était brillant, bien plus que Lewis ?

Apparemment pas. Il a laissé le regard de leur père le ronger, détruire tout ce qu’il y avait de bon en lui. Il a laissé sa Foi se changer en une rage incontrôlable. Tout ça parce qu’il n’a pas vu, parce qu’il n’a pas compris, que c’était lui le plus important.

Pas Lewis. Jamais Lewis.

Il chiale, se dit-il. Sa vue s’est brouillée, ses joues sont humides et il réalise qu’il s’est mis à chialer. C’est l’alcool, c’est forcément l’alcool, il a trop picolé comme le tocard qu’il est et maintenant, il chiale comme une gonzesse. Mais il a mal, aussi. Plus qu’il ne l’aurait pensé. Peut-être parce qu’il se rend compte qu’il a perdu son frère il y a des années et qu’il n’a rien fait pour l’en empêcher. Qu’il est parti, comme un lâche. Peut-être parce qu’il réalise qu’il est aussi coupable que Jeremiah, pour toutes ces morts.
Il a envie de vomir, maintenant. Mais ce n’est pas de la faute du whisky. La lumière de la cuisine s’allume, l’aveugle et il réalise qu’il picolait dans la pénombre. Wow. Pathétique. Quand il relève les yeux, il aperçoit Sarah, en pyjama, l’air à moitié endormie. Elle est probablement descendue pour boire un verre d’eau et elle est à peine surprise de le trouver là. Son regard parcourt les cadavres de bière, la bouteille de whisky à moitié vide et ses traits s’adoucissent dans une expression triste. « Lewis… » commence-t-elle d’une petite voix et il serre les dents. « Ne dis rien, » qu’il grogne avant de se frotter les yeux d’un revers de manche. « Va te coucher, » murmure-t-elle et il ouvre la bouche pour protester. « Tu n’arrangeras rien cette nuit, va te coucher. Si Aaron te retrouve ivre mort dans la cuisine demain matin, tu vas t’en vouloir. » Ca semble faire effet. Lewis se sent horriblement coupable et il se relève, chancelant, pour attraper les canettes de bière et les jeter. « Laisse, je m’en occupe, » fait Sarah. Il veut protester, mais il sait qu’il n’est pas en état de le faire. Alors il hoche la tête et se traîne hors de la cuisine. Quand il passe à côté de Sarah, il marmonne des excuses, passe un bras autour de ses épaules pour la serrer contre lui et dépose un baiser sur son front. Elle lui rend son étreinte brièvement, puis il la relâche et grimpe à l’étage. Il referme la porte de sa chambre, retire son jean et son t-shirt, avant de s’effondrer sur son lit.
Quand il ouvre les yeux, la première chose qu’il pense c’est outch. Deux secondes après, il y a l’habituel c’est la dernière fois que je bois et enfin, vient l’irrémédiable je vais gerber. Alors il roule de son lit, se traîne jusqu’à la salle de bain et tombe à genoux devant la cuvette des toilettes pour rendre le contenu de son estomac. Soit plus d’alcool que de nourriture et c’est infâme, vraiment. Une fois qu’il n’a plus rien à vomir, il se débarrasse de son caleçon en grognant et se met sous le jet d’eau brulant de la douche. Lewis ferme les yeux et pousse un grognement de bien-être. Son crâne lui fait un mal de chien et c’est sans parler de son estomac. Ce qu’il peut être con, putain.


Il reste un moment sous la douche, il espère peut-être finir par se noyer, ça résoudrait pas mal de ses problèmes. Mais il finit par en sortir, se sèche rapidement et enfin un tee-shirt et un caleçon propres avant de descendre à la cuisine. Aaron et Sarah sont déjà partis, ils sont tous deux en cours et c’est pas plus mal. Il préfère être tout seul pour gérer sa gueule de bois. Quand il arrive dans la cuisine, il constate qu’en effet, Sarah a nettoyé ses cadavres de bouteille, mais aussi qu’elle lui a laissé de quoi petit déjeuner, une boîte d’ibuprofène et une note disant Good morning Sunshine.
Il esquisse un petit sourire et se jette sur la boîte de cachets pour en avaler deux avec un peu d’eau. Autant dire que si l’attention le touche, il n’a vraiment pas faim, alors il va pour ranger ce que sa sœur a préparé quand ça toque à la porte. Lewis fronce les sourcils, Sarah et Aaron sont en cours et ils seraient entrés sans frapper. Il n’attend personne et Ellen a l’habitude de sonner, comme tout le monde, en fait. Il s’approche, bien décidé à envoyer chier ce qui doit être un démarcheur, quand il perçoit une voix étouffée par la porte. « Toc toc toc... C'est le grand méchant Loup... Ouvre... » Il se fige, la gorge nouée.


Il a tout sauf envie de voir Jeremiah. En fait, il voudrait ne plus jamais avoir à poser les yeux sur son visage. Est-ce qu’il peut faire le mort ? Est-ce qu’il devrait se jeter sur la première arme qu’il trouve et lui tirer une balle dans la tête ? Probablement. Mais c’est son frère, merde. La mâchoire crispée, Lewis s’avance et ouvre la porte. Il s’écarte d’un pas pour laisser entrer Jeremiah et attrape immédiatement la cigarette qu’il a coincée entre ses lèvres, pour aller l’écraser dans l’évier. « Si t’es venu pour prêcher tes conneries, tu peux faire demi-tour, mon Père, » qu’il grogne. Il a trop mal au crâne pour entendre son frère plaider sa cause. « Par contre si t’es prêt à avoir une conversation civilisée et sensée, j’veux bien t’accorder un peu de temps. » Il ne lancera pas les hostilités. Pas totalement, du moins.

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Je n'aurais pas dû venir. Mais je suis là. Je me suis appuyé contre la porte, essayant de dissimuler ma présence parce que je me disais bien qu'il pourrait ne pas m'ouvrir. Il aime bien faire le mort, il aime bien rester assis dans sa confortable petite vie de minable et attendre que ça passe. Il faut toujours prendre les décisions à sa place. Il faut se salir les mains pour ceux qui veulent que ça change sans oser prendre les mesures qui s'imposent. Lewis s'est mal battu, il s'est battu pour des causes pour lesquelles il ne fallait pas se battre. Bien sur que je ne voulais pas qu'il meure. Bien sur, mais maintenant... J'ai l'impression qu'il m'a lâchement poignardé dans le dos et je n'arrive pas à me remettre debout. Il y a des années en arrière, j'ai choisi de croire. Croire que je faisais le bien pour ne pas perdre la raison. Quand le sang mouillait mon visage, j'ai été abattu mais j'ai su que j'avais pris la bonne décision parce que je ne voulais pas être damné à jamais. Chaque pas que je fais, c'est une avancée de plus vers la fin des mutants. Jamais je ne pourrais faire marche arrière, chaque décision est irrévocable. Lewis a déjà pris des vies. Que ce soit deux hommes, cinquante civils ou trois mille soldats, peut-on compter les vies que l'on doit prendre ? Moi je ne les compte pas en tout cas. Je ne compte pas parce que ce sont les pierres qui feront une base solide pour construire le monde de demain. Quand je mets ma main sur la porte, je me dissimule parce que Lewis ne voit la guerre qu'ailleurs. Il ne la voit pas chez nous.

Il m'a dit quoi déjà ? Que c'est parce que nous sommes frères que je suis encore en vie ? Et pourtant, je ne porte pas d'uniforme. Et pourtant, je ne dirige pas mes armes vers lui. Pourtant... je secoue la tête puis décide de m'annoncer. Pourquoi je me présente ainsi ? Je veux lui faire croire que ça ne m'atteint pas. Rien ne pourra plus jamais m'atteindre désormais. Je suis plus fort que cet ancien code désuet, inutile. Cet ancien code qui faisait de nous des larbins de la justice. Nous attendions les morts, la peur, la panique avant d'agir. Si le mutant d'Elizabeth avait été éliminé avant qu'il ne comette l'irréparable, sa sœur ne serait pas allongée dans un lit médicalisé, en attendant qu'on la débranche, en attendant un miracle.

Depuis quand ?

Depuis quand vouloir sauver le monde dans lequel on vit est un crime de guerre ? J'ai pris mes armes, c'est vrai. Je ne sais pas pourquoi, je ne prévois pas d'abattre froidement mon propre frère. Surtout que ça serait con vu que je viens de dépenser de l'argent pour mettre des micros ici... Je pourrais lui demander de me tuer, s'il pense qu'il doit le faire. Mais Lewis est manifestement à bout, à bout de nerf, en manque de sommeil peut-être... Je ne veux pas lui proposer de me liquider alors qu'il n'a pas les idées en place. Heureusement, je suis là.

Aloysius sait pour Adamska – qu'il doit tuer – et forcément, le bruit va se répandre que Lewis a caché un mutant. Je peux la jouer en faisant passer Lewis pour un sentimental, c'était son ami depuis des années, il lui a sauvé la vie alors il a douté. Le doute est Humain et Dieu pardonne les erreurs. Ou je peux leur dire de faire ce qu'ils croisent juste. Je devrais déjà trouver un autre lieu pour se retrouver, et je n'imagine pas la peine d'Aaron et Sarah si je venais à indirectement condamner Lewis. Ça me ferait moins mal au cul de le faire moi-même. Ça me ferait moins mal mais... Bill appelle les Watchers ma famille, je suis d'accord mais... Je ne peux pas balayer notre enfance d'un revers de bras, je ne peux mettre de côté toutes ces années, en dépit de la rage qui me bouffe. Merde, Lewis et moi on a partagé un utérus quand même. Je ne peux pas le rayer de ma vie, je ne peux pas lui briser le crâne en me disant que je trouverai un autre Lewis sur mon chemin.

Mais lui, est-ce qu'il me tuerait ? Je ne suis que ça pour lui, un assassin ? Je ne suis pas un assassin, je connaissais ces gens qui sont morts. Pas tous mais j'en connaissais et ils faisaient tous partie de mon univers. La veille, je suis allé à l'hôpital. Une petite fille que je visitais régulièrement m'a trouvé peiné et m'a donné son lapin en peluche en me demandant d'en prendre soin. Ça me touche bien sur !

Est-il vraiment trop con pour comprendre ?

La porte s'ouvre. Bon, il ne m'a pas empalé à travers la porte. J'ai souvent la petite remarque acerbe qui me vient, je dois me cacher derrière les mots parfois, sans doute, j'en sais rien. Lewis me voit comme l'ennemi suprême, alors je me suis annoncé comme tel, ça me semble légitime. Il s'écarte de mon passage et là, la première chose que je me dis c'est « mais what c'est quoi cette gueule ? » Je hausse des sourcils rapidement, il a l'air... on dirait que la vie vient de le digérer et de le recracher devant la porte. Sur le côté, un déjeuner attend d'être pris mais il n'a pas la tronche du mec qui vient de faire griller les tartines...

Il attrape ma cigarette d'un geste vif, il a encore quelques réflexes malgré son... état je dirais. Je soupire simplement et lève les yeux au ciel. Parce qu'en plus son petit sanctuaire de paix est non-fumeur ? Ridicule, vraiment. S'accrocher à de petits détails pour me faire chier à peine rentré, c'est bien son genre. Je n'ai commencé la cigarette que rarement et tardivement. Surtout pour l'odeur, parce que certains ont le nez fin et que se faire tuer pour une puanteur de nicotine sur les vêtements ou dans l'haleine... ce serait moche. Je devrais arrêter mais bon, est-ce si grave présentement ?

Il l'écrase dans l'évier, j'ouvre mon sac, sors mon paquet et en glisse une entre mes lèvres sans l'allumer pour autant. Je regarde autour de moi, quelques trucs ont changé depuis mon dernier passage, en mêem temps il est vrai que je ne viens pas prendre l'apéro tous les jours. Un cadre qui a changé de place. Un fauteuil qui a disparu, des détails mais que je prends le temps de constater. Quand Lewis tourne enfin le dos à l'évier et au cadavre de ma cigarette, je laisse simplement échapper : « Tu as peur que je tue le quartier d'un cancer de la gorge ? » Je fronce les sourcils, allons droit au but. Puisque tu sembles croire que j'ai tué trois mille et quelques personnes. Quel est le nombre juste déjà, toi qui sembles si attaché à chaque vie envolée.

« Si t’es venu pour prêcher tes conneries, tu peux faire demi-tour, mon Père, » Je laisse échapper un soupire bruyant puis lève les yeux au ciel. Bon, pour lui faire entrer un peu de plomb dans la tête, ce sera sans doute pour une prochaine fois, ou plus indirectement... Il se braque, se met sur la défensive. Il a de la chance, je me sens relativement détendu pour l'instant. « Par contre si t’es prêt à avoir une conversation civilisée et sensée, j’veux bien t’accorder un peu de temps. » Trop aimable, j'ai l'impression d'être au tribunal, merci monsieur le juge. Je prends un toast que manifestement Lewis ne mangera pas et croque dedans. J'attends une seconde puis lève l'index en face de lui et corrige : « Pour commencer, ce sera Monsieur le Pasteur. Si tu veux te foutre de ma foi, fais-le un peu correctement. Ou tu peux m'appeler Pasteur Reagan, je te laisse le choix. » Je passe la main sur mon menton. Ça ne commence sans doute pas très bien. J'essaie de relâcher mes muscles, de me calmer un peu et oh du beurre de cacahuètes ! Je n'y touche pas pour l'instant et frotte mes mains l'une contre l'autre, abandonne ma besace sur le plan de travail.

Je frotte à nouveau mes mains l'une contre l'autre. Je dois peser mes mots, ne pas me jeter tout de suite sur le sujet qui fâche. En même temps, il n'est pas en train d'éponger mon sang dans son évier donc j'imagine qu'Adamska respire encore, caché quelque part. Je prends une inspiration puis imite un sourire quelque peu forcé en le regardant droit dans les yeux : « Bonjour Lewis ! Comment vas-tu ? Oh très bien et toi ? Moi aussi ça va... Ah non attends, il y a ce truc qui me chiffonne depuis un petit moment. Tu vas rire, si si attends, c'est très drôle. Très bon ce toast. » Je me mets en face de lui, ouvre ma besace sans prendre le soin de cacher ce que Lewis pourrait apercevoir et je récupère un briquet. « Tu permets que je l'allume, quelqu'un a écrasé la précédente. » Sans attendre sa permission, j'incendie l'extrémité et tire une bonne fois dessus. Ça y est, je sens que ça commence déjà à m'agacer. Je prends mon portable, calant la cigarette entre mes lèvres serrées. Je retourne sur nos messages, je fais pour l'instant l'impasse sur sa menace même pas dissimulée. « Je regrette d'avoir cru qu'il y avait encore quelque chose à sauver, » ça c'était mon passage préféré. Je fais mine de me rappeler quelque chose et enchaîne « Donc je te disais ce truc qui me chifonne. Toi ! » je me mets à crier, malgré moi : « Toi qui laisses un mutant nous espionner depuis plusieurs années ! Toi qui te mets en travers de mes projets ! Toi ! Toi ! Toi ! »
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Jeremiah attrape une nouvelle cigarette qu’il glisse entre ses lèvres sans l’allumer pour autant et Lewis lui lance un regard sombre, le met au défi de le faire. Il sait pourtant qu’il n’aime pas ça, que personne ne fume dans cet appartement et puis c’est tout. Il a instauré cette loi quand Aaron n’avait encore que treize ans et même s’il n’est plus un gamin à présent, cet endroit est non-fumeur et Lewis y tient. « Tu as peur que je tue le quartier d’un cancer de la gorge ? » demande son frère d’un air agacé et il lui fait face à nouveau, les sourcils froncés. « On fume pas ici, c’est tout, » qu’il grogne en retour. Il ne lui fera pas le coup du c’est mauvais pour la santé, parce qu’il s’en branle, parce que chacun son poison et il ne risque pas de juger qui que ce soit pour ça. C’est juste que pour une fois, il aimerait bien que Jeremiah respecte quelque chose. Qu’il écoute ce qu’il dit, qu’il ne décide pas de balayer ses propos comme si tout ce qu’il disait était stupide. Son jumeau attrape un toast dans lequel il mord et l’ancien militaire se retient de montrer que sa patience a des limites.
Des limites que Jer a dépassées depuis un moment maintenant. « Pour commencer, ce sera Monsieur le Pasteur. Si tu veux te foutre de ma foi, fais-le un peu correctement. Ou tu peux m’appeler Pasteur Reagan, je te laisse le choix. » Bien malgré lui, Lewis esquisse un sourire. Pas parce qu’il se moque, non, c’est un sourire triste qu’il a au coin des lèvres. Parce que c’est comme ça que ça aurait toujours dû être. Pasteur Reagan et Capitaine Reagan. L’un prônant l’amour, le pardon, la générosité. Loin de l’univers de l’autre, fait de cris, de sang, et de morts. Et parce que Jeremiah qui défend sa foi, Jeremiah qui lui rappelle qu’il est un idiot, c’est le frère dont il se souvient.

Il frotte ses mains et relève la tête vers lui, pour plonger son regard dans le sien. « Bonjour Lewis ! Comment vas-tu ? Oh, très bien et toi ? Moi aussi ça va… Ah non attends, il y a ce truc qui me chiffonne depuis un petit moment. Tu vas rire, si si attends, c’est très drôle. Très bon ce toast. » Ce qu’il peut l’énerver, quand il fait ça. Ce qu’il peut rêver de lui en coller une, juste pour lui faire fermer sa gueule, quand Jeremiah joue au con. Il a toujours été ainsi, avec lui. Puisque Lewis avait les muscles, son frère se défendait en maniant le verbe comme jamais il n’avait su le faire. Combien de fois s’est-il fait remballer par Jeremiah, se retrouvant incapable de rétorquer quoi que ce soit, parce qu’il est impossible d’argumenter contre son jumeau ? Mais il n’a pas que le petit malin à la grande gueule, en face de lui. Il a aussi l’adulte aigre, manipulé, plein de haine. Si son petit manège a pu amuser Lewis autrefois, aujourd’hui il l’attriste plus qu’autre chose, car au lieu de voir la lueur amusée et taquine dans son regard, il n’y trouve plus que du vide.
Jer attrape un briquet dans son sac et Lewis émet un claquement de langue agacé. « Tu permets que je l’allume, quelqu’un a écrasé la précédente, » dit-il avant d’allumer la cigarette, sans même attendre de réponse. L’ancien militaire se retient de l’attraper pour l’écraser sur le dos de la main de son frère. Comme ça, gratuitement. Au lieu de cela, il inspire profondément l’odeur familière – il a longtemps fumé, après tout, il a commencé jeune, contrairement à Jeremiah et il a fini par arrêter, pour Aaron. « Donc je te disais ce truc qui me chiffonne. Toi ! » s’exclama brusquement son frère. « Toi qui laisses un mutant nous espionner depuis plusieurs années ! Toi qui te mets en travers de mes projets ! Toi ! Toi ! Toi ! » Lewis encaisse les hurlements, la mâchoire crispée.

Las et certainement pas en état d’entendre qui que ce soit crier, il se passe une main sur le visage, puis se dirige vers la cafetière qu’il allume. Il reste silencieux, cherche ce qu’il va dire, ce qu’il peut bien raconter à son frère, pour qu’il comprenne. Il sort deux tasses d’un placard, il ne sait même pas pourquoi d’ailleurs, Jeremiah n’a rien demandé et ce n’est pas comme s’il avait spécialement envie de lui faire plaisir. Mais il le fait quand même. Il prépare deux cafés, dépose une des tasses devant le pasteur, puis va s’asseoir sur une chaise haute de la cuisine, en face de lui.
Lewis prend son temps, souffle sur la boisson chaude pour la refroidir un peu et en boit une gorgée. Il ne lève même pas les yeux vers Jeremiah, il fixe le liquide noir dans sa tasse, quand il prend enfin la parole : « J’devais avoir dix-huit ans. A peine. Y avait un bâtiment en feu, et j’ai vu ce mec dans les flammes. Forcément, j’ai tout de suite pensé que c’était un mutant et qu’il était coupable. » Il reprend une gorgée de son café. « J’m’attendais à me retrouver face à un véritable monstre, » admet-il avec un petit sourire en coin. Il rit légèrement, parce qu’imaginer Adamska en fou furieux, en psychopathe, c’est très drôle, oui. « C’était rien qu’un ado complètement flippé, qui venait d’utiliser son don pour tenter d’arrêter les flammes et sauver des gens qu’il ne connaissait pas. Un jeune de mon âge, il avait même l’air moins dangereux que moi. Imagine le tableau, Jer. Je tiens l’arme, je le braque. Et lui, le monstre, il se pisse presque dessus de peur. De quoi ça avait l’air ? » Il secoue la tête. « Alors j’lui ai dit d’se tirer. Je lui ai laissé une chance, en lui promettant que s’il tuait qui que ce soit, je revenais pour lui faire la peau. » La fumée de la cigarette de Jeremiah vient danser sous son nez, alors il émet un nouveau claquement de langue et sans demander, attrape son paquet, en sort une pour la glisser entre ses lèvres et l’allume avec le briquet de son frère. « C’est ta faute, » l’accuse-t-il  avant de récupérer une canette vide et de tirer longuement sur le tube de nicotine.

Bordel de merde, ça fait du bien. « Bref, je l’ai laissé s’en tirer et je m’en suis voulu. J’ai pas arrêté de me demander si j’avais pas fait une énorme connerie. » Il hausse les épaules, tire à nouveau sur sa cigarette et expire lentement la fumée. « J’l’ai retrouvé en Afghanistan, il était reporter et on l’avait assigné à mon unité. Autant dire que j’l’ai tout de suite mis au parfum, j’lui ai dit que s’il se servait de son pouvoir, j’lui faisais sauter le caisson. » Il boit une gorgée de son café, puis soupire : « Bien évidemment, il s’en est servi. Pour empêcher l’explosion d’une grenade de me transformer en méchoui. » Lewis plonge son regard dans celui de Jeremiah.
« Si je l’avais tué ce jour-là, je serais mort là-bas, » conclut-il avec une grimace. « Adamska déteste son don. Il en a peur et il ne rêve que d’une chose, s’en débarrasser. Tu peux comprendre ça, pas vrai ? » Il esquisse un mince sourire. « Si je l’ai ramené parmi les Watchers, c’est parce que je pensais qu’on pourrait trouver un moyen de débarrasser les mutants de leurs pouvoirs. Après tout, c’était ce qu’on cherchait à faire, au début, pas vrai ? Il n’a jamais été là pour t’espionner, je n’ai jamais cherché à te trahir. Je voulais juste l’aider et je pensais que tu accepterais de le faire, toi aussi. » Il passe une main dans sa tignasse encore humide de la douche qu’il vient de prendre. « Et puis je t’ai vu abattre des mutants sans même prendre la peine de connaître leurs intentions. Alors je ne t’ai rien dit. » Il termine sa cigarette et la fait tomber dans la canette de bière vide.

Il se frotte les tempes, sa migraine ne s’arrange clairement pas. « Tu ne m’as rien dit de tes… projets, » fait-il alors, la gorge nouée. « Tu ne m’as rien dit, parce que tu savais que je désapprouverais. Jer, tu ne m’as rien dit, parce qu’au fond, tu savais que c’était monstrueux. » Il en est convaincu. Non, il fait tout pour s’en convaincre, il prie pour qu’il reste encore un tant soit peu d’humanité en son frère. « Tu as massacré ces gens, Jer, » fait-il d’une voix rauque. « Comment as-tu pu ? » Il voudrait pouvoir blâmer Stryker, rien que Stryker. Mais il doit se rendre à l’évidence : c’est Jeremiah qui a orchestré tout cela. Il a probablement reçu l’aide du colonel, il n’a pas pu le faire seul, surtout que Lewis ne sait toujours pas comment il a réussi à prendre le contrôle de ces mutants. Mais il est responsable de toutes ces morts. Pourtant, c’est Lewis qui n’en dort plus la nuit. Comment est-ce possible ?

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« On fume pas ici, c’est tout, » Ce n'est pas comme si Lewis était respectueux de toutes les règles qu'on essaie de lui imposer. Il dit ça dans une sorte de grognement, j'ai parfois l'impression qu'il a pris trois ans pendant que je prenais un an, alors qu'il était dans l'armée... Parfois il me semble usé, comme maintenant. Il a de ces cernes sous les yeux. Je me demande de quoi j'ai l'air, je me demande à quoi il peut penser quand il me voit comme ça en face de lui. Il n'empêche que son « mon père » avec ses airs supérieurs, ça m'agace. C'est vrai, j'ai dépassé certaines limites, parfois, j'en interprète d'autres contrairement à la façon dont je devrais le faire. Ça m'égratigne, mais je le fais c'est comme ça. Je me bats pour une cause juste et je ne crains pas que le courroux divin s'abatte sur moi. Je lui ai laissé plusieurs occasions pour me faire exploser la tête, pour me tuer, pour me faire disparaître et il ne l'a pas fait. Maintenant, en effet, c'est trop tard. Le mal est fait... Mais je ne laisserai personne apercevoir mes failles, pas même mon frère. Parce que je sais qu'un jour, si je suis sur le point de craquer, je m'éloignerai le temps de gérer cette crise. Je ne pourrai pas être confronté à son regard. Quand tout a sauté, je n'avais simplement envie de voir personne.

« Pour commencer, ce sera Monsieur le Pasteur. Si tu veux te foutre de ma foi, fais-le un peu correctement. Ou tu peux m’appeler Pasteur Reagan, je te laisse le choix. » Il sourit, légèrement, et je ne peux m'empêcher d'esquisser un sourire aussi. C'est stupide, mais ça relâche un peu de pression de le voir comme ça. Je sais pas... quelque part je me dis que ça me manque de l'entendre rire. Putain... j'en viens à me demander la dernière fois que j'ai entendu mon frère jumeau rire. Je fronce les sourcils, je ne devrais penser à ça, c'est futile. Je caresse doucement les perles qui couvrent son poignet gauche, compte les perles comme les prières qu'on récite. Parce que c'est ça, chaque perle de ces chapelets entremêlés, ce ne sont que des prières qui m'accompagnent, elles me donnent la force, la force de continuer, d'être fort.

Et pourtant... est-ce ma faute si Lewis est revenu pour contrecarrer tout ce que je veux mettre en place ? Je ne peux pas laisser les homo sapiens disparaître parce qu'il a des cas de conscience. On a tous eu des cas de conscience, forcément. Ce n'est pas de douter qui nous rend faibles c'est simplement de céder à ces doutes. Quand on serre le poing, le plus dur est de l'abattre la première fois. Après, l'adrénaline fait le reste. Et la foi recolle les morceaux de ce qu'il reste de notre âme. Même si nous ne sommes que des poupées démembrées et recousues, quelle importance si le travail est fait ? Lewis ne peut-il donc pas renoncer à son âme pour sauver les êtres humains, les vrais ? Est-ce que les sacrifices que je lui demande sont au delà de ses forces ? Il a la force physique mais à l'intérieur, son âme est trop jeune, elle n'est pas prête sans doute... ça me soulage quelque part d'allumer cette satanée cigarette. Quand je pense que l'opération aurait pu être un total fiasco à cause de lui. C'est insupportable.

Il passe la main sur son visage. Ça ne marche pas, il a toujours l'air à bout... Je dirais même « au bout ». Il ne répond pas immédiatement, j'ai envie de l'attraper par l'épaule, de le mettre face à moi pour qu'il me regarde dans les yeux, pour qu'il me réponse directement, sans réfléchir à sa réponse. Qu'est-ce qu'il va dire ? Qu'on ne peut plus me sauver, que j'ai eu tort ? C'est faux ! Je ne supporte pas me faire traiter d'assassin. Moi un assassin ? Où a-t-il vu jouer ça ? Je le vois sortir deux tasses, j'attends qu'il vienne en poser une devant moi et instinctivement, je glisse mes mains autour. Je pince les lèvres, observe une seconde le café qui fume un peu. Il souffle, boit une gorgée puis se mettre à parler... « J’devais avoir dix-huit ans. A peine. Y avait un bâtiment en feu, et j’ai vu ce mec dans les flammes. Forcément, j’ai tout de suite pensé que c’était un mutant et qu’il était coupable. » J'aurais pensé la même chose. Quoique... bon des pyromanes il y en a de toutes les espèces j'imagine mais les mutants ont quelques facilités pour tout détruire. Il reprend une gorgée et je copie son geste en trempant aussi mes lèvres. Je tends le bras et saisis deux sucres que je laisse fondre. J'agite la tasse pour mélanger. Dix-huit ans, nous prenions chacun nos valises à cet age.

« J’m’attendais à me retrouver face à un véritable monstre, » ajoute-t-il avant de sourire à nouveau, avant de rire. Avec du recul, ça lui semble ridicule et pourtant, il l'était sans doute, face à un monstre. Les monstres ne ressemblent pas à des monstres. J'observe mon reflet du coin de l'oeil. Ils semblent sains, innofensifs, bienveillants et pourtant à l'intérieur... « C’était rien qu’un ado complètement flippé, qui venait d’utiliser son don pour tenter d’arrêter les flammes et sauver des gens qu’il ne connaissait pas. Un jeune de mon âge, il avait même l’air moins dangereux que moi. Imagine le tableau, Jer. Je tiens l’arme, je le braque. Et lui, le monstre, il se pisse presque dessus de peur. De quoi ça avait l’air ? » Malheureusement Lewis, ça ressemble à ce qui doit être. Rien ne m'arrête désormais. Qu'il s'agisse d'un homme, d'une femme, d'une personne sur la fin de sa vie ou d'un gosse. Quand je suis sûr de moi, je ne leur laisse pas le temps de se pisser dessus je tire simplement. Je n'ai sans doute pas envie de les entendre parler, dire leur nom, dire qu'ils ont des proches. Je ne veux pas les entendre s'humaniser. Je les tue, simplement. Et ça ne me fait rien de me dire qu'ils ont l'air gentils ou ont eu de bonnes intentions à un moment donné.

« Alors j’lui ai dit d’se tirer. Je lui ai laissé une chance, en lui promettant que s’il tuait qui que ce soit, je revenais pour lui faire la peau. » Je souris. La voilà. La faiblesse des Reagan. La voilà, sur un piédestal, qui se présente devant mes yeux. La voilà, nue et sans honte. La honte des Reagan. Je lui ai dit de se tirer, et une petite menace qui donne bonne conscience. Je sais ce que j'aurais fait, je n'aurais pas pris la peine de le menacer, dès que j'aurais su qu'il était un mutant, je l'aurais abattu et je l'aurais laissé dans le brasier pour que le feu détruise tout reste de ce corps informe, de ce corps raté, de ce corps corrompu. Ce gars est tombé sur le bon Reagan, manifestement.

Il s'allume une cigarette. Je réalise qu'une énorme cendre de la mienne va tomber, je tends le bras pour profiter de la canette vide de Lewis. « Bref, je l’ai laissé s’en tirer et je m’en suis voulu. J’ai pas arrêté de me demander si j’avais pas fait une énorme connerie. J’l’ai retrouvé en Afghanistan, il était reporter et on l’avait assigné à mon unité. Autant dire que j’l’ai tout de suite mis au parfum, j’lui ai dit que s’il se servait de son pouvoir, j’lui faisais sauter le caisson. Si je l’avais tué ce jour-là, je serais mort là-bas. Adamska déteste son don. Il en a peur et il ne rêve que d’une chose, s’en débarrasser. Tu peux comprendre ça, pas vrai ? » Je bloque à nouveau la cigarette entre mes lèvres. Je ne suis pas stupide, contrairement à ce que tu peux penser. J'ai aussi envisagé de les débarrasser de cette calamité, je cherche aussi en ce sens mais tant que rien n'est fait, il faudra simplement les tuer. J'acquiesce d'un mouvement de la tête puis rétorque avec une pointe d'agacement dans la voix : « Bien sur, bien sur »

Il ajoute qu'il n'a jamais voulu me trahir. Vouais... c'est un peu tard maintenant. Mais je sais que je pourrais peut-être défendre sa tête par sa bêtise. Il n'aura qu'à leur dire ça, parce qu'il faudra bien qu'il parle aux Watchers, certains vont lui demander des comptes. Et il faudra bien qu'il dise quelque chose ! Je dirai que tu étais faible mon frère, je dirai que tu n'as pas compris, je dirai que tu étais dans l'erreur. Je prendrai soin de toi, je te protégerai. Il continue de parler. Je tire nerveusement sur la cigarette, la laisse tomber dans la canette après l'avoir écrasée sur le bord. Je bois une nouvelle gorgée de café, plus sucré. Il a pensé que je l'aiderais, puis il a cru me voir changer. Mais je n'ai pas changé, Lewis. Il se berce d'illusions à mon sujet, comme au sien apparemment. Il termine sa cigarette à son tour, je réponds calmement, étonnamment : « Voici comment cette petite histoire se serait déroulée avec moi. J'ai vu un incendie, un gars sort de là. Il me dit qu'il est un mutant. Je le pousse dans le feu, et je lui tire trois balles : deux dans le torse et une dans la tête, pour qu'il ne souffre pas. Et je sors. Tu ne serais pas mort Lewis. Ce n'est pas si simple. »

Les dettes, les dettes... Les dettes est-ce vraiment à prendre au pied de la lettre ? Il frotte ses tempes, ça doit faire la fête là-dedans. En même temps étant donné son haleine quand il a ouvert, je dirais qu'il s'est passé des choses pas très saines entre hier midi et ce matin. Boîte d'aspirines dans la cuisine, tête de déterré. M'enfin... je ne suis pas sa mère non-plus. Je me lève quand il commence à détourner la discussion sur les attentats de février. Je fais le tour du plan de travail, passe à côté de lui. Monstrueux. Voilà, il parle encore de monstres. Grandis un peu. Je lance un regard vers mon sac resté derrière moi. Quand il me demande comment j'ai pu, je le coupe en gueulant « Mais arrête de dire ça, bordel ! »

Je me racle la gorge, essaie de reprendre un minimum de self control... Hé bien non, ça ne marche pas. Je file un  brutal coup de pied dans le tabouret sur lequel est assis Lewis, profite de sa présente... léthargie pour le pousser, l'empêcher de reprendre son équilibre. Quand il tombe, je me mets au-dessus de lui. Je cale mes mains sur ses épaules et pose mon cul sur sa cage thoracique. Je le regarde un instant dans les yeux, bon j'espère que je ne lui ai pas fait mal. Je me dépêche parce que ours comme il est, il va pas attendre deux heures comme ça. « Tu es perdu, tu ne peux pas envisager de corrompre ce que tu prends pour des valeurs saines, je peux le comprendre, je peux le comprendre mon frère. Tu ne peux pas accepter les sacrifices auxquels je consciens, je peux le comprendre, Lewis. Mais ne dis pas que j'ai assassinés des innocents. Je t'en supplie, ne me dis pas ça. » Sans m'en rendre compte, j'attrape soudain son visage entre mes mains : « Je sais qui ils sont. J'en ai rencontrés, j'en connaissais, je ne les ai pas exécutés. Peux-tu à ton tour comprendre ça ? »
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« Bien sûr, bien sûr, » lâche Jeremiah, mais il perçoit l’agacement dans sa voix et il sait qu’il n’en pense pas un mot. Oui, il comprend qu’Adamska souhaite se débarrasser de son don. Mais ce n’est pas suffisant, ça prend trop de temps et il n’a aucune patience, alors mieux vaut les éliminer plutôt que de prendre le moindre risque. C’est ce que son frère pense. Lewis n’a pas besoin de lui poser la question pour le savoir. Pourtant, retirer leurs pouvoirs à des mutants dangereux serait beaucoup plus humain. Les tuer comme Jeremiah le faisait revenait à agir comme eux. N’était-ce pas une chose que sa foi condamnait ? Lewis n’est peut-être pas croyant et il ne s’est jamais gêné pour le montrer, mais ça ne l’empêche pas d’avoir eu droit aux dimanches à l’église, quand il habitait encore chez leurs parents. Ça ne l’empêche pas de savoir que de toutes les interprétations des textes bibliques possibles, Jeremiah a choisi les pires. Son frère se sert de sa foi comme prétexte pour tuer, comme Stryker lui a enseigné et c’est pénible à observer. « Voici comment cette petite histoire se serait déroulée avec moi. J'ai vu un incendie, un gars sort de là. Il me dit qu'il est un mutant. Je le pousse dans le feu, et je lui tire trois balles : deux dans le torse et une dans la tête, pour qu'il ne souffre pas. Et je sors. Tu ne serais pas mort Lewis. Ce n'est pas si simple. » L’ancien militaire ferme les yeux et serre les poings. Il fait de son mieux pour conserver son calme, pour ne pas se mettre à hurler sur Jeremiah parce qu’il ne comprend rien, il ne comprend rien du tout.
Il pourrait lui dire la vérité. Le regarder droit dans les yeux, inspirer profondément et lui dire Jer, Aaron est un mutant. Il pourrait le faire en espérant qu’enfin, son frère comprenne. Qu’il réalise pourquoi Lewis ne pouvait pas tolérer qu’ils abattent les mutants de sang-froid, qu’ils ne cherchent pas une autre solution, même si elle était plus longue, plus difficile. Il pourrait lui dire que leur petit frère, un Reagan, comme eux, est un mutant et que cela signifie peut-être qu’il n’a rien d’un monstre, simplement qu’il est différent.

Mais si Jer aurait pu changer d’avis quelques années plus tôt, si Lewis aurait pu être assez stupide pour penser que son frère pouvait encore comprendre qu’ils devaient faire les choses différemment, après les attentats, il sait qu’il ne peut pas faire cette erreur. Il ne sait même pas si Jeremiah est au courant que leur petit frère est gay, une chose que sa religion ne tolère pas, alors comment lui révéler qu’Aaron est un mutant ? Comment pourrait-il faire une chose pareille alors qu’il est persuadé, désormais, que ça ne l’empêchera pas de vouloir le tuer ? Pourtant, ça le démange. Juste pour voir les traits de Jeremiah s’effondrer, la flamme de sa conviction s’éteindre, ou tout du moins vaciller, dans son regard. Juste pour qu’il comprenne, pourquoi Lewis est contre lui, en ce qui concerne la manière dont ils doivent gérer les mutants.
Il ne le fera pas, bien évidemment. Il a bien l’intention de garder ce secret à jamais, à présent. Jeremiah ne doit pas savoir, pour Aaron. Quoi qu’il arrive, Jeremiah ne peut pas savoir.

Et s’il venait à l’apprendre ? Si, pour une raison quelconque, Jeremiah finit par savoir qu’Aaron est un mutant et décide de le tuer, alors que fera Lewis ? Qui choisira-t-il ? Le choix paraît évident : Aaron. C’est un gamin qui n’a jamais rien demandé, jamais rien fait de mal, son petit frère.
Mais Jeremiah est son jumeau. Ça ne signifie peut-être plus grand-chose pour son frère, il ne sait pas, mais pour Lewis, ça veut toujours dire beaucoup. Ça veut dire qu’ils se connaissent depuis toujours. Ça veut dire qu’il est de son sang, mais aussi qu’ils partagent plus que tout ce qu’ils ont pu partager avec Sarah et Aaron. Ça veut dire que le jour où Lewis se retrouvera à pointer son arme sur Jeremiah, il ne sait pas s’il pourra tirer ou non. Il devrait déjà l’avoir fait, pourtant. Il n’est certes plus dans l’armée, depuis cinq ans déjà, mais quand on se retrouve face à un terroriste, que l’on soit un militaire actif ou non, on lui tire une balle dans le crâne, sans se poser de questions. Car c’est ce qu’est son frère à présent, n’est-ce pas ? Un terroriste. Il a orchestré ces attentats pour terrifier la population et la pousser à haïr les mutants autant que lui. Et il a réussi. Il a brillamment, parfaitement réussi. Ils ont tous peur, là-bas dehors. Ils sont tous prêts à n’importe quoi pour empêcher que ça se reproduise.

Alors oui, Lewis lui demande comment il a pu faire une chose pareille, parce qu’il ne comprend pas. La voix qui le coupe claque durement, comme une gifle. « Mais arrête de dire ça, bordel ! » Et bêtement, oui bêtement, le Reagan espère que son frère craque enfin, qu’il se rend compte qu’il ne peut pas écouter Lewis l’accuser ainsi parce qu’il sait qu’il n’aurait jamais dû faire une chose pareille. Parce que la culpabilité l’étouffe. Alors il le fixe, le cœur battant la chamade, mais tout ce que Jeremiah fait, c’est renverser le tabouret sur lequel Lewis se trouve d’un coup de pied. Dans son état normal, il aurait su se stabiliser sans problème, il aurait même eu la vivacité de tacler son jumeau pour lui faire comprendre que dans ce domaine, c’est toujours lui qui a le dessus. Mais il a mal au crâne, l’alcool d’hier lui embrume toujours le cerveau, alors il s’écroule sur le sol de la cuisine avec un grognement sourd.
Il n’a même pas le temps de comprendre ce qu’il vient réellement de se passer que déjà, les mains de Jeremiah se posent sur ses épaules pour le maintenir au sol, tandis qu’il s’assied sans gêne sur sa cage thoracique, rendant sa respiration plus laborieuse. Ça fait un moment que son frère n’est plus un poids plume, même s’il est toujours plus maigrichon que lui. « Tu es perdu, tu ne peux pas envisager de corrompre ce que tu prends pour des valeurs saines, je peux le comprendre, je peux le comprendre mon frère. Tu ne peux pas accepter les sacrifices auxquels je consens, je peux le comprendre, Lewis. Mais ne dis pas que j'ai assassinés des innocents. Je t'en supplie, ne me dis pas ça. » Pourtant, c’est ce qu’il a fait. Les mains de Jeremiah enserrent son visage et il ne fait même pas mine de se débattre, il le laisse faire et se contente de soutenir son regard. « Je sais qui ils sont. J'en ai rencontrés, j'en connaissais, je ne les ai pas exécutés. Peux-tu à ton tour comprendre ça ? » Lewis soupire. « Bien sûr, bien sûr, » mime-t-il du même ton que Jeremiah a employé, un peu plus tôt.

Puis ses sourcils se froncent, il passe ses bras entre ceux de son frère et repousse violemment ses mains, avant de profiter de sa force supérieure à celle du pasteur pour retourner la situation. D’un coup de bassin, il renverse Jeremiah, puis vient se placer au-dessus de lui, ses genoux de chaque côté de son torse pour ne pas l’étouffer, mais il ne se prive pas pour plaquer brusquement ses épaules au sol, de ses deux pattes. « Non mais tu t’entends parler ? » s’exclame-t-il, furieux. « Tu as assassiné des innocents. Tu as ciblé un hôpital, où il y avait des femmes, des gosses, des mômes à peine nés, qui ont passé les premières heures de leur vie à suffoquer sous des décombres, par ta faute ! » crache-t-il et ses doigts s’enfoncent dans les épaules de Jeremiah, il serre aussi fort qu’il voudrait faire rentrer tout ça dans la tête de son frère. « Un centre commercial, où des familles venaient passer une après-midi pour se détendre et toi, tu les as plongés dans l’horreur ! Mais ce n’est pas assez ! Non, bien sûr que non ! Il y a aussi ces gosses, en sortie scolaire, qui se sont retrouvés mêlés aux attaques de Hell’s Kitchen ! Des putains de mômes ! » siffle-t-il et il ne peut s’empêcher de cogner Jeremiah contre le sol. « Quel est le châtiment, pour avoir fait bruler la maison de ton Dieu, Jer ? Pour avoir enfermé des personnes qui rendaient hommages et disaient adieu à un proche dans une église avant d’y mettre le feu ? Puisque le châtiment pour être un mutant est la mort, DIS-MOI, quel est celui que l’on réserve à ceux qui assassinent femmes et enfants ? » Il hurle, à présent. C’est plus fort que lui, il ne peut pas se contrôler, ni se calmer. Tant pis s’il fait mal à son frère, tant pis s’il lui démonte les eux épaules à force de les serrer et de le marteler contre le sol, il s’en fiche, il veut juste qu’il comprenne, putain, qu’il COMPRENNE que ce qu’il a fait est MAL.
« Ne me parle pas de sacrifices nécessaires ! » continue-t-il d’une voix rauque. Il gronde, il a l’air d’un animal enragé, mais il s’en fiche complètement. « J’étais au bar, Sarah était rentrée chez les parents et Aaron était chez un de ses amis, tu as choisi le moment idéal, pas vrai ? Tu as tout calculé, mmmh ? » Ses yeux se plissent et il approche son visage de celui de son jumeau, jusqu’à ce que leur nez se touche presque. « Et si Aaron était allé au centre commercial ? Si tu l’avais tué ? Lui aussi, il serait un sacrifice nécessaire ? » siffla-t-il avant d’écarter son visage. La colère disparaît et il a l’air dépité, à présent. Ses doigts libèrent les épaules de Jeremiah et ses bras retombent le long de son corps.

« Et si ça s’apprend ? » Il ne dit pas qu’il a songé à tout révéler aux autorités. Qu’Aaron et Sarah sont les seules raisons qui l’empêchent de faire une chose pareille. « Si l’implication des Watchers dans ces attentats est révélée, Jer ? » Il secoue la tête. « Toi et moi, on s’en fiche, mais eux, Sarah et Aaron, tu as pensé à eux ? » murmure-t-il d’une voix rauque. « Ils n’étaient peut-être pas là, mais qu’importe ! Ils seront accusés autant que les autres et tu sais très bien où ils finiront le restant de leurs jours. Tu veux gâcher leur vie à eux aussi ? Je pensais que toi, plus que quiconque, ne permettrait jamais que leur vie soit gâchée par la chasse, » souffle-t-il, la gorge nouée.  

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Comprends où est ta place. Un jour, c'est ce que m'avait dit William. Comprends où est ta place. Je ne me suis pas donné ce rôle, il s'est imposé à moi, il s'est retrouvé entre mes mains parce que je peux le porter. Je peux le supporter. Je ne suis pas le plus fort. Je ne suis pas le plus sensible. J ne suis pas le plus rapide. Mais je suis celui qui sera capable de porter ce rôle sur mes épaules sans l'abandonner. Je  pourrais craquer dans l'intimité de ma chambre, je pourrais craquer dans le secret de mes prières, je pourrais craquer à l'intérieur mais je n'abandonnerai pas. Moi vivant, je ne laisserai pas cette tâche.

Comprends où est ta place. C'est un conseil que je pourrais donner à Lewis mais il ne le prendrait pas comme tel, il penserait que je veux le brimer, que je veux lui faire sentir que c'est moi qui ai le pouvoir, c'est moi qui tiens les rênes. Mais Lewis a un rôle à jouer, comme chacun des Watchers. Sarah a aussi son rôle, Aaron, Aloysius, Lady Greywood pour laquelle j'ai une grande affection. Ils ont tous un rôle, ils en sont conscients, sauf toi Lewis.

Comprends où est ta place. Tout ceci n'est qu'une croisade. Même si j'ai déplacé les mutants comme des pions, même si j'ai détruit des lieux et des vies comme de vulgaires cartes déchirées sur un tapis de jeu, c'est une croisade. Parfois, je crois voir dans leurs yeux l'espoir que je transige, que je cède, que je recule. Mais je sais que je ne le ferai jamais. William sait qu'il est en dehors de tout cela, je ne l'impliquerai jamais dans cette entreprise parce qu'il a son rôle à lui, et il ne se joue pas avec les Watchers, au Woods. Si je dois mourir, je mourrai. Peut-être que ça me rend humain, ou ça me rend fou, ou ça me rend dangereux mais je pourrais mourir pour mener à bien notre grand projet. Jamais je n'avouerai quoique ce soit parce qu'il n'y a rien à avouer. Un jour, ils se rendront compte que nous les avons sauvés. Et ceux qui pleurent sur leurs morts lèveront les yeux vers les proches encore debout, et ceux qui pleurent leurs morts chanteront avec nous, et ceux qui pleuraient jadis leurs morts sécheront leurs joues à jamais.

Je pourrais prendre mon arme et l'enfoncer dans le crâne de Lewis en espérant lui faire rentrer tout ça dans la tête. Mais ce n'est pas sa faute... S'il avait s'agit de quelqu'un d'autre, je le tuerais probablement. Mais lui compte trop. Non, même si Adamska ne l'avait pas sauvé là-bas, Lewis ne serait pas mort parce que nous avons des projets pour lui, il est amené à apporter sa pierre à notre édifice. Qu'il le veuille ou pas. Mais il doit se remettre debout, je dois l'aider. Et il se rendra bien compte que je ne suis pas son ennemi. D'abord, il faut qu'il se reprenne en mains. J'imagine qu'il se sent aussi partiellement coupable des attaques de février, mais ce n'est pas le cas, je dois le lui dire. Parce que j'ai les épaules pour porter tout ça. Laisse-moi tes scrupules, et laisse-moi ton amertume et je les porterai et j'écraserai nos ennemis avec.

Et même si je déteste qu'il rabâche que je les ai assassinés, je résisterai en sa présence. Je resterai fort pour lui et contre lui. Il ne me verra pas faible. C'est terminé Lewis. Je suis désolé mais c'est terminé, je ne pleure plus au troisième coup. Je te remercie de m'avoir aidé tant de fois, je savais que je pouvais pleurer contre ton épaule, que tu pouvais tout entendre, que tu ne me jugerais pas. Mais je ne pleure plus au troisième coup... Peut-être que j'ai trop pleuré quand j'étais plus jeune, sans doute même. Mais nous savons tous les deux que le seul endroit où j'ai toujours été en sécurité c'était contre toi, Lewis. Alors maintenant que nous sommes face-à-face, je ne pleurerai pas. J'espère que tu n'auras pas à faire le deuil de ce jumeau faiblard pour qui tu étais un refuge. Enfin... j'imagine que tu as déjà entrepris ce travail ce deuil. Que reste-t-il en face de toi ?

Les yeux secs, je te demande simplement de ne pas dire ça. N'enfonce pas le couteau, cela ne fera que nous blesser tous les deux davantage. Je sens ta cage thoracique se lever difficilement sous mon poids, et je ne bouge pourtant pas. Je le regarde. Il a l'air... passablement crevé mais il a toujours les mêmes traits, il a toujours cette espièglerie dans le regard. Je te reconnais, même si tu te caches sous ton masque de remords et de fantômes, tu es là. Fais moi confiance, un peu. Je sais que j'agis pour le mieux, je n'ai pas été nourri de mensonges toutes ces années, je sais que j'ai raison. Fais-moi confiance. Il y a une peluche qui s'appelle Lapinou sur ma commode, je la regarde tous les matins en me réveillant. Elle a l'odeur de l'hôpital, elle a l'odeur des vêtements neufs, elle a l'odeur de l'eau bénite, elle a le parfum des sacrifices. Elle a des yeux boutons. Elle m'a demandé... On m'a demandé d'en prendre soin. Alors oui, je les ai regardé dans les yeux, je leur ai dit que tout irait pour le mieux et je les ai laissé avaler la pierre, la cendre mais Dieu les a désormais près de lui.

Mon visage se détend quand Lewis semble accepter ce que je lui dis mais il dégage soudain mes bra de son visage. Mes traits se crispent, je m'apprête à reprendre ma position mais il bascule sur le côté, me faisant tomber par la même occasion. Il se place au-dessus de moi et me plaque les épaules contre le sol. Ça y est, me voici à nouveau contrarié... « Allez, ne fais pas... » commencé-je à dire. Ne fais pas l'idiot mais il me braille dessus. « Non mais tu t’entends parler ? » J'essaie de me dégager, serre les dents mais reste calé sur le sol.

« Tu as assassiné des innocents. Tu as ciblé un hôpital, où il y avait des femmes, des gosses, des mômes à peine nés, qui ont passé les premières heures de leur vie à suffoquer sous des décombres, par ta faute ! » « Nés pour la douleur, nés pour souffrir, nés pour mourir, et morts pour la cause ! » Je me mets aussi à lui crier dessus, juste assez pour essayer de couvrir sa voix. Et alors ? Des premières heures de vie à suffoquer ? Est-ce qu'on ne dit pas que plus la souffrance est intense, et plus le chemin vers le paradis est facile ? Qu'est-ce que j'en ai à foutre de leurs poumons qui brûlent dans leurs corps à peine sorti de la douleur de la naissance ? Ils n'existent plus ! Est-ce que Jésus n'a pas souffert, lui ? Qu'est-ce que je dois faire pour qu'il comprenne le terme de sacrifice ? Je dois crucifier un mutant ? Est-ce que je dois en arriver là ? Je dois prendre des clous et les enfoncer dans les mains d'Ellen ? Je dois laisser la chair se craquer sous le fer ? Je dois laisser son poids agraver la blessure ? Je dois la laisser pendre comme ça avec une couronne d'épines et de ronces sur la tête ?  C'est assez clair comme message, ça ? Je dois crucifier tous les mutants ? Allons, je peux le faire ! Je saurais le faire sans le moindre doute ! Ils ne sont pas des hommes, pas des femmes, pas des enfants ! Ce sont des monstres, même pas des animaux ! Si je dois les crucifier, je le ferais ! Qu'importent leurs pleurs ! « Un centre commercial, où des familles venaient passer une après-midi pour se détendre et toi, tu les as plongés dans l’horreur ! Mais ce n’est pas assez ! Non, bien sûr que non ! Il y a aussi ces gosses, en sortie scolaire, qui se sont retrouvés mêlés aux attaques de Hell’s Kitchen ! Des putains de mômes ! » J'essaie de me défaire de son emprise une fois encore, je pourrais sentir les battements de son cœur contre moi, presque. À moins que ce soit les veines qui claquent contre ses tempes du fait de la colère. Quand il me cogne contre le sol, je ne fais qu'une moue de mécontentement, j'ai l'impression que ses doigts rentrent dans ma chair. Je m'étais préparé à cette colère mais je pensais lui foutre mon poing sur la gueule avant, quand même.

« Quel est le châtiment, pour avoir fait brûler la maison de ton Dieu, Jer ? Pour avoir enfermé des personnes qui rendaient hommages et disaient adieu à un proche dans une église avant d’y mettre le feu ? Puisque le châtiment pour être un mutant est la mort, DIS-MOI, quel est celui que l’on réserve à ceux qui assassinent femmes et enfants ? » Je ne peux m'empêcher de lâcher un rire nerveux. Qu'est-ce qu'il attend exactement ? Il croit quoi ? Que je fais appesantir en me décrivant les scènes d'horreur ? J'ai déjà vu du sang, j'ai déjà senti de la chair brûlée ! Si j'avais dû la fermer moi-même, je l'aurais fait ! Mes mains sont déjà entachées, mais pas sales ! Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Une douleur latente naît dans ma nuque, dans le haut de mon dos. Je veux lui gueuler que je n'en ai rien à foutre. Comprends ton putain de rôle Lewis, tu n'es pas un ange rédempteur ! Tu voulais empêcher le plan ? C'est ça que tu voulais ? Alors c'est ta faute, c'est ça que tu veux entendre ?

« Ne me parle pas de sacrifices nécessaires ! J’étais au bar, Sarah était rentrée chez les parents et Aaron était chez un de ses amis, tu as choisi le moment idéal, pas vrai ? Tu as tout calculé, mmmh ? Et si Aaron était allé au centre commercial ? Si tu l’avais tué ? Lui aussi, il serait un sacrifice nécessaire ? » Ce n'est pas possible. Quand il me relâche, tous les muscles de mon corps fait de même. Le personnage de DiCaprio a dû se dire qu'il ne pourrait pas lutter contre cet ours quand ce dernier a chargé, Lewis c'est l'Ours de The Revenant. Alors je reste immobile quelques instants, pour ne pas rallumer sa colère tout de suite. Je passe la langue sur mes lèvres, souffle un coup puis réponds posément : « Tu as raison sur un point, tout est prévu. Non, Aaron n'aurait pas été un sacrifice nécessaire. Tu es trop coincé, dans tes petits principes et ta petite vision à court terme. Vous êtes ma famille, abruti. Je vois bien que ça ne tourne pas rond là-haut – je mime le geste, dessinant de petits cercles avec mon index près de ma tête – mais ne te détruis pas à cause de ta navrante culpabilité. Comprends le rôle que tu as à jouer. Et ne te reproche rien... tu n'aurais pas pu l'empêcher. »

Ces derniers mots, je les pose contre lui pour essayer d'arrêter l'hémorragie. Je pourrais lui dire qu'il a échoué dans la mission qu'il s'est donné, mais je ne veux pas lui faire davantage mal. Une partie de moi le voudrait mais... non... Je le regarde toujours depuis le sol. Il me demande ce que nous ferons si ça s'apprend. Les Watchers, l'attentat, le banc des accusés pour ma petite sœur et mon petit frère. Et nous, forcément. Je ferme les yeux une seconde. Ma voix reprend un timbre normal. Nous allons sur un terrain que je connais. « Si ça s'apprend ? »

Je cale mes mains sur le sol et me fais glisser en arrière pour m'éloigner de mon frère, qui semble désormais résigné. Je me mets debout, masse mes épaules, ma nuque. « Si cela venait à se savoir, Aaron, Sarah et toi ne savez rien. Tout a été prévu alors sur le banc des accusés, il n'y aura qu'une seule personne et ce ne sera aucun de vous trois. Qu'est-ce que tu crois ? Vivant, en prison ou même mort, je gagne sur tous les tableaux. Tout est parfaitement orchestré Lewis, tout est prévu. Je peux continuer ce que je fais, je peux bien me faire tuer, je peux bien être arrêté, à chaque fois l'issue est positive. Tu n'as même pas idée des gens qui soutiennent les Watchers. Je ne crains rien d'autre que le châtiment divin. »

Je vais me poser dans l'un de ses fauteuils. Je fais craquer ma nuque et étends mes bras de chaque coté, prenant tout l'espace. Je souris, d'un sourire grand et malade dans sa direction. Quelle meilleure portée médiatique qu'un Pasteur qui a provoqué ces catastrophes à cause des mutants ? Quelle meilleure façon de communiquer à travers le monde ? Ça ne nous arrêtera pas, ça ne fera qu'étendre notre portée, porter notre voix plus loin encore. Un autre prendra ma place, et je pourrai toujours agir depuis la prison, si je vais vraiment en prison...

« Très émouvant ton discours sur les femmes et les enfants, tout ça. Vraiment. Mais qu'est-ce que tu attends de moi ? Parce que de toute évidence, tu ne le trouveras pas. » Je rabats mes bras sur mes genoux, caresse mes chapelets du bout des doigts. Sans relever les yeux vers Lewis, je lui dis d'un voix plus faible : « Je suis désolé que ça te touche autant mais je devais le faire Lewis. Je fais ça pour vous, même si ça te semble difficile à concevoir encore. Je trouverai peut-être d'autres solutions dans un avenir proche. Mais pour l'instant, ça s'imposait... Ce que je voulais dire, c'est que je ne t'impliquerai jamais. »
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when did we become strangers ?
sarah, jeremiah & lewis

En cet instant précis, Lewis déteste leur père. Il ne pensait pas que cela lui arriverait un jour et pourtant, il le hait de toutes ses forces. Oh ils n’ont jamais été proches. Non, malgré tout ce que Jeremiah peut penser, ils n’ont jamais vraiment été proches. Bien sûr, leur père ne cessait de clamer à qui voulait bien l’écouter que Lewis était sa plus grande fierté. C’est lui qu’il a formé à la chasse, à lui qu’il a tout enseigné, décidant qu’il était le meilleur de ses enfants. Il s’est toujours inquiété des résultats que Lewis ramenait à la maison, a suivi son parcours avec minutie. Il n’a pas loupé un seul de ses matchs de football, même s’il était très occupé. Pour des yeux extérieurs, leur père était un homme attentionné. Pour des yeux qui ne savaient pas vraiment voir, Lewis et son père partageaient un lien profond, presque sacré. Ce qu’ils ont toujours ignoré, ce qu’ils ignorent encore, c’est l’amertume qui a toujours serré la gorge du jeune homme, de voir qu’il bénéficiait de tout cela alors que Jeremiah n’avait rien. Parce qu’il n’avait aucun attrait pour la violence, parce qu’il aimait l’art, la littérature, parce qu’il était plus intelligent que sportif, son jumeau n’a pas semblé avoir la moindre valeur aux yeux de leur père. Ses notes étaient toujours excellentes, parfaites. Mais leur père ne s’en formalisait pas, c’était normal, attendu de lui. Après tout, il n’était pas fichu d’être aussi bon sportif et tireur que Lewis, il pouvait au moins avoir la décence de ramener un bon bulletin de notes.
S’il n’avait pas loupé un seul match de Lewis, il ne s’était pas privé pour être absent lors des moments les plus importants pour Jeremiah. Alors non, il n’a jamais été proche de son père, parce que lire la souffrance dans les yeux de son jumeau alors qu’il se faisait une fois encore rabaisser pour sa faiblesse a poussé l’ancien militaire à mépriser cet homme qui ne savait que causer de la peine à son frère. Mais en cet instant, Lewis le hait, de toutes ses forces. C’est viscéral. Parce qu’il ne peut s’empêcher que si leur père avait été là pour Jeremiah, s’il l’avait encouragé, aimé, au lieu de sans cesse le regarder comme s’il n’était qu’un moins que rien, alors son frère ne serait pas allé chercher la figure paternelle qui lui manquait tant dans un homme tel que William Stryker. Le Colonel. Ce que Lewis peut le mépriser. Lui et ses grands discours, son apparence propre, si propre. Tous le respectent et le prennent pour un bienfaiteur.

Mais le Reagan sait à quel point ses mains sont sales, en vérité. Mais que peut-il faire contre cela ? Stryker est bien trop malin, il ne laisse aucune trace. Lorsqu’il rend visite à Jeremiah, il est l’ami de la famille, le mentor, l’homme pieu qui vient se confesser auprès du bon Pasteur Reagan. Il n’y a aucune preuve de leurs véritables échanges. Lewis ne peut même pas prendre le risque de révéler au monde qu’il est l’homme qui tire les ficelles des Watchers, celui qui manipule son frère depuis des années et lui fait commettre toutes ces atrocités, en lui faisant croire qu’il n’y a que lui pour accomplir cette mission. En l’abreuvant de l’affection et de la fierté que leur père n’a jamais su lui donner. Comment peut-il blâmer Jeremiah, pour croire aveuglément le seul homme qui l’ait jamais encouragé ? Le seul qui lui ait donné le sentiment qu’il valait quelque chose ?
Alors oui, Lewis déteste leur père. Il voudrait sauter dans le premier avion pour Emmett et lui déballer toute la vérité. Lui révéler que parce qu’il n’a jamais été fichu de voir Jeremiah pour ce qu’il était vraiment, son fils est devenu un meurtrier. Mais il ne comprendrait pas. Non, il serait incapable de considérer ne serait-ce qu’une seconde que tout ceci est peut-être de sa faute. Il serait même capable de dire qu’il l’a toujours su, que Jeremiah était un raté.

Mais son frère n’a jamais été un raté. Jer n’a jamais échoué à mener à bien une tâche qu’il a décidé d’entreprendre. Lewis l’admirait tant. L’admire toujours, par certains aspects. Son jumeau s’en rend-il compte, au moins ? Lewis n’est peut-être pas stupide, mais il a toujours eu très peu d’intérêt pour l’école. Tout ce qu’il voulait à ce moment-là, c’était se tirer le plus loin possible de la demeure familiale. Alors quand il était en galère, quand il peinait à suivre et à conserver une moyenne suffisamment élevée pour continuer d’être le capitaine de l’équipe de football, c’était Jeremiah qui lui venait en aide. Parce qu’il comprenait toujours tout, sans la moindre difficulté. Parce qu’il savait lui expliquer et l’intéresser là où ses professeurs peinaient à retenir son attention plus de dix minutes. Quand il avait des doutes sur ce qu’ils faisaient, sur ce que les Reagan faisaient depuis des générations, il pouvait en parler avec Jeremiah et leur discussion était réelle, parce que son frère n’était pas encore aveuglé par ses croyances. Quand il se sentait mal, même s’il n’en parlait pas forcément, c’était vers Jeremiah qu’il allait. Son jumeau a toujours semblé plus sage et ses conseils ont toujours réussi à faire relativiser Lewis.
Jer n’a jamais été un raté, dans la famille, ce serait plutôt lui, qui correspondrait à ce qualificatif. Fils aîné d’une grande famille de politiciens, de gens influents, cultivés et éduqués, il n’a jamais mis un pied à l’université. A dix-huit ans, il a fait son sac et s’est tiré pour rejoindre l’armée. Ça a brisé le cœur de leur mère et leur père a enfin montré son véritable visage. Il n’était pas totalement contre l’idée, mais son fils aurait dû faire mieux. Il a passé plus de dix ans dans l’armée et s’il a été décoré, s’il est monté en grade, il ne s’est jamais approché de ce que ses parents avaient espéré pour lui.

Mais quand il a décidé de tout arrêter pour rentrer aux Etats-Unis, déménager à New-York avec Sarah et Aaron pour s’occuper d’eux et ouvrir un bar, ils n’ont vraiment pas compris. Sa mère a bien protesté, lui faisant comprendre avec toute la douceur et la subtilité dont elle était capable qu’il pouvait faire « mieux que ça ». Son père a tout simplement cessé d’appeler. Peut-être s’est-il rendu compte qu’il a parié sur le mauvais fils ? Aux yeux du gratin côtoyé par les Reagan, c’est Lewis le raté et Jeremiah l’incroyable succès. Et très franchement, il se fiche complètement de leur avis, il se fiche même de l’avis de leur père, parce qu’il ignore complètement pourquoi il est revenu. Pourquoi il a tout plaqué.
Mais Jeremiah ne s’en fiche pas, n’est-ce pas ? C’est bien ça, le problème. Son frère a beau agir comme si ça ne le touchait plus, comme s’il avait grandi, était devenu un homme et ne se préoccupait plus de l’avis de leur père. Mais Lewis voit la mâchoire de son jumeau qui se crispe, quand ils en parlent. Il voit ses yeux qui s’assombrissent et il peut presque sentir la peine qu’il éprouve. L’ignorance de leur père est une plaie profonde qui a gangréné le cœur de Jeremiah.

« Nés pour la douleur, nés pour souffrir, nés pour mourir, et morts pour la cause ! » hurle brusquement son frère et Lewis a presque envie de chialer, de l’entendre déblatérer de telles conneries. Il ne comprend pas. Il ne comprend pas qu’il est allé trop loin, cette fois-ci. Il ne comprend pas que si Dieu existe réellement, que si le Paradis et l’Enfer sont la fin, alors il vient de se condamner à un aller simple pour les limbes. Lewis n’est pas un homme pieux. Putain, il a été suffisamment témoin de la merde du monde pour se convaincre que Dieu est soit une terrible invention, soit le plus gros fils de pute de tous les fils de pute qui ont foulé cette terre. Mais il en a bouffé, des dimanches à l’église. Il en a bouffé, des sermons et des passages de la Bible. Dieu est tolérance, Dieu est amour et pardon. Sauf quand on est païen, pédé et mutant, visiblement. Et Jer croit en ces conneries ? Jeremiah, qui est si intelligent, qui comprend toujours tout plus vite que les autres, croit réellement à tout ça ?

« Tu as raison sur un point, tout est prévu. Non, Aaron n'aurait pas été un sacrifice nécessaire. Tu es trop coincé, dans tes petits principes et ta petite vision à court terme. Vous êtes ma famille, abruti. Je vois bien que ça ne tourne pas rond là-haut mais ne te détruis pas à cause de ta navrante culpabilité. Comprends le rôle que tu as à jouer. Et ne te reproche rien... tu n'aurais pas pu l'empêcher. » La gorge de Lewis se noue presque douloureusement. Sa famille, hein ? Même si Aaron est un mutant ? Seront-ils toujours sa famille, lorsqu’il apprendra que leur petit frère est capable de contrôler le feu, que Sarah et Lewis le savent et lui ont caché la vérité ? Seront-ils toujours sa famille, quand il saura qu’il est rentré pour garder un œil sur lui et l’empêcher de transformer Aaron et Sarah en monstres, et non parce qu’il trouvait le concept des Watchers super cool ? Le seront-ils toujours ? Et oui, il se sent coupable. Parce que ça fait des années qu’il croit que Jeremiah n’est pas aussi fou qu’il le paraît, des années qu’il s’aveugle et qu’il laisse faire. Tout ce sang entache ses mains, à lui aussi. Toutes ces morts sont autant sa responsabilité que celle de Jer, parce qu’il n’a rien fait pour l’en empêcher.
Il aurait dû dénoncer son frère le jour où il l’a vu plaquer le canon de son flingue contre la tempe d’un jeune mutant, lui laissant seulement le temps de pisser dans son froc et d’ouvrir la bouche pour le supplier de l’épargner avant de tirer. Mais il pensait encore qu’il pouvait ramener Jeremiah à la raison.

Il s’est trompé. Et des milliers de personnes sont mortes parce qu’il a fait le mauvais choix. S’il avait encore été à l’armée, il aurait fini en cours martial, pour ça. Mais la culpabilité, c’est encore pire.


« Si ça s'apprend ? » Jeremiah glisse plus loin pour échapper à son emprise et Lewis le regarde se relever. Ses épaules sont voutées et il a l’air dépité, tandis que son frère se masse les épaules et la nuque alors qu’il reste à genoux au sol. « Si cela venait à se savoir, Aaron, Sarah et toi ne savez rien. Tout a été prévu alors sur le banc des accusés, il n'y aura qu'une seule personne et ce ne sera aucun de vous trois. Qu'est-ce que tu crois ? Vivant, en prison ou même mort, je gagne sur tous les tableaux. Tout est parfaitement orchestré Lewis, tout est prévu. Je peux continuer ce que je fais, je peux bien me faire tuer, je peux bien être arrêté, à chaque fois l'issue est positive. Tu n'as même pas idée des gens qui soutiennent les Watchers. Je ne crains rien d'autre que le châtiment divin. » Oh si, il a une bonne idée des gens qui soutiennent les Watchers. Au début, ils n’étaient peut-être qu’un groupe sans la moindre importance, comme un ridicule gang tout bon à commettre quelques délits. Mais Lewis a vu les rangs de l’organisation s’agrandir, il a vu les moyens devenir illimités. Et Jeremiah a beau être intelligent, il ne peut pas avoir découvert tout seul un moyen de contrôler ces mutants pour qu’ils aillent faire ces attaques suicides. Non, l’aide vient d’ailleurs, de plus haut, bien plus haut. Et il y a plus que Stryker. Il ne sait pas qui ils sont exactement, mais Lewis a conscience que tout ceci le dépasse horriblement.
Il a envie de vomir. Et ce n’est pas à cause de tout l’alcool qu’il a ingéré la veille, il y a plus que cela. C’est l’idée que son frère soit un pantin et ne s’en rende même pas compte, qui lui donne la gerbe. C’est l’idée qu’il pense réellement tout ce qu’il dit. Qu’il semble avoir tout planifié, jusqu’à sa mort ou son emprisonnement, pour mener à bien sa mission. A-t-il conscience, ne serait-ce que seulement conscience, que Lewis n’a aucune envie de le voir mort, ni même derrière les barreaux ? Que malgré tout ce qu’il peut penser de son frère, actuellement, il est et sera toujours celui qui le connaît mieux que personne ? Celui qui a été là, depuis le tout début, celui qui était là, même lorsqu’il était à l’autre bout du monde ? Réalise-t-il que l’entendre parler de sa mort avec autant de calme, autant de détachement, donne envie de chialer comme un gosse à Lewis ?

Non, bien sûr, il ne s’en rend pas compte. Il ne veut pas voir ça. Ça ne compte plus, à ses yeux. Il n’y a que la cause. Désemparé, il le regarde s’asseoir sur un des fauteuils, confortablement. Son sourire lui colle la chair de poule et ses entrailles se nouent douloureusement. Il devrait peut-être se mettre à chialer maintenant, parce que de toute évidence, son frère est déjà parti. « Très émouvant ton discours sur les femmes et les enfants, tout ça. Vraiment. Mais qu'est-ce que tu attends de moi ? Parce que de toute évidence, tu ne le trouveras pas. » Non, en effet. Il ne trouvera pas ce qu’il cherche encore désespérément en Jeremiah. Ce train-là est parti depuis longtemps déjà, il est arrivé trop tard. Il aurait dû être là. Bon sang, il aurait dû être là. « Je suis désolé que ça te touche autant mais je devais le faire Lewis. Je fais ça pour vous, même si ça te semble difficile à concevoir encore. Je trouverai peut-être d'autres solutions dans un avenir proche. Mais pour l'instant, ça s'imposait... Ce que je voulais dire, c'est que je ne t'impliquerai jamais. » Lewis soupire et secoue la tête. Il se redresse en grimaçant un peu, à cause de la migraine qui lui vrille toujours le crâne, et retourne s’asseoir sur une des chaises hautes de la cuisine. Loin de Jeremiah. « Je suis déjà impliqué, » murmure-t-il d’un ton las. « Je suis impliqué depuis que j’ai quitté l’armée pour rejoindre les Watchers et garder un œil sur toi. » Comme je l’ai toujours fait, se retient-il d’ajouter. « Je sais que tu penses que ce que tu fais est juste, je sais que tu en es convaincu, que tu es persuadé de tous nous sauver, » poursuit-il d’une voix un peu trop rauque. Il lève un regard en direction de son frère. « Mais je n’ai pas besoin d’être sauvé. Sarah et Aaron n’ont pas besoin que tu les sauves. » Il secoue à nouveau la tête. « Je ne peux pas te laisser faire. Je ne te laisserai pas continuer à détruire des vies parce que tu penses faire la bonne chose. » Pendant un instant, il semble désespéré. Puis la détermination se lit dans son regard et il ne cille pas, quand il fixe son jumeau.
« Je vais détruire les Watchers, » annonce-t-il finalement. « Même si je dois m’occuper de Stryker et d’hommes encore plus hauts placés que lui, même si je dois tuer tous les politiques corrompus des Etats-Unis, je détruirai les Watchers. » Sa mâchoire se crispe mais ses doigts ne tremblent pas, lorsqu’il vient saisir sa tasse de café pour la terminer d’une traite. « Si tu veux m’en empêcher, c’est le moment ou jamais de me coller une balle dans la tête, Jer. » Il lui laisse le choix. Comme lui en a eu un à faire il y a bientôt cinq ans. 


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Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose;

Tout ce que tu cherches, tout ce que tu espères trouver en grattant les couches, ce ne sont que des chimères. Il n'y a rien dessous. Des mots, après les morts il ne reste plus que des mots. Parfois, les événements me paraissent n'avoir jamais existé. Parfois, je me réveille après un rêve agité. Je me demande où je suis, je me demande à quelle année je me trouve, je me demande avec qui je suis. Parfois, l'inconscient nous perd dans le temps et l'espace et le temps d'un instant, il nous rend à l'état d'âme en perdition. À l'aube de nos vies, nous avons pris des décisions, ce sont ces décisions qui ont fait de nous les hommes que nous sommes. Nous ne naissons pas mauvais, nous ne naissons pas pêcheurs. Nous naissons tous avec le regard bienveillant de Dieu sur nous, il croit en notre libre arbitre.

Notre première fleur. Notre vive couleur. Terminée. Terminée. Terminées et mortes toutes les deux. Je l'ai fait pour la première fois avant de m'engager dans les ordres. Je pensais que ma détermination serait plus grande que maintenant, je pensais que je serais plus fort. La sensation des mains contre un dos brûlant, la sensation des lèvres dans mon cou, la sensation d'un cœur dont le battement se rythme sur le mien. La sensation de vivre, de consumer et d'échanger de la vie, enfin. Ne pas penser à mes parents, Lewis, Sarah, Aaron, Stryker, les mutants. Juste ne plus penser à rien qu'à cet instant de maladresse, qu'à ces instants prisonniers d'une parenthèse de paix. L'Aube de nos vies. Quand tout peut basculer. Quand elle laissa tomber sa tête sur l'oreiller, quand elle m'a demandé « Viens avec moi, l'année prochaine. » Quand quelques mots peuvent tout faire basculer. Elle s'appelait Aviva. Ça signifie printemps. C'était ma première erreur. Notre première erreur. Viens avec moi, m'implorait-elle, mais je savais ce que je devais faire. Elle allait suivre ses études d'art, j'allais suivre la voie du Seigneur. Et j'allais la suivre sans me présenter dans toute ma virginité, parce que j'étais faible. Toujours trop faible. La question, je me l'étais posée mille fois et je savais que suivre cette voie ne serait voué qu'à l'échec, qu'au malheur. Intérieurement, j'attendais toujours de rentrer un jour chez moi comme un homme. Comme l'Homme face auquel mon père devrait courber l'échine. Ainsi que ma mère. Et Lewis. « Viens avec moi, l'année prochaine. » m'avait-elle demandé, après qu'on l'ait fait sur le lit de Lewis.

J'ai caressé son visage. Pas de morts, pas de sang, pas de haine, pas d'ordres, rien que son silence, et ses yeux. Elle ne voulait de mal à personne. Jamais je n'aurais pu lui en faire, j'étais différent. J'étais encore un enfant. Dans la théorie, je savais ce que je devais faire. Je l'avais déjà fait. Mais dans les faits, elle aurait pu se changer en libellule que je l'aurais laissée partir. « Viens avec moi, l'année prochaine. » Et si j'avais été avec elle ? Si j'étais monté dans un train à cet instant-là ? Que se serait-il passé dans cet univers alternatif, Lewis ? Si l'Aube, de ses pleurs, avait arrosé la vive couleur de notre amour ? Si j'avais décidé d'être lâche et faible, de laisser le monde à son triste sort ? Que se serait-il passé ? Nous n'en serions pas là maintenant. Lewis. Pardonne-moi. Pardonne ce que je vais faire.

La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d’odeur;
Mais battue, ou de pluie, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.

Mourir, ce n'est pas douloureux. Mourir, ce ne sera pas douloureux. Je te le promets. Si je t'emporte un jour avec moi, et si tu m'emportes avec toi, nous ne souffrirons plus aux cieux. Notre chemin parsemés d'épines et de mines est notre peine et les portes du Paradis s'ouvriront en grand devant nous. Tu verras Lewis, ce sera magnifique. Un jour, l'Amour se repose. Et tout se meurt.

Le temps est meurtrier Lewis. Tous ces vieillards sont morts, Lewis. Tous ces innocents allaient de toutes façons mourir, Lewis. Tous les enfants à naître sont déjà condamnés, Lewis. Tel que tu l'es. Tel que je le suis. Impliqué ? Lewis ! Lewis ! Je ne me donnerai la mort que si je venais à découvrir que je suis l'un d'entre eux. Dieu ne pourrait reprocher le suicide à une créature qui ne mérite pas de vivre sous son regard bienveillant. Et pourtant, j'ai imaginé des dizaines de façons d'en finir, des milliers de scénarios, j'ai imaginé les supplices des autres et les miens. Lewis, mes mains ont privé d'airs les poumons d'hommes, de femmes, d'adolescents qui n'avaient fait de mal à personne. Je suis prêt à mourir n'importe quand.

Une nouvelle femme dans ma vie fait que je ne veux pas mourir mais je suis maintenant en paix avec ça. Mon âme est soulagée, légère. « Je suis déjà impliqué, » Quand tout cela sera terminé, nous ramasserons le cadavre de notre fraternité, déchiquetée, et nous ferons le deuil de ce présent alternatif... C'est ma faute. J'aurais dû te préserver. J'aurais dû me comporter en Père avec toi, et pas en frère. J'ai cru que tu saurais être mon égal, m'accompagner dans cette mission mais j'aurais dû t'en écarter, t'y faire venir petit à petit, j'aurais dû te forger, te modeler. Tu es impliqué, alors quelle décision prendras-tu ? Normalement, nous ne serons jamais pris. On tue les hommes, on ne tue pas leurs messages. Et notre message est déjà dans toutes les têtes. Stark. T'Challa. De grandes voix qui vont le répéter après nous. Ils sont dangereux. Méfiez-vous. D'abord les recenser. Et après. Et après. Jusqu'à l'extermination de la maladie, si elle ne trouve pas de remède. Feuille à feuille déclose. Feuille à feuille, jusqu'à la mort. Languissante, notre fraternité. Heureusement, il reste Sarah et Aaron. Il reste encore ce pétale auquel nous pouvons nous accrocher mais pourront-ils te sauver ? Arriveront-ils à temps ? Je ne pense pas. « Je suis impliqué depuis que j’ai quitté l’armée pour rejoindre les Watchers et garder un œil sur toi. »

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendres tu reposes.

Ainsi nous y voilà. Il a donc quitté l'armée pour venir m'espionner. M'arracher mon petit frère que je voulais former et protéger, et ma petite sœur qui nous comprenait si bien. Garder un œil sur moi. Mais notre belle jeunesse s'est déjà fanée il y a des années. Notre belle faiblesse s'est déjà envolée. Notre liesse a été assassinée. C'est terminée. Garder un œil sur moi ? Pour qui et pour quoi ? La première fois qu'il t'a dit de le suivre en silence, tout a été joué, tout a été terminé. C'est à cela que j'ai pris la décision de me raccrocher. Je ne me dédouane pas. Je ne suis pas une victime. Je ne suis pas un fils mal-aimé, je ne me suis pas satisfait de ma place, de celle qui m'était réservée. J'ai pris mes décisions. Elles m'ont amenée chez toi, avec des armes dans mon sac, avec un point américain, avec des cicatrices, avec la rage au ventre.

Pourquoi faut-il que tu veuilles garder ce regard posé sur moi ? Je joins les mains devant moi, les frictionne doucement l'une contre l'autre. Je le regarde, navré. S'il me dit ça maintenant, c'est qu'il vient de renoncer, il est en train de nous dire adieu. Il lève le regard vers moi. Les yeux dans les yeux, c'est comme ça que nous nous comprenons vraiment. Je sens que nous approchons d'un point de non-retour, que des excuses n'effaceront pas. Je sens que tout se complique trop vite. Lewis n'est pas conscient des implications de ses aveux. Il ne peut pas en être conscient... il me signe son arrêt de mort. Il le signe en ce moment-même. Il sait qui je suis, frère ou pas frère. Anarchy. Les Watchers. Il sait ce que je représente, alors il signe son arrêt de mort.

« Je sais que tu penses que ce que tu fais est juste, je sais que tu en es convaincu, que tu es persuadé de tous nous sauver, » Que tu penses est de trop. Je ne pense pas, je ne fais pas erreur. Je le sais. Nous le savons. Juste, oui c'est juste. Je ne suis pas un assassin, je n'ai pas abrégé leurs vies éphémères pour le plaisir. Je suis aussi triste de ces morts mais nous ne sommes sur Terre que pour souffrir, pour être mis à l'épreuve. Eux aussi ont été mis à l'épreuve. Ou ils ont rejoint Dieu, ou ils ont été assez forts pour survivre. C'est aussi simple que ça. « Mais je n’ai pas besoin d’être sauvé. Sarah et Aaron n’ont pas besoin que tu les sauves. Je ne peux pas te laisser faire. Je ne te laisserai pas continuer à détruire des vies parce que tu penses faire la bonne chose. » Qu'est-ce que tu vas faire ? Je me mets debout. J'écarte les jambes, caresse mes chapelets. Une prière silencieuse. L'un de nous va probablement devoir mourir, c'est ce qu'il me dit. C'est ce qu'il dit. Arrête de dire ça à demi-mot. Dis-le clairement ! Tu ne me laisseras pas faire ? Tu n'as pas le choix, nous sommes trop puissants, nous sommes trop forts pour toi ! Alcoolique ! Soldat raté ! Sauveur raté ! Tu n'es qu'un raté, tu n'es qu'une merde ! Tu ne feras rien !

Échouer. C'est tout ce que tu sais faire échouer. « Tu n'as pas le choix Lewis. Tu as échoué. Tu n'es pas un soldat, tu n'es pas un Watcher, tu n'es même pas un fils ou un frère, tu n'es plus rien que le fantôme de ce que tu as été. Tu ne me laisseras pas faire ? Mais est-ce que tu crois que je dépends encore de toi, de ta protection ? Lewis, la seule chose que j'attends de toi, tu ne me la donnes pas. Face à face, c'est ainsi que nous sommes. Ouvre les yeux. Tu penses que ton avantage physique te permettra de venir à bout des Watchers ? Ce n'est que le début, nous n'avons fait qu'effleurer la surface et l'opinion est déjà en train de se retourner. Ils voient la réalité à travers nos yeux. À travers mes yeux. Tu as échoué. J'ai voulu te réconforter, te dire que leur mort n'est pas ta faute mais... ou tu es avec nous et tu ne pouvais rien empêcher, ou tu te considères contre nous et alors... Oui, tu n'as pas pu les sauver. »

« Je vais détruire les Watchers, même si je dois m’occuper de Stryker et d’hommes encore plus hauts placés que lui, même si je dois tuer tous les politiques corrompus des Etats-Unis, je détruirai les Watchers. » Je le contourne. Je respire doucement. J'avale ma salive. Tu ne tueras pas Stryker, il n'y est pour rien. Il n'a rien prémédité, il est un homme de bien, un homme de cœur. Stryker est l'homme qui me demandait chaque soir comment s'était passée ma journée, qui attendait que je lui réponde avec les détails intéressants, et ceux qui l'étaient moins. Nous avons passé des centaines d'heures près du lac à parler de tout, absolument de tout. Il s'est comporté comme un véritable père pour moi. À chaque question, il avait la réponse. Quand j'avais la faiblesse de vouloir venir te voir, tout te dire, pour que tu me sauves de ma folie, il m'ouvrait les yeux. Non je n'étais pas fou, j'étais déterminé. J'avais la foi, et vous non. Vous les Reagan, et votre précieuse réputation. Vous n'êtes pas des Chasseurs, à peine quelques justiciers sans collants, comme ces bouffons qui monopolisaient hier encore les médias et la sympathie générale. Mais maintenant que leurs destructions sont pointées du doigt, que va-t-il se passer ?

Ce n'est pas de la corruption. Ce sont des soldats de Dieu. Ils vont te sauver Lewis. Ne menace pas Stryker. Ne fais pas ça. « Ne menace pas William. » te dis-je entre mes dents. Arrête de te suicider, s'il te plaît. À chaque phrase, tu vas trop loin. Tu vas beaucoup trop loin. Surtout que tu ne l'approcheras même pas. Tu crois qu'il est vulnérable ? Il a affronté bien pire que toi, petit soldat. Tu crois que tu tueras tout le monde ? C'est moi qui t'empêcherai de détruire les Watchers. Alors arrête de menacer William. Cendres tu reposes. C'est donc ce que tu veux.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort, ton corps ne soit que roses.

C'est donc ce que tu veux. « Si tu veux m’en empêcher, c’est le moment ou jamais de me coller une balle dans la tête, Jer. » J'ouvre doucement mon sac. Mes gestes sont lents, je sais que tu ne vas pas m'en empêcher. Je prends le revolver. Je vérifie les balles. J'ai la main moite. Tu as terminé ton café. Je ferme les yeux.

« Je vis alors un grand trône blanc et celui qui y était assis. La terre et le ciel s'enfuirent loin de lui et l'on ne trouva plus de place pour eux. Je vis les morts, les grands et les petits, debout devant le trône. Des livres furent ouverts. Un autre livre fut aussi ouvert: le livre de vie. Les morts furent jugés conformément à leurs oeuvres, d'après ce qui était écrit dans ces livres. La mer rendit les morts qu'elle contenait, la mort et le séjour des morts rendirent aussi leurs morts, et chacun fut jugé conformément à sa manière d'agir. Puis la mort et le séjour des morts furent jetés dans l'étang de feu. L'étang de feu, c'est la seconde mort. Tous ceux qui ne furent pas trouvés inscrits dans le livre de vie furent jetés dans l'étang de feu. »

Je pose le canon de l'arme sur sa tête. « Mets-toi à genoux Lewis. Si tu veux détruire tout ce qui m'appartient, mets-toi à genoux. » Pourquoi j'étais sûr qu'il ne le ferait pas ? Je serre les dents. Je lui mets un coup de crosse dans la tempe, j'y mets toute ma force et surtout ma rancœur, ma colère, j'y mets mon amour pour Lewis, j'y mets ma déception, j'y mets ma résignation. Je frappe aussi fort que je peux. Et je mets un second coup et le pousse à nouveau de sa maudite chaise de bar. Quand je l'ai par terre, je mets l'arme sur sa tempe. Ma main tremble. Une larme de sang coule sur sa joue, depuis son arcade. Je respire doucement. Je cale bien mon doigt sur la détente. Arrête Lewis. Ne me mettez pas à l'épreuve. Je décale ma main de quelques centimètres et tire juste à côté de son oreille. La balle va se loger dans le sol. Je remets l'arme dans sa direction, j'imagine qu'il doit avoir l'oreille qui siffle, douloureusement. Je crie donc, pour être sûr qu'il entende : « Renonce Lewis, renonce ou je te tue ! »
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Elle ne fait que des conneries depuis qu'elle est arrivée ce matin. Son tuteur la regarde avec inquiétude. Il sait que quelque chose se trame. Sarah est sa meilleure élève, elle a toujours fini trois heures avant les autres, met toujours en place des systèmes complexes dont il n'aurait pas eu idée lui-même... Alors quand il la voit rater les soudures les plus simples, il sait que quelque chose ne va pas. Il la voit pester, s'énerver. Elle finit même par balancer son chiffon contre le mur, au bout de quelques minutes sur la soudure principale. Elle finit même la tête dans les mains, indifférente aux regards un peu étonnés que lui lancent les autres élèves. Oh, il y en a quelques-uns qui se réjouissent de la voir comme ça, pensent qu'ils ont un espoir de la rattraper. Mais la plupart de la classe est un peu déconcertée par le comportement étrange de la jeune Reagan, qui est normalement le moteur de la classe. « Sarah? » Il s'approche de son coin de l'atelier en restant à une distance certaine, connaissant assez bien son élève pour savoir de quel bois elle se chauffe. La jeune femme relève un visage fermé, et il peut voir ses muscles crispés, au niveau de la mâchoire. Elle ne répond rien, sait pourquoi il vient la déranger. « Je peux t'aider? » fait l'ingénieur, d'une voix qu'il veut sympathique, et pas accusatrice, comme on pourrait pourtant l'attendre de sa part. « Non, c'est bon, merci. » fait l'apprenti mécanicienne entre ses dents, avant de remettre son casque devant son visage, coupant court à tout espoir de conversation. Son tuteur reste là quelques secondes, un peu frustré de ne pas pouvoir savoir ce qui se trame, ou de pouvoir l'aider. Sarah est un électron libre, quelqu'un qu'on ne peut manipuler ou forcer à parler. Il le sait. Il finit par s'éloigner, et par aller surveiller le travail des autres élèves. Sarah, elle, a le cœur qui bat à cent à l'heure. Ce n'est pas son genre. Elle n'a pas ressenti ça depuis bien longtemps. Ça fait trembler ses mains, brouille sa vue, même. Elle pourra essayer autant qu'elle voudra, mais elle n'arrivera pas. Elle le sait. Elle ne peut pas. Ce n'est que quinze minutes plus tard qu'elle envoie valser son casque et les éléments sur lesquels elle est en train de travailler, balançant un « Fuck it. » qui fait relever de nouveau les yeux de ses camarades. Elle les ignore complètement en traversant l'atelier, et elle attrape son casque de moto sans demander son reste. Elle entend bien la voix de son tuteur qui essaie de la retenir, mais elle est déjà loin, à zipper la fermeture de son blouson, et à grimper sur sa moto. Elle s'engage sur la route à une vitesse déraisonnable, slalome entre les voitures et taxis arrêtés, grille même un feu rouge en arrivant sur Brooklyn. Mais tout ça n'a pas d'importance, non. Elle le ressent dans sa poitrine, dans ses os. Elle aurait du partir bien plus tôt. Elle a eu tort de sous-estimer Jeremiah. En lisant ses messages, elle a osé penser que peut-être, il se contenterait d'une discussion. Mais elle connaît son grand frère. Elle le connaît plus que quiconque, et plus les minutes ont passé, plus elle a réalisé son erreur de jugement. Comment Jeremiah pourrait-il montrer de la pitié envers Lewis après avoir orchestré de telles horreurs dans tout New-York ? Il ne s'arrête plus. Ils l'ont perdu, il est hors de contrôle. Et elle doit arriver avant qu'il fasse l'erreur qui le fera basculer à jamais.

Elle saute de sa moto et la laisse sur le trottoir, se fichant complètement qu'on la lui vole ou qu'on y touche. Elle court comme une dératée dans les escaliers de leur immeuble, avalant les marches quatre à quatre, incapable d'attendre l'ascenseur. Sur la fin, elle quitte même les marches pour littéralement escalader les rambardes, ayant l'impression que les escaliers la ralentissent plus qu'autre chose. Oh, Sarah voudrait avoir un reste d'espoir. Elle voudrait bien croire que Jeremiah est venu seulement pour parler, et qu'il acceptera le désaccord de Lewis. Elle aimerait bien ne pas sentir son corps entier se glacer à la simple idée qu'elle arrive peut-être trop tard. Elle aimerait bien ne pas avoir à imaginer ce qu'elle dira à Aaron si elle trouve Lewis sans vie chez eux. Elle aimerait bien ne pas déjà s'imaginer faire ses bagages et quitter le pays en compagnie de son petit frère. Elle aimerait bien avoir l'impression que son grand frère peut encore être sauvé. Mais Sarah est lucide. Elle est à deux étages de leur loft quand le coup de feu retentit. Son corps se fige, mais elle se reprend bien vite, et en un rien de temps, elle est devant la porte. Son cœur bat si vite qu'elle en devient sourde. Il retentit jusque dans ses tempes. « Renonce Lewis, renonce ou je te tue ! » La voix de Jeremiah est si forte qu'elle l'entend même dans le couloir. Derrière elle, elle entend les portes de quelques appartements un peu plus bas s'ouvrir. Lewis n'est pas mort. Elle n'hésite pas une seconde, et enfonce la porte. Elle a l'impression que le monde s'arrête quand elle voit Jeremiah, l'arme braquée sur la tête de son jumeaux. Elle se fige, et met une main devant elle, comme si ça allait arrêter son frère. « Jeremiah, don't. » fait-elle, d'une voix autoritaire, mais dans laquelle on peut percevoir une pointe de supplication. « Tu ne peux pas faire ça. » Dans son dos, elle a une arme. Elle colle à sa peau moite. Elle l'a gardé en cas de situation extrême. Mais elle n'est pas sûre qu'elle serait capable de s'en servir. Elle garde les mains devant elle. « Je sais ce qu'il a fait. Et il mérite d'être puni. Mais pas comme ça. » Elle fait un pas en avant. « Si tu fais ça, tu ne pourras jamais revenir en arrière, Jer. S'il est découvert que Lewis a été assassiné, il n'y a pas de bonne fin. Ils pourraient remonter aisément jusqu'à toi, et tout serait perdu. Tout ce que tu as construit. Ils pourraient remonter jusqu'à moi, ou Aaron. Pense à nous, Jer. »
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L’ultime épreuve, le jugement dernier. Si Jeremiah décide de le tuer, alors il est perdu. S’il est prêt à assassiner son propre frère pour cette cause ridicule, alors il n’y a plus aucun espoir. Calmement, il le regarde ouvrir son sac et en tirer l’arme qui s’y trouvait. Minutieusement, il vérifie si elle est bien chargée et Lewis a presque envie de sourire. Ces gestes qu’il faisait fébrilement et qui provoquaient la colère de leur père autrefois, il les maîtrise désormais à la perfection. Pas aussi bien que lui, mais il a appris, il s’est amélioré. Sa main ne tremble même pas, quand il se relève. L’ancien militaire le suit du regard, impassible.
« Je vis alors un grand trône blanc et celui qui y était assis. La terre et le ciel s'enfuirent loin de lui et l'on ne trouva plus de place pour eux. Je vis les morts, les grands et les petits, debout devant le trône. Des livres furent ouverts. Un autre livre fut aussi ouvert: le livre de vie. Les morts furent jugés conformément à leurs œuvres, d'après ce qui était écrit dans ces livres. La mer rendit les morts qu'elle contenait, la mort et le séjour des morts rendirent aussi leurs morts, et chacun fut jugé conformément à sa manière d'agir. Puis la mort et le séjour des morts furent jetés dans l'étang de feu. L'étang de feu, c'est la seconde mort. Tous ceux qui ne furent pas trouvés inscrits dans le livre de vie furent jetés dans l'étang de feu. » Lewis soutient son regard, les traits durs.
« Quant aux lâches, aux incrédules, aux pécheurs, aux abominables, aux meurtriers, à ceux qui vivent dans l'immoralité sexuelle, aux sorciers, aux idolâtres et à tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre. C'est la seconde mort, » murmure-t-il du bout des lèvres, par cœur. Oui, il a des restes. Et oui, que Jeremiah se sente visé par ces mots, qu’il semble avoir oubliés. « Mets-toi à genoux Lewis. Si tu veux détruire tout ce qui m'appartient, mets-toi à genoux. » C’est la pitié qui se lit dans son regard, à présent. Pense-t-il vraiment qu’il va se mettre à genoux ? Non, il n’y croyait pas vraiment, il peut le voir. Le coup de crosse l’atteint en pleine temps avant qu’il ait le temps de réagir.

Un grognement rauque lui échappe tandis qu’il voit trente-six chandelles et se retrouve aussitôt à terre. L’arme est de retour sur sa tempe quand il arrive à peu près à discerner les traits ravagés par la haine de Jer. Sa main tremble, à présent. Lewis ne le quitte pas des yeux, le met au défi. Fais-le, fais-le que je sache enfin, fais-le et nous saurons tous les deux. Son jumeau inspire et il s’apprête à lui attraper le poignet pour le retourner, mais Jeremiah recule sa main. Le cœur de Lewis manque un battement, l’espoir, ce traître, lui noue à nouveau la gorge.
Puis Jer tire, juste à côté de son oreille et le Reagan glapit de douleur. Un sifflement horrible lui vrille le tympan, sa tête lui fait affreusement mal et il porte une main à son oreille. « Renonce Lewis, renonce ou je te tue ! » le voit-il articuler plus qu’il ne l’entend. Il n’y a que le sifflement, omniprésent, qui le rend presque sourd à tout le reste. Un mouvement sur sa droite attire son attention. Il tourne la tête et voit Sarah, le bras tendu. « Jeremiah, don't. Tu ne peux pas faire ça. » L’angoisse s’empare de lui. Jeremiah est armé, fou, dangereux. Il ne veut pas que leur petite sœur se retrouve dans la même pièce que lui. Il est terrifié à l’idée qu’il puisse s’en prendre à elle aussi.  « Je sais ce qu'il a fait. Et il mérite d'être puni. Mais pas comme ça. » Oh Sarah, douce Sarah, si maligne, si intelligente, bien plus que lui. Bien plus qu’ils ne le seront jamais. « Si tu fais ça, tu ne pourras jamais revenir en arrière, Jer. S'il est découvert que Lewis a été assassiné, il n'y a pas de bonne fin. Ils pourraient remonter aisément jusqu'à toi, et tout serait perdu. Tout ce que tu as construit. Ils pourraient remonter jusqu'à moi, ou Aaron. Pense à nous, Jer. » Ecoute-là, Jeremiah. Ecoute-la, parce qu’elle a raison.

Lewis tourne la tête vers son jumeau, le trouve figé, l’air presque constipé. Déconcentré. Alors il en profite, attrape son bras d’une main, envoie voler l’arme à l’autre bout de la pièce de l’autre. Puis il se fait glisser loin de son frère, se redresse péniblement. Il voit toujours trouble et son oreille lui fait affreusement mal. Il ouvre et ferme la mâchoire, comme pour se débarrasser d’un bouchon qui l’empêcherait d’entendre, mais ce n’est pas ça. Il a suffisamment vu ce genre de choses arriver pour savoir qu’on ne se remet pas d’un truc pareil. Jeremiah vient de lui flinguer un tympan. « Je mérite d’être puni ? » s’exclame-t-il, trop fort, mais il ne s’en rend même pas compte. Joue le jeu, pour elle, joue le jeu. Il lance un regard noir à Sarah. « Ce que j’ai fait est plus condamnable que son geste ? » poursuit-il, tremblant de rage. Elle sait que ce n’est pas réellement dirigé contre elle, pas vrai ? Oui, elle le sait, intelligente Sarah. Il fait ça pour elle, se rappelle-t-il. Pour la protéger. Jeremiah peut savoir pour lui, il peut le haïr et vouloir le tuer.
Mais il ne faut surtout pas qu’il sache pour Sarah. Que c’est elle, qui lui a demandé de revenir parce que Jeremiah la terrifiait. Quoi qu’il arrive, Sarah et Aaron passent en premier. « Je pensais que toi—toi tu comprendrais ! » Il se recule d’un pas, secoue la tête. « Mais toi aussi, il t’a eue avec ses conneries ? » Il a l’air complètement désemparé.

Il l’est. Seulement pas pour les raisons que Jeremiah doit s’imaginer. Il l’est parce que son frère jumeau a vraiment voulu le tuer. Parce qu’il a franchi cette limite dont il ne reviendra jamais, peu importe ce qu’ils font.

Parce qu’il sait, à présent, qu’il devra tuer son propre frère.

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Nos regards se croisent, s'enfoncent l'un dans l'autre, s'écrasent. Je sens mon cœur battre fort, si fort dans ma poitrine que ses claquements m'empêchent de reprendre mes esprits. Il ne peut pas bafouer tout ce que nous avons construit simplement parce qu'il ne comprend pas... Je ne veux pas le tuer bien sur mais je veux qu'il renonce, je veux qu'il se mette à genoux, je veux qu'il demande pardon, je veux qu'il accepte notre victoire. Je n'ai pas consenti tant de sacrifices pour qu'il vienne tout foutre en l'air. Que faut-il pour qu'il accepte ? Est-ce que ce sont nos parents que j'aurais dû poignarder sur l'autel des erreurs passées ? Ces chasseurs modérés, ces incapables, ces lâches ! J'entrouvre la bouche, essaie de reprendre un peu d'oxygène, parce qu'il commence à cruellement me manquer. Je commence à sentir mes tempes battre, je commence à sentir mes mains moites. Je n'y arriverai pas, je ne pourrai pas...

« Quant aux lâches, aux incrédules, aux pécheurs, aux abominables, aux meurtriers, à ceux qui vivent dans l'immoralité sexuelle, aux sorciers, aux idolâtres et à tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre. C'est la seconde mort, » Je me fige. Il vient de retourner l'arme contre moi. Mais qu'entend-il par là ? De quoi pourrais-je bien être coupable ? Pourquoi faut-il que tu sois vivant Lewis ? Pourquoi faut-il que tu puisses me regarder, droit dans l'âme, à cet instant précis ? Il me juge, je le vois dans ses yeux, il est en train de me juger. Mais qui est-il pour faire ça ? Mon visage oscille entre l'horreur et le dégoût. Tous ces mutants auraient pu tuer des innocents. Il suffit de se voiler la face. Il suffit de croire que nous combattons une simple poignée de terroristes comme Magnéto. Il suffit de croire que le monde saura se protéger de lui-même des créatures qui l'envahissent. Les héros ne seront pas toujours là alors que ferons-nous quand Alcatraz se produira à nouveau, mais quand ils s'allieront, plus nombreux, plus dangereux ? Je me mords la lèvre à la faire saigner. Le sablier se vide à nos pieds. Il est temps pour moi de prendre une décision, il est temps pour moi d'abattre le traître maintenant ou de lui accorder qu'étant humain, il aura la vie sauve. Il est temps pour moi de prendre cette décision qui m'empêche de respirer. Quand les coups arrivaient, c'est ton visage que je voyais, quand tu les faisais dégager. Quand mes mots ne faisaient pas le poids contre cette masse informe qu'est « les autres », tu étais là. Tu as toujours été là pour moi. Ne vois-tu pas quelle cruelle ironie est en train de se jouer de nous ?

Puisqu'il refuse de se mettre à genoux, je le fais moi-même. Affronte ta peine avec dignité, rampe devant le tout-Puissant pour lui demander pardon. Et j'en ferai de même quand tu l'auras rejoint. Je te promets de ne pas te faire souffrir Lewis. Je te promets que tu ne te rendras compte de rien. Je sens mon menton qui se met à trembler. Non, je serai fort. Pour William. Pour Sarah. Pour Aaron. Pour Primrosae. Pour les Watchers. Pour tous les autres. Et pour toi, Lewis, même si ça doit te tuer... Il me fixe. Ce ne sera pas facile. Pardonne-moi Lewis. Je tire à côté, lui explose un tympan et lui donne une chance. Une dernière chance.

« Renonce Lewis, renonce ou je te tue ! » Il se tient l'oreille. C'est un moindre mal, crois-moi. Mon doigt se serre sur la détente. Je n'ai que quelques instants pour faire un choix. Je peux choisir de faire gicler la matière grise de Lewis sur le mur du loft et perdre tout ce qui me reste d'âme, ou je peux le laisser en vie, suffisamment faible le temps que je mette en place un stratagème pour le canaliser. Agnus Dei, agneau de Dieu. L'animal sur l'autel du sacrifice. Peut-être ta place est-elle là, Lewis. Je suis désolé, je suis sincèrement désolé.

De mutilation. En soustraction. Agnus dei. Te voir en chair. J'en perds la tête.

Agnus Dei. Je revois nos sourires complices échangés. Je revis cette époque où nous n'avions pas besoin des mots pour nous comprendre. Tu n'étais pas parti à l'armée. Je n'étais pas entré dans les ordres. Il n'y avait aucune pression paternelle entre nous, il n'y avait aucun chemin de tracé. J'aurais pu mêler mes doigts à la peinture, j'aurais pu vivre dans l'abstrait et la fantaisie, tu aurais pu fonder une famille et vivre loin des horreurs et des corps déchirés. La douleur de ton oreille ne va pas durer. J'arrive difficilement à esquisser un sourire parce qu'à cet instant, je te regarde. Et je te vois. Je vois Lewis qui sourit quand nous revenons des cours. Je vois Lewis qui passe devant ma chambre, me lance une remarque anodine pour que nous entamions une conversation qui se finira tard dans la nuit. Je te vois tel que j'aurais toujours voulu te voir. Mon cœur se serre. Je t'aime Lewis. On dit que lorsque la fin approche, on revoit le fil de sa vie. À cet instant, je marche tel un funambule sur le fil de ta propre existence Lewis. Mince, ce fil est si mince qu'il pourrait se briser à tout instant. Pardonne-moi, si tu en es capable, une dernière fois. Pardonne-moi Lewis. Je vais appuyer. C'est ce que tu veux pas vrai ? Je serai arrêté pour meurtre. Les Watchers pourront me survivre. Pardonne-moi... Tu ne souffriras pas, je te le promets...

Je baisse le visage. Je suis lâche, je fuis son regard. Je ne veux pas tuer mon frère. Un traître, oui. Un homme, je peux y consentir peut-être. Pas Lewis. Je suis lâche. Je suis faible. Les larmes brûlantes carbonisent mon regard sans oser toutefois quitter mes yeux. Je n'y vois plus clair, aveuglé par la colère, aveuglé par la rage. Le monstre pousse son long cri, au creux de mes entrailles. Je ne sens plus mes doigts. Je n'entends plus que les battements de mon cœur qui me fait mal. Je suis aveugle. Je suis aveuglé. Je dessers mon étreinte sur l'arme. Les jointures de mes doigts sont blanches de l'avoir serrée si fort. « Je... suis... désolé... » peine-je à articuler, me retenant pour ne pas craquer, pour ne pas pleurer, pour ne pas tomber à genoux, pour ne pas caler mon visage contre son épaule.

De mutilation. En convulsion. Te voir ici. Quelle hérésie. Les bras m'en tombent

La porte s'ouvre à la va-vite. « Jeremiah, don't. Tu ne peux pas faire ça. » Mon cœur rate un battement. Je frotte mon visage du revers de mon bras libre et repose mon attention sur Lewis. Mon regard oscille furieusement entre Lewis et... elle... Sarah. Ma petite Sarah qui me découvre tel que je suis devenu. Elle a toujours été fidèle, elle a toujours été loyale. Je balance la tête en arrière, me redresse. Si, tu vois. Je peux le faire. Mon regard suppliant se pose sur elle, et je ne sais même pas ce que je voudrais qu'elle fasse. Tue-moi peut-être. Achève cette mascarade. Finis le tableau. Je cale ma main libre contre mon front. Il n'aurait fallu que cinq secondes... cinq secondes de plus et tout était terminé... Mais pourquoi est-elle arrivée ? Qu'est-ce que je dois faire ? Simplement lui faire exploser le second tympan ? À moins que je ne l'abatte devant Sarah. Ce n'est pas grave Sarah... tu verras... On surmonte tout, tu y perdras ton âme. Tu vas pleurer. Peut-être même auras-tu le sang de Lewis en bouche une seconde, mais tu verras... tout ira bien... « Tu ne peux pas faire ça. » Je ne peux pas. Pourtant il le faut. Je dois le faire. Je serre les dents, je suis incapable de prononcer le moindre mot, ou je vais exploser. Ou je vais m'effondrer, je ne sais pas ce qu'il reste de moi. Je ne peux pas lui répondre. Juste regarder vers elle avec ce regard tordu par la peine, tordu par la colère. Toute ma vie. Tout ce que j'ai construit. Et même Stryker. Il veut tout anéantir, il veut nous briser. Il veut me briser. Mon propre frère. Ne comprends-tu pas qu'on ne peut plus le sauver ? Sauf si...

« Je sais ce qu'il a fait. Et il mérite d'être puni. Mais pas comme ça. » Elle s'approche de moi. Je garde l'arme braquée sur Lewis, les doigts serrant et desserrant leur étreinte. Je tends mon bras libre vers Sarah quand elle s'approche. Je ne veux pas qu'elle soit si proche. Je ne peux pas lui parler, je ne peux pas lui dire. Mais je ne veux pas qu'elle soit si proche de nous. Je ne veux pas qu'elle soit éclaboussée par cette scène qui arrivera. Ce sera bref. Ce sera indolore. Ce sera violent. Reste où tu es, par pitié. Je secoue la tête à la négative. Mes lèvres se desserrent mais je ne peux qu'émettre un chuchotis que Sarah ne peut pas entendre « Je ne peux... ». Je me tais. Je regarde à nouveau Lewis. Tu vois, ce qui arrive, à cause de toi ? « Si tu fais ça, tu ne pourras jamais revenir en arrière, Jer. S'il est découvert que Lewis a été assassiné, il n'y a pas de bonne fin. Ils pourraient remonter aisément jusqu'à toi, et tout serait perdu. Tout ce que tu as construit. Ils pourraient remonter jusqu'à moi, ou Aaron. Pense à nous, Jer. » Tout ce que nous avons construit... Je secoue la tête. Non, ils ne pourront pas. Ils ne remonteront à rien du tout, ce ne sera qu'une histoire de famille qui a mal fini. Aaron... Aaron ne veut plus me voir ! À cause de lui une fois encore ! Je l'ai éduqué ! Je l'ai rendu plus fort ! La peinture ou les dessins, à quoi ça lui aurait servi ? Est-ce que moi je peins encore ? Pas du tout ? Est-ce que je cite Dostoievski pour essayer de sauver notre espèce ? Qu'est-ce que ça m'aurait amené ? William me disait que la poésie n'aide pas à gagner une guerre, je le sais maintenant. Aaron le sait aussi ! Tout ne s'effondrera pas... sauf si je laisse Lewis libre de tout briser...

De mutilation. En génuflexion. Excommunié. J'ai les pieds et les poings liés.

Puis Lewis saisit mon bras, éloigne l'arme qui tombe plus loin. Je reste interdit, le bras tendu, la main ouverte, comme si je l'avais toujours là. Je regarde ma main ouverte avec stupeur, ayant même du mal à croire qu'elle était encore là il y a quelques secondes, fumante, prête à appliquer la sentence. Je lève les yeux vers Sarah. J'ai les mains vides. J'ai les mains vides devant elle. Je tends à nouveau le bras dans sa direction, lui intimant de ne pas approcher. Nos doigts se touchent. Mon auriculaire s'enroule autour du sien, comme pour sceller une promesse enfantine... Laquelle ? Je me tourne vers Lewis quand il prononce ces mots : « Je mérite d’être puni ? » Il ne parle pas. Il crie. Il crie sans s'entendre, sans doute. Je n'arrive pas à compatir pour sa douleur présente. Il n'a rien subi. Il n'a rien aperçu du verdict que je venais de rendre. « Ce que j’ai fait est plus condamnable que son geste ? »

Je me redresse, prends la main de Sarah dans la mienne. La chaleur de ses doigts contre les miens me fait du bien, me ramène à la réalité. Je lui tourne le dos, naïvement. Bêtement. Je ne devrais plus faire confiance à personne. Mais Sarah est là depuis le début, elle comprend. Elle est tempérée, elle ne baise pas avec les mutants pyromanes. Je serre ses doigts, me raccroche une seconde à ce contact. Je sens la tension s'accumuler dans mon corps, sans réussir à m'en libérer. « Je pensais que toi—toi tu comprendrais ! Mais toi aussi, il t’a eue avec ses conneries ? » Il a reculé d'un pas. Je regarde à côté de moi et finalement, attrape simplement une bouteille vide. Je la saisis par le goulot et la fais exploser sur le plan de travail. L'eau se répand sur le sol, les éclats de verre s'écrasent à mes pieds. Gardant la main de Sarah dans la mienne, je tends le tesson vers Lewis en lui hurlant : « Tu vas la fermer ta gueule ? Mais comment tu peux être aussi aveugle, Lewis ? Ferme-la maintenant ! Ferme. Ta. Grande. Gueule ! Tu ne... »

Je jette le tesson sur le côté puis me sens à bout de nerfs. Je lance un regard vers Sarah puis me tourne à nouveau vers Lewis : « Tu ne... »  Un ricanement nerveux m'échappe. Je me mets à rire, essayant de me contenir d'une main maladroite devant ma bouche. Mon visage se déchire entre ce rire nerveux incontrôlable et une larme qui vient dévaler ma joue : « Tu ne peux rien contre nous... C'est trop tard... » Mes genoux cèdent sous mon poids. J'étouffe mon rire entre mes mains et répète simplement cette phrase : « C'est trop tard, mon frère. Trop tard... trop tard... »
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Sarah voit sur le visage de son frère que les mots qu'elle vient de prononcer font leur chemin. Jeremiah est comme figé, il la regarde. Lewis ne perd pas une seconde et le désarme, envoyant l'arme à l'autre bout de la pièce. « Je mérite d’être puni ? » lance Lewis, en colère, face à son jumeau. Sarah sait qu'il ne fait rien d'autre que s'insérer dans la faille qu'elle a créé, faisant mine de s'effarer devant les paroles de sa sœur. Mais elle ne peut s'empêcher d'avoir un mouvement de recul devant la force de sa voix. Jeremiah attrape l'un de ses doigts, comme pour se raccrocher à elle. Lewis lui lance un regard noir, et elle reste impassible. « Ce que j’ai fait est plus condamnable que son geste ? » s'exclame le militaire, offusqué. Sarah a du mal à respirer, tant l'ambiance est lourde. Elle respire bien sûr plus que quand Jeremiah avait l'arme braquée sur le crâne de Lewis, mais quand même. Elle ne supporte pas de voir sa famille se déchirer. « Je pensais que toi—toi tu comprendrais ! » Sarah ne bouge pas, reste froide, ne libère aucune expression. Elle sent la main de Jeremiah se glisser dans la sienne. « Mais toi aussi, il t’a eue avec ses conneries ? » La jeune femme fait un pas de plus en direction de Jeremiah, comme pour réaffirmer un soutien factice à ce frère devenu fou. Leurs doigts sont toujours accrochés. Elle a encore du mal à croire que son frère était prêt à tuer Lewis, qu'il puisse en être arrivé à cette extrémité. Et pourtant, elle sait bien qu'elle n'a pas rêvé, elle sait bien que tout ça est bien réel et que malheureusement, c'est de tout ça que leur vie sera faite désormais.

Jeremiah attrape une bouteille de verre et l'éclate sur le plan de travail. Sarah sursaute légèrement, très légèrement. L'eau se répand par terre, s'inflitrant dans le sol qu'elle a posé avec Lewis et Aaron, quand ils essayaient encore de construire une nouvelle vie, quand ils pensaient encore qu'ils pourraient échapper à la folie de Jeremiah. « Tu vas la fermer ta gueule ? Mais comment tu peux être aussi aveugle, Lewis ? Ferme-la maintenant ! Ferme. Ta. Grande. Gueule ! Tu ne... » Jeremiah lance le tesson de la bouteille, et Sarah raffermit sa prise sur sa main. Il lui lance un regard, cherchant sûrement du soutien dans leur contact, dans ses yeux. Elle le regarde avec un air déterminé. Sarah a toujours été une bonne actrice, quand il le fallait, et ce n'est pas aujourd'hui qu'elle va flancher, alors que la survie de sa famille est en jeu, alors que sa propre vie est en jeu, même. « Tu ne... » Le pasteur commence à laisser échapper un rire nerveux, et quand Sarah le regarde de nouveau, elle ne peut rester indifférente à ce visage étrange. Il y a une larme sur sa joue, et plus que jamais, elle a l'impression d'être face à quelqu'un qui a perdu la raison. Qui a tout perdu, en fait, même s'il ne s'en rend peut-être pas encore compte. Son frère lui fait peur, plus que jamais, et c'est quelque chose qui la rend folle. Elle aurait du savoir, elle aurait du faire quelque chose. Elle qui depuis toujours cherche à les réunir, cherche à les sauver des mauvais chemins. Elle aurait du voir très vite que son frère se radicalisait, et faire quelque chose pour empêcher les choses de tourner si mal. Elle s'en veut, se sent presque responsable de la situation actuelle. Les femmes sont le cœur du pouvoir, chez les Reagans, et ce depuis la nuit des temps. Elle sont les tacticiennes, les médiatrices, et parfois même les chasseurs les plus talentueux. Nous protégeons ceux qui ne peuvent pas se protéger. Bien sûr, que leur code n'est pas que destiné aux mutants et à leurs méfaits. Elle était supposée les protéger eux aussi, ses frères, et elle a échoué.

« Tu ne peux rien contre nous... C'est trop tard... » Dans sa main, elle sent Jeremiah bouger, et remarque qu'il faiblit, qu'il se laisse tomber à terre. « C'est trop tard, mon frère. Trop tard... trop tard... » répète le pasteur, comme une sentence irrévocable à laquelle Lewis ne peut plus rien. Sarah sait que c'est trop tard, elle aussi. Qu'il est trop tard pour que tout ça finisse bien. Elle sait que désormais, elle ne pourra pas les sauver tous les deux. Quoi qu'il arrive, elle perdra un frère dans cette bataille insensée. Et ça la détruit déjà. « Il a raison, Lewis. » fait-elle d'une voix blanche en direction de son frère aîné. « Tu dois arrêter de te battre, désormais. Il n'y a plus de retour en arrière. Après ce que tu as fait, il n'y a plus de retour en arrière. » Elle met une main sur l'épaule de Jeremiah mais fait tout de même un pas dans la direction de Lewis. « Au nom de notre famille et de ton amour pour nous, tu dois arrêter, et te rendre. » Le regard qu'elle lance à Lewis est plein de sens. Elle espère que son frère sait qu'elle ne pense pas un mot de ce qu'elle dit. Tout ça est un plan qui n'a pas été répété, mais qui doit marcher, leur vie en dépend. « Fais-le pour moi. C'est la seule issue pour toi. »
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WHEN DID WE BECOME STRANGERS ?
sarah, jeremiah & lewis

Lewis dit adieu à l’idée qu’il se faisait d’une famille. Il dit adieu aux sourires de Jeremiah et aux rires qu’ils ont pu échanger, autrefois. Oh ça fait bien longtemps qu’ils n’ont plus ri ensemble sincèrement. Mais il se fait à présent à l’idée que ça n’arrivera plus jamais. Il oublie complètement l’idée que Jeremiah puisse un jour accepter Aaron tel qu’il est. Il accepte qu’ils ne seront jamais cette famille unie qui a ses problèmes mais les gère ensemble. Il tire un trait sur les belles photos de remises de diplômes, de mariages, de leurs visites chez leurs parents pour des déjeuners dans le jardin, Thanksgiving, Noël, les anniversaires.

Ils ne sont plus cette famille-là.

L’ont-ils jamais été ? Avant la naissance d’Aaron, peut-être. Quand eux-mêmes n’étaient encore que des gamins, quand Jeremiah n’avait pas encore commencé à lui en vouloir, à le mépriser secrètement pour être celui que leur père préférait. Aaron n’aura jamais vraiment connu ça, pas vrai ? Les fous rires qu’ils ont pu avoir, quand Sarah devait prétendre être une demoiselle gracieuse et parfaitement bien élevée, alors qu’elle ne rêvait que d’être à la table de ses frères qui ne se privaient pas pour s’amuser bien plus qu’elle, entourée d’autres gamines prétendument parfaites. Il n’a pas connu Jeremiah et Lewis, quand ils étaient inséparables, capables de finir la phrase de l’autre, de s’entendre sur un mauvais coup à faire sans même avoir à se dire quoi que ce soit. Il ne les a pas vus, quand Lewis aurait pu se dresser contre n’importe quoi, n’importe qui pour défendre son jumeau.

Il ne les verra jamais ainsi.

Peut-être a-t-il connu Sarah, quand une ombre n’habitait pas encore son regard. Lewis ne sait pas, il était loin alors, toujours absent. Et puis, il ne se souvient pas tellement de la dernière fois qu’il a vu Sarah libérée du poids qui pèse désormais sur ses épaules. C’est triste ça, non ? Il ne s’en souvient pas. Elle devrait se concentrer sur ses études, se faire des amis, se trouver un gars chouette qui la traitera bien, ne surtout pas avoir à s’en faire pour ses idiots de frère, pas plus que n’importe qui. Mais elle n’a pas le temps pour tout ça, elle n’en a plus le temps. C’est encore une gamine et elle se retrouve à lutter pour que ce qu’il reste de leur famille ne vole pas en éclat.

Douce Sarah, c’est trop tard. Mais elle le sait, non ? Elle le sent elle aussi, que c’est trop tard.

Elle doit probablement se dire la même chose que lui. Qu’ils ont tout perdu. Pense-t-elle encore que Jeremiah peut être sauvé ? Lewis espère que non, elle est lucide, intelligente, plus que lui, plus qu’eux. Elle l’a forcément compris. Lewis ne veut pas qu’elle espère encore, parce qu’elle ne sera que déçue. Ils ne retrouveront jamais le Jer qu’ils ont connu, celui qui n’était pas devenu un monstre, celui qui n’était pas animé par la haine.

A-t-il le droit de le détester, vraiment ? Alors qu’il est parti, alors qu’il l’a laissé quand Jeremiah avait le plus besoin de lui. N’a-t-il pas perdu le droit d’en vouloir à son jumeau ? Il ne peut que se blâmer lui.

Et pourtant alors qu’il se tient là, l’oreille encore sifflante, douloureuse, Lewis n’éprouve que de la colère, du dégoût. Il est suffisamment lucide pour savoir qu’il ne récupérera jamais sa famille, pas plus qu’il ne retrouvera l’ouïe que Jeremiah vient de lui arracher. Et il se sent mutilé. Mutilé par son propre frère, son jumeau qu’il a toujours juré de protéger, cet être qu’il connait depuis toujours et en qui il avait confiance.

Il perçoit à peine le bruit de verre brisé, mais voit nettement Jeremiah, la main de Sarah fermement serrée dans la sienne, tandis qu’il pointe vers lui le tesson de bouteille. Il sait que c’est faux, mais cette vision lui fait mal. Elle lui fait un mal de chien. Comme si c’était lui, le malade duquel il faut protéger Sarah. Comme si elle était réellement convaincue qu’il est l’ennemi. Il sait qu’elle ne le pense pas, qu’elle fait tout pour le protéger lui, justement. Et Lewis s’en veut à nouveau, car ce n’est pas à elle de faire cela. C’est lui le grand frère. Lui et Jeremiah, ils sont les aînés, ils devraient montrer l’exemple, protéger leur famille. Pourtant, c’est eux qui se déchirent et c’est Sarah et Aaron qui vont devoir réparer les pots cassés.

S’il reste quoi que ce soit à réparer après cela, Lewis en doute.

« Tu vas la fermer ta gueule ? Mais comment tu peux être aussi aveugle, Lewis ? Ferme-la maintenant ! Ferme. Ta. Grande. Gueule ! Tu ne... » Il n’est pas aveugle, il est de loin le plus lucide. Mais cela, Jeremiah ne le voit pas, il ne s’en rende pas compte. Il n’y a plus que sa misérable croisade qui compte. Tant pis s’il les détruit tous sur son passage, pas vrai ? « Tu ne... » Il rit, comme seul un fou peut le faire dans une telle situation.

Nous voir se déchirer t’amuse ? Détruire tout ce que j’ai essayé de faire pour te protéger, pour les protéger te fait rire ?

« Tu ne peux rien contre nous... C'est trop tard... » Lewis suit le tracé de la larme qui dévale la joue pâle de son frère et il réalise avec peine, il se rend compte douloureusement, que ça ne lui fait même pas mal. Jeremiah pourrait bien se mettre à hurler, à pleurer comme un enfant que ça ne lui ferait rien. C’est ce qu’ils sont devenus, alors ? « C'est trop tard, mon frère. Trop tard... trop tard... » C’est trop tard, oui. Jeremiah et lui auraient dû partir bien avant, Lewis aurait dû revenir bien plus tôt.

« Tu n’es pas mon frère, » croasse-t-il d’une voix rauque.

Son frère est mort. Il ne sait pas quand, exactement. Quand il était à l’autre bout du monde, peut-être. Quand il a décidé d’aller jusqu’au bout avec ces attentats ? Non, c’était avant ça. Bien avant ça. Quand ils se sont séparés pour de bon ? Lewis ne sait pas, ce qui a tué son frère pour le remplacer par l’être qui se tient à présent devant lui et qui rit de leurs malheurs. « Il a raison, Lewis. Tu dois arrêter de te battre, désormais. Il n'y a plus de retour en arrière. Après ce que tu as fait, il n'y a plus de retour en arrière. » intervient Sarah, la main sur l’épaule de Jeremiah. Et c’est terrible, parce que c’est à lui qu’elle s’adresse, au fond. Le pasteur ne le voit pas, il ne s’en rend pas compte, persuadé que leur sœur est de son côté parce qu’il ne peut pas se tromper. Mais c’est à Jer que la jeune femme s’adresse réellement.

A-t-il encore pitié de lui, parce qu’il pense avoir des alliés, alors qu’en réalité, il est seul ? Lewis ne sait pas. Il ne sait plus, il ne veut pas y penser. « Au nom de notre famille et de ton amour pour nous, tu dois arrêter, et te rendre. » Quelle famille ? Ils n’en ont plus. Leurs parents n’ont pas la moindre idée de ce que Jeremiah est devenu, de ce qu’ils endurent. Et celui qui se tient à genoux devant lui n’est pas de sa famille. Lewis ne peut plus continuer à penser comme ça. S’il veut être efficace, s’il veut mettre un terme à tout ceci, il ne peut plus penser à Jeremiah comme un frère.

Il doit faire comme Jer, comme lorsqu’il était dans ce désert, la bouche remplie de sable et les yeux brulants. Oublier que l’autre en face est un être humain, lui aussi. Il n’y a que comme ça que l’on peut presser la détente. « Fais-le pour moi. C'est la seule issue pour toi. » Lewis a envie de chialer, mais il sait ce qu’il doit faire. Il doit continuer d’endosser le rôle du grand méchant, l’antagoniste de l’histoire. « Je vais sortir d’ici, » affirme-t-il de ce ton qui veut dire et vous allez me laisser faire, vous n’allez pas tenter de m’en empêcher, parce que je n’ai aucune envie de vous forcer à abandonner cette idée stupide. Il pose son regard sur Sarah et il veut lui dire qu’il l’aime, qu’elle est parfaite, qu’elle a intérêt à faire attention, à ne pas se faire avoir, qu’il continuera de veiller sur elle, toujours. « Quand je rentrerai, t’auras pris tes affaires et tu ne seras plus là, » poursuit-il d’une voix blanche. « Je quitte les Watchers et Aaron aussi. » Cette fois-ci, c’est Jeremiah qu’il regarde et il n’y a plus d’espoir, plus d’attentes dans ses yeux. Rien que de la froideur. Il ne demande pas, il exige. « Vous le laissez en-dehors de tout ça. Vous le laissez être un ado normal, qui fait ses études et n’a aucune idée de ce que vous faites réellement. » C’est un mensonge, Aaron le sait déjà. Sarah et Lewis lui ont dit, pour Jeremiah. Mais ça, il n’a pas besoin de le savoir. « Vous voulez mettre le monde à feu et à sang ? Faites-le, je ne vous en empêcherai pas. » Il croise le regard de Sarah, puis du pasteur à nouveau. « Mais je ne veux plus vous revoir ici. Jamais. »

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N'allez pas vous associer avec des incroyants : ce ne sont pas des partenaires qui vous conviennent. Comment, en effet, ce qui est juste pourrait-il avoir à faire avec ce qui est mauvais? Comment la lumière pourrait-elle être unie à l'obscurité ? Comment le Christ pourrait-il s'entendre avec le diable ? Ou bien, qu'est-ce qu'un croyant peut avoir en commun avec un incroyant ? Comment le temple de Dieu pourrait-il s'accorder avec des idoles païennes ?

Mes nerfs lâchent. C'est trop tard. Impuissance, ils ne peuvent plus rien arrêter. Des Watchers, je ne regrette rien, sauf qu'il ne comprenne pas. Toujours pas... Dans ma tête, c'est simplement un flot d'informations contradictoires, insensées. Refuge. Trahison. Fraternité. Haine. Besoin. Séparation. J'allais le tuer, et c'est ça qui me fait vraiment mal, parce que désormais, il n'est plus ma priorité. Et ma beauté, et Rory, le sont-ils encore ? Le furent-ils tous un jour, en fait ? J'ai cru que c'était pour eux que je faisais tout ça, qu'ils ne s'en rendaient simplement pas compte mais qu'en est-il quand j'ai envie de faire exploser la tête de Lewis ? Qu'adviendra-t-il quand ce sera au tour de Sarah ? Au tour d'Aaron ou à celui de Primrosae ? Est-ce que j'essaierai de tous les tuer jusqu'à me retrouver seul face à moi-même ? C'est ridicule, tellement risible cette situation. Puis-je vraiment les sauver d'eux-mêmes ? Pourquoi ai-je tant marché, tant couru si maintenant j'ouvre les mains et elles sont vides...

Je me cramponne à Sarah, autant que je le peux. Pas autant que je le voudrais. J'ai une boule dans la gorge. Je suis simplement dégoûté... partagé entre le soulagement de ne pas avoir tiré et une sorte de regret, j'aurais sans doute le faire. J'aurais glorifié Lewis, comme le héros qu'il est. Comme mon héros, qu'il fut. Je l'aurais mis sur un piédestal, je l'aurais pleuré, je l'aurais chéri mais maintenant ? Que reste-t-il de lui ? Que reste-t-il de nos souvenirs ? Moi je n'ai rien oublié mais tu n'es plus le même. Moi je n'ai pas changé, c'est juste que tu ne m'as pas vu grandir, tu ne m'as pas vu devenir fort. C'est toi, c'est toi Lewis qui as changé. Tu es comme ces monstres que nous poursuivions ensemble, dans la même et juste cause. Tu as revêtu jadis un visage humain et maintenant tu as changé... Tu n'as jamais eu foi en moi, tu te contentais d'obéir à un code et maintenant que le code a disparu, toi aussi, tu disparais. Notre sœur a su grandir, elle a compris. Elle qui me semble toujours être la plus fragile de nous tous, elle est la plus forte parce qu'elle nous soutient tous à bout de bras. Et quand elle pliera le genou, elle aussi, où tomberons-nous ? Quand Sarah ne pourra plus supporter tout cela ? Est-ce qu'elle perdra aussi la raison ? « Tout ce que tu as construit. Ils pourraient remonter jusqu'à moi, ou Aaron. Pense à nous, Jer. » avait-elle dit... J'ai essayé et là je n'y arrive pas. Après tout, si je peux mourir, pourquoi pas eux ? Quelle différence si je laisse les corps de Sarah et de Lewis dans mon sillage ? Quelle différence ? Quelle putain de différence, ne mourrons-nous pas tous un jour ? J'écarte mes mains de mon visage. Je lève le visage sur Lewis, puis sur Sarah. Les imaginer morts, est-ce que cela rend cette hypothèse plus réelle ? Plus acceptable ? Ma foi, oui.

« Tu n’es pas mon frère » Cette phrase. Elle est simple n'est-ce pas ? Courte. Nette. Tranchante. Incisive. Elle est aiguisée, n'est-ce pas cette petite phrase. Je baisse les yeux, Lewis a la main enfoncée dans ma cage thoracique, mon cœur se baladant au bout de ses doigts, et sans plaisir aucun, il serre. D'un regard vide, je le regarde extraire ce que je pensais déjà mort depuis des années. Ce que je voulais mort depuis des années. Ma bouche s'entrouvre, je le regarde avec incompréhension. Elle est toute simple, cette petite phrase. Tellement simple, cette terrible phrase. Je reste silencieux, je ne comprends pas ce qu'il veut dire. Attends, quand je t'ai écrit par message que je te voulais mort, je mentais. Tu le sais bien... Ne fais pas la tête ainsi, j'ai agi sur le coup de l'impulsivité, tu le sais bien. J'ai toujours fait ça, tu le sais, pas vrai ? Je fronce les sourcils, je te regarde sans te voir.

Et la sentence tombe, une fois encore. « Il a raison, Lewis. » Bien entendu que j'ai raison. J'inspire profondément. Même à genoux, même à terre, j'ai raison, bien entendu. Je frotte à nouveau mon visage, expire doucement puis fixe Lewis, un sourire aux lèvres. Comment t'ai-je appelé déjà ? Agnus Dei. Et c'est bien ce que tu seras, tu seras un sacrifice, menu ma foi mais... Ah oui, je ne suis pas ton frère ? Mais de quoi as-tu si honte, si peur Lewis ? Je pose ma main sur celle de Sarah puis me redresse pour me remettre debout. Ah oui, tu crois cela ? Grand bien te fasse, tu vas le regretter. Tu vois ce fil qui te maintenait à la vie, tu viens de le rompre. Ah oui, je ne suis pas ton frère ? Elle a raison, il n'y a plus aucun retour en arrière, effectivement. Mon souffle s'accélère, je passe l'index sur ma tempe, contourne Sarah en glissant ma main dans son dos. « Au nom de notre famille et de ton amour pour nous, tu dois arrêter, et te rendre. » Ne lui parle pas de famille, il vient de la gerber, notre famille. Je m'accroupis près du téléphone, tends le bras vers le sol. Il n'a pas besoin de se rendre. Il est déjà vaincu. Moi, les bêtes malades, je les achève. Et tu n'es pas mon frère ? « Fais-le pour moi. C'est la seule issue pour toi. » Je récupère l'arme qu'il a jetée au sol. Je sors les balles. Sauf une. Je m'occupe de ma tâche puis ricane à nouveau, levant cette fois les yeux sur lui : « C'est bête tu sais. C'est la seule raison pour laquelle je te gardais en vie. »

Je laisse tomber une balle qui rebondit une fois, ou deux, sur le sol avant de gésir silencieusement. Je fais la même chose avec les suivantes, les laisse tomber en enfilant un masque de neutralité. « Je vais sortir d’ici » Je l'observe. C'est bien, il est optimiste. « Quand je rentrerai, t’auras pris tes affaires et tu ne seras plus là. Je quitte les Watchers et Aaron aussi. » Je croise les bras sur mon torse. « Vous le laissez en-dehors de tout ça. Vous le laissez être un ado normal, qui fait ses études et n’a aucune idée de ce que vous faites réellement. Vous voulez mettre le monde à feu et à sang ? Faites-le, je ne vous en empêcherai pas. Mais je ne veux plus vous revoir ici. Jamais. »

Je prends la main de Sarah, l'amène à mes lèvres. Puis quand elle est assez proche de mon visage... j'y glisse l'arme. Je tends le bras de Sarah dans la direction de Lewis, restant à sa droite pour éviter qu'elle ne retourne éventuellement l'arme contre moi. Ce que je vais lui demander... Ah oui, si je ne suis pas son frère, si je l'ai trahi, qu'en sera-t-il de toi, petite sœur ?

Car nous sommes le temple du Dieu vivant, comme Dieu lui-même l'a dit : "Je demeurerai et je marcherai avec eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple". C'est pourquoi le Seigneur déclare : "Vous devez les quitter et vous séparer d'eux. Ne touchez à rien d'impur, et moi je vous accueillerai. Je serai un père pour vous et vous serez des fils et des filles pour moi, dit le Seigneur tout puissant".

« Tu. N'iras. Nul. Part. » dis-je en laissant un blanc entre chaque mot. « Mettre le monde à feu et à sang ? Pauvre Lewis... Pauvre petit Lewis... » Je tourne le regard vers Sarah et fais finalement un pas en arrière, considérant la scène de plus loin. Je cale les mains dans mon dos. « Beauty, tu disais que Lewis doit être puni, n'est-ce pas ? Tire-lui dans l'épaule droite. Maintenant. » Je garde les mains dans mon dos, les jambes écartées. Au-delà de la douleur physique, je veux qu'il ait vraiment mal. Moi, je suis trop loin de lui, puis-je encore atteindre son cœur ? Sarah le peut. Elle. Mes doigts jouent avec ma ceinture, je ne quitte pas Lewis du regard. Il est pour l'instant trop loin d'elle pour lui arracher l'arme des mains sans s'avancer. Il devra bouger pour la désarmer. Et si elle se retourne vers moi, je suis assez loin pour la voir faire. Le temps qu'elle tourne sur elle-même, je saurai réagir. « Et après, je partirai. Ou nous partirons. »
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Reagan ♦ Toc toc toc... C'est le grand méchant Loup...

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» reagan covenmay ⊱ i was just guessing at numbers and figures

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